Vatican: Le pape François serait dans le collimateur de la mafia calabraise
Rome, 14 novembre 2013 (Apic) La mafia calabraise, la Ndrangheta, n’apprécierait pas le nettoyage que veut faire le pape François au sein des institutions financières du Vatican. Dans une interview à «el Fatto Quotidiano», publiée le 13 novembre 2013 et reprise par plusieurs journaux italiens, un magistrat italien juge plausible que la Ndrangheta réfléchisse à se débarrasser du souverain pontife.
«Le souverain pontife est en danger». C’est Nicola Gratteri, le procureur adjoint de la ville de Reggio de Calabre, une ville du sud de l’Italie, qui l’affirme dans une interview à «el Fatto Quotidiano», reprise par plusieurs journaux italiens et français, dont le «Figaro».
Ce grand juge antimafia, coauteur d’un récent ouvrage sur les liens ambigus entre la Mafia et le Vatican (»Acqua Santissima»), est sous constante protection policière et sait d’habitude se faire très discret, d’où l’importance de sa mise en garde. «Tout ceux qui se nourrissent du pouvoir et de la richesse qui proviennent directement de Eglise sont nerveux, agités», estime Nicola Gratteri. «Le pape est en train de démanteler les centres de pouvoir économique du Vatican. Si les patrons de la mafia pouvaient lui faire un croche-patte, ils n’hésiteraient pas».
En juin dernier, le pape avait annoncé la création d’une commission spéciale chargée de passer en revue les activités de la banque du Vatican, l’opaque Institut pour les œuvres de religion. Créé en 1942 par Pie XII, l’IOR est au centre de nombreux scandales financiers qui embarrassent l’Eglise depuis des décennies, les magistrats soupçonnant notamment plusieurs opérations de recyclage d’argent sale.
Or, dans son interview, Nicola Gratteri revient sur les relations entre cette mafia souvent très pieuse et l’Eglise. «Je ne sais pas si le crime organisé est en mesure de faire quelque chose, mais il y ont certainement pensé. Et cela peut être dangereux», estime le magistrat.
La Ndrangheta dont parle le procureur adjoint est devenue la plus puissante et la plus dangereuse des mafias italiennes. Elle est aussi l’un des groupes mafieux les plus secrets au monde, grâce à une structure fondée sur des clans familiaux. Spécialisée notamment dans le trafic de drogue, en particulier la cocaïne, l’organisation a des ramifications dans le monde entier, notamment en Allemagne, au Canada, en Suisse et en Australie. Selon une étude de l’institut italien spécialisé Eurispes parue l’an dernier, le chiffre d’affaires de la Ndrangheta atteint environ 44 milliards d’euros.
Elle ne partage donc sans doute pas les chevaux de bataille du pape François que sont la lutte pour la transparence et contre la corruption. De son côté, le souverain pontife a lui-même dénoncé en mai dernier les organisations mafieuses italiennes, appelant leurs membres à faire acte de contrition. «Mes pensées vont aux femmes, aux hommes et aussi aux enfants exploités par les mafias, lesquelles les réduisent en esclavage, par la prostitution, par de nombreuses pressions sociales», avait-il déclaré lors de l’angélus place Saint-Pierre. «Elles ne peuvent pas faire cela, elles ne peuvent pas réduire nos frères en esclavage, nous devons prier le Seigneur pour que les mafiosi se convertissent à Dieu». (apic/lefigaro/ag/cw)
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