Pas d’œcuménisme au rabais
Lucerne, 8 novembre 2013 (Apic) La Faculté de théologie de Lucerne a conféré le 7 novembre 2013 le «doctorat honoris causa» au ‘Groupe des Dombes’. Pour son co-président catholique, l’abbé Jean-François Chiron, cette reconnaissance salue le travail d’équipe de ce groupe officieux qui réunit depuis plus de septante ans une quarantaine de théologiens catholiques et protestants du monde francophone.
Cette reconnaissance d’une institution académique alémanique envers un groupe officieux de réflexion et d’échange francophone a autant surpris que réjouit l’abbé Chiron par ailleurs professeur à la Faculté de théologie catholique de Lyon. Pour l’abbé Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale de Fribourg et membre du ‘Groupe des Dombes’ depuis 1999, cette récompense honore le travail accompli.
Le ‘Groupe des Dombes’ dont les origines remontent à 1937 autour de l’abbé lyonnais Paul Couturier, regroupe des théologiens et des pasteurs français, suisses et belges. Il a une notoriété certaine dans le monde francophone, mais il est moins connu dans le monde germanique qui dispose déjà d’une solide réflexion œcuménique.
En tant qu’organe oecuménique sans caractère officiel ni mandat des Eglises, le ‘Groupe des Dombes’ est reconnu uniquement pour ce qu’il est ce qu’il fait, relève son co-président. Pour lui ce fonctionnement «nous donne une grande liberté de parole, tout en restant solidaire de nos Eglises respectives. Nous n’avons pas de compte à rendre à nos Eglises, mais nous voulons lancer des interpellations pour que chaque Eglise devienne plus ‘chrétienne’ et plus fidèle à l’Evangile.»
L’abbé Chiron et le ‘Groupe des Dombes’ refusent l’idée de provocation ou de la transgression des règles, mais ils ne veulent pas pour autant d’un œcuménisme au rabais. «On ne se rapproche pas en faisant des concessions, mais en travaillant à approfondir nos racines communes. D’où un accent mis sur le développement historique des doctrines ou l’évolution des interprétations de la Bible, par exemple.»
Le ‘Groupe des Dombes’ met aussi un accent particulier sur la dimension spirituelle de la démarche œcuménique. Il tire son nom de l’ancienne abbaye trappiste de Notre Dame des Dombes, en Bourgogne, où le groupe se réunissait. Depuis 1998, sa session annuelle se tient à l’abbaye des bénédictines de Pradines, dans la Loire. Au-delà des échanges et de la répartition du travail, la prière commune joue un rôle important aux yeux de l’abbé Chiron.
Depuis 1956, le ‘Groupe des Dombes’ a publié un nombre important de publications qui seront rassemblées dans un gros volume de 700 pages dans le courant de l’année 2014, indique Jean-François Chiron. «Le dernier document concerne le Notre-Père. Les précédents ont étudié les questions de la conversion, de l’autorité doctrinale, de Marie, des ministères, etc. Cette parole a quelques fois fait des vagues, mais on peut dire beaucoup de choses si cela reste dans un esprit de loyauté et de respect.»
Le prochain chantier concerne la perspective de l’œcuménisme. Faut-il viser la restauration d’une unité visible «comme le Seigneur le voudra et quand il le voudra» ou peut-on considérer qu’une reconnaissance mutuelle des Eglises selon le principe de l’unité dans la diversité est suffisante ? «L’oecuménisme vit une deuxième phase, plus difficile, plus exigeante, plus lente. Mais nous ne voulons pas placer la barre trop bas. Il faut se réjouir du chemin parcouru, mais être aussi capable d’aller plus loin», conclut l’abbé Chiron. (apic/mp)
Dès son origine le «Groupe des Dombes» a eu un lien privilégié avec la Suisse. L’abbé Laurent Rémillieux, ami du Père Paul Couturier, fondateur de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, avait fait une retraite, à Pâques 1937, à la fraternité protestante du pasteur Richard Baümlin Erlenbach, dans le canton de Berne. De retour à Lyon, il en avait fait le récit à l’abbé Couturier qui décida alors de mettre en place des retraites communes entre pasteurs protestants et prêtres catholiques de France et de Suisse.
Peu après, la guerre séparera les membres du Groupe naissant et obligera à la tenue de rencontres séparées en Suisse et en France. Après la fin du conflit le groupe se réunira dès 1960 à l’abbaye de Notre Dame des Dombes en Bourgogne dont il prend le nom.
Dès 1956 le Groupe commence à rédiger de brèves ‘thèses’ en écho de ses échanges théologiques. La première porte sur le péché originel. Au fil des années ces ‘thèses’ sont développée de manière plus exhaustive en ajoutant à la réflexion doctrinal des propositions pastorales et en approfondissant la recherche historique. Ce qui fait encore la spécificité actuelle de ses publications.
Le groupe se compose d’une quarantaine de membres autant de catholiques que de protestants qui sont cooptés. Le chanoine Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale de Fribourg est actuellement le seul membre suisse du côté catholique. Du côté protestant on compte pas moins de sept pasteurs suisses. (apic/mp)
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