Empêcher d’en faire des lieux d’agitation politique
Le Caire, 8 novembre 2013 (Apic) L’Etat égyptien donne un nouveau tour de vis à son contrôle sur les lieux de culte musulmans, foyers potentiels de dérives extrémistes. Nombre de mosquées s’étant depuis quelques années transformées en espace de propagande politique, le ministère égyptien des Waqfs annonce une série de mesures visant à organiser le culte musulman.
Le ministère des Waqfs (Biens religieux), qui exerce un contrôle sur les mosquées, poursuit ses efforts pour lutter contre la «radicalisation des discours religieux». Il a annoncé la semaine dernière la dissolution de tous les conseils d’administration des mosquées nommés sous l’ex-président Mohamed Morsi, annonce le journal en ligne Al-Ahram Hebdo (hebdo.ahram.org.eg). Cette mesure vise à neutraliser l’influence de la confrérie des Frères musulmans dans les lieux de culte.
Le ministère avait déjà prononcé une interdiction de prêcher contre 55’000 imams sans licence et contre les prédicateurs non enregistrés. Il avait également ordonné la fermeture des mosquées hors des heures de prières et interdit la prière du vendredi dans les «zawiyas», ces petites mosquées de moins de 80 m2 installées au rez-de-chaussée des immeubles. La collecte de fonds dans les mosquées avait également été prohibée. Outre la limitation de la durée des prêches du vendredi à 20 minutes, le ministère des Waqfs a donné une autorisation de prêche aux seuls cheikhs dépendant d’Al-Azhar. Pas question non plus d’aborder des thèmes politiques dans les lieux de culte.
Mohamed Mokhtar Gomaa, ministre des Biens religieux (Awfaq) et doyen de la Faculté d’Etudes islamiques de l’Université d’Al-Azhar, a ordonné à ses adjoints de mettre en oeuvre de nouveaux critères de sélection pour les nouveaux membres des conseils d’administration des mosquées. «Tout au long de l’année dernière, les prédicateurs ont donné le mauvais exemple en utilisant les tribunes pour faire la propagande de la confrérie et du président Morsi. Désormais, les mesures seront strictes, nous voulons des imams, pas de prédicateurs politiques», explique cheikh Ahmad Tourki, secrétaire du ministère des Waqfs, cité par Al-Ahram Hebdo.
Expliquant les mesures à l’intention des contrevenants, il précise que tout imam impliqué dans la propagande politique ou dans la diffusion d’un message hostile à l’armée risque un arrêt définitif de travail. «Nous avons des mécanismes pour superviser la performance des prédicateurs et des imams». En plus, le ministère dispose d’une «ligne verte», un numéro de téléphone, pour recevoir les plaintes des fidèles contre les prédicateurs «dont le discours n’est pas digne d’une mosquée». Le ministère a édicté des règles régissant le travail des prédicateurs, dont le travail doit être avant tout religieux. Ils doivent avoir été formés à l’Université d’Al-Azhar.
Le 1er novembre, le prêche hebdomadaire du vendredi était consacré aux valeurs du travail et de la production. Les quelque 110′ 000 mosquées dépendant du ministère ont suivi les instructions en se gardant de sortir du sujet, note Al-Ahram Hebdo. Un imam désirant garder l’anonymat assure que le contrôle exercé par la sécurité de l’Etat sur les lieux de culte dépasse ce qui existait à l’époque du président Hosni Moubarak. Certains, comme l’écrivain islamiste Fahmi Howeidi, dénoncent une «nationalisation» des mosquées, dans la même logique qui, naguère, donnait au ministère de l’Intérieur le dernier mot dans le choix des prédicateurs. (apic/alahram/be)
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