La sociologue Caroline Gachet a étudié les «déçus» des Eglises évangéliques

Lausanne: Thèse de doctorat sur le processus de désaffiliation du milieu évangélique

Lausanne, 11 novembre 2013 (Apic) En Suisse, on dénombre actuellement plus de 1’500 Eglises et communautés évangéliques, qui attirent au culte chaque dimanche bien plus de fidèles que les Eglises protestantes traditionnelles. Lorsque les chercheurs se penchent sur le milieu évangélique, c’est avant tout pour s’intéresser au boom du milieu évangélique, et non pas à ceux qui en sortent. La sociologue des religions Caroline Gachet a, pour sa thèse de doctorat à l’Université de Lausanne (UNIL), choisi d’étudier le cas des «désaffiliés».

Sa thèse, intitulée «Quitter le milieu. Une étude sociologique des processus de désaffiliation religieuse du milieu évangélique suisse», a été présentée en juin dernier. Son travail, dirigé par le professeur Jörg Stolz, chercheur à l’Institut de sciences sociales des religions contemporaines (ISSRC) de l’UNIL à Dorigny (Lausanne), se base sur des entretiens qualitatifs menés avec d’ex-membres d’Eglises évangéliques. Elle s’est intéressée tout particulièrement aux processus qui ont sous-tendu leur désaffiliation.

Les groupes conservateurs se perpétuent, malgré les processus de modernisation

Titulaire d’un master en sociologie des religions de l’Université de Lausanne, Caroline Gachet, ancienne assistante diplômée à l’Observatoire des religions, a collaboré au projet de recherche «Evangelical Identity project, enquête qualitative sur le milieu évangélique en Suisse», sous la direction de Jörg Stolz et d’Olivier Favre.

Dans l’édition de novembre (n° 588) de «L’uniscope», le magazine du campus de l’UNIL, Cynthia Khattar revient sur le travail de Caroline Gachet. Elle s’est intéressée au phénomène encore peu étudié de la désaffiliation du milieu évangélique, un courant religieux qui par ailleurs connaît un certain succès dans un contexte moderne comme la Suisse. Analyser pourquoi certaines personnes décident un jour de quitter le milieu évangélique permet de requestionner l’affiliation d’un autre point de vue, souligne Caroline Gachet.

A l’origine de sa thèse, sa participation au projet de recherche «Evangelical Identity». La question centrale de cette grande étude consistait à tenter d’expliquer et de comprendre comment des groupes conservateurs continuent à se perpétuer, malgré les processus de modernisation que connaissent les pays occidentaux.

Tout pousse à perpétuer l’affiliation

Pour tenter d’appréhender ce phénomène, les chercheurs ont donc mené une série d’entretiens avec des membres du milieu évangélique suisse. C’est durant la prise de contact que les chercheurs sont tombés sur une personne qui ne fréquentait plus le milieu. «L’idée de ma thèse est partie de là. Le choix de quitter le milieu constitue une énigme car, dans les faits, tout pousse à perpétuer l’affiliation». La jeune sociologue a donc rencontré dix-sept de ces «désaffiliés» pour tenter de mieux comprendre leur décision.

Le milieu évangélique se caractérise par l’importance conférée à la socialisation. La plupart des affiliés ont grandi dans des familles évangéliques et leurs activités se concentrent autour de ce milieu. C’est précisément cette socialisation importante que certains vont un jour ressentir comme trop étouffante.

«Ils commencent à se remettre en question, développent d’autres centres d’intérêt. Petit à petit, les structures du milieu s’effritent». Une autre spécificité du milieu évangélique, pesante pour les désaffiliés, a trait à la dichotomie particulièrement marquée entre le bien et le mal, et «la pression de devoir être toujours parfait».

Un milieu pesant

Pour certains, c’est alors un événement bien précis qui va les pousser à s’interroger. Comme cette jeune femme qui a découvert que son père avait une maîtresse. Difficile ainsi de supporter que quelqu’un qui a toujours dénoncé le mensonge s’y adonne largement. «Dans les faits, beaucoup, même parmi les affiliés, trouvent le milieu pesant. Mais ils vont trouver d’autres ressources pour rester. Changer d’Eglise par exemple. Il y a un aspect consumériste important: si cela ne convient pas, on va voir ailleurs».

Ce sont ainsi principalement les Eglises dites ‘charismatiques’ qui parviennent à maintenir les membres dans leurs rangs en offrant des produits attractifs, où l’aspect religieux n’est pas forcément mis en lumière, explique Caroline Gachet. C’est donc davantage un milieu qu’une religion que ces désaffiliés quittent. «La plupart d’entre eux ont toujours la foi, mais veulent la vivre plus librement. Dans la majorité des cas, ils restent en contact avec leur famille, mais évitent d’aborder la question de la religion avec eux». Caroline Gachet travaille désormais à Berne comme conseillère dans la recherche appliquée. JB

Caroline Gachet s’est spécialisée dans l’étude des religions à l’Université de Lausanne (BA en sciences des religions, MA en sociologie des religions et Doctorat en sciences sociales). De 2006 à 2011, elle a collaboré au sein d’une équipe de recherche de l’UNIL. Leur projet visait à comprendre et à expliquer sociologiquement le développement de minorités religieuses conservatrices dans le contexte actuel. De 2011 à 2012, elle a intégré un institut de recherche du CNRS à Paris dans le cadre d’une bourse «jeunes chercheurs FNS». En 2013, elle a soutenu sa thèse à l’UNIL qui s’intéressait aux processus de désengagement de groupes religieux fermés. (apic/uniscope/com/be)

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