Fribourg est une Université de proximité, affirme le recteur Guido Vergauwen
Fribourg, 19 novembre 2013 (Apic) L’Université de Fribourg fêtera ses 125 ans en 2014. La Faculté de droit a célébré ses 250 ans le 15 novembre 2013, lors du Dies Academicus. Ce n’est pas que la Faculté de droit soit plus vieille que l’Université. Le droit est simplement enseigné à Fribourg depuis 1763.
Apic: L’année prochaine, l’Université de Fribourg célèbre sa fondation, il y a 125 ans. Comment a-t-elle évolué depuis cette époque?
Guido Vergauwen: Elle est devenue grande et adulte. Elle a été créée à l’initiative de l’ancien conseiller d’Etat Georges Python, avec l’aide des instances politiques. Depuis ses modestes débuts, elle s’est développée en Université à part entière, avec cinq facultés et offre une partie de la formation en médecine. Elle accueille actuellement plus de 10’000 étudiants. Au niveau suisse, elle s’est arrogée une place importante, pas seulement parce qu’elle donne depuis ses débuts un enseignement bilingue, mais aussi parce qu’elle se comprend comme une institution de formation et de recherche qui jette des ponts entre les diverses cultures. Elle a de plus toujours eu un caractère international.
L’Université a vu le jour à un moment où, suite au conflit du Sonderbund, le canton de Fribourg s’est retrouvé quelque peu marginalisé. Elle répondait à ses débuts à un besoin de la population catholique de sortir du ghetto et de créer une institution consacrée à la formation de la future élite catholique.
Apic: L’Université a-t-elle encore cette fonction de forger l’élite catholique?
GV: Elle doit la conserver. Il est évident que dans les bastions du catholicisme en Suisse, il existait un intérêt à envoyer les étudiants où l’on avait ce sentiment d’appartenance. Aujourd’hui, les choses ne sont plus aussi simples. L’on ne peut plus parler de «bastion» du catholicisme. Fribourg a toujours, quoiqu’il en soit, eu une Université ouverte à tous. Notre histoire et nos racines restent importantes pour l’identité de l’Université. Elles véhiculent certaines valeurs importantes dans le domaine de l’enseignement et de la recherche. Dans notre Charte, ces valeurs sont décrites par le concept d’humanisme chrétien. Cela comprend une ouverture à la personne humaine, telle qu’elle existe aujourd’hui dans la société et incite à la responsabilité. Fribourg est une Université de proximité entre les étudiants et les enseignants. Je mets un point d’honneur à ce que les gens soient bien traités.
Apic: Le canton de Fribourg a été l’un des premiers à construire une ligne de chemin de fer. Très tôt également, il a installé une autoroute à travers son territoire, afin de s’assurer une position sur l’axe est-ouest de la Suisse. L’Université constitue-t-elle une telle autoroute dans l’avenir pour le canton?
GV: Le jubilé à venir affiche comme slogan «Partager les savoirs». L’Université a même joué un rôle important dans la décision de construire la ligne de chemin de fer. Sans elle, peut-être que les trains rapides ne s’arrêteraient même pas à Fribourg. A l’instar des voies de communication, l’Université de Fribourg représente une tentative réussie pour le canton d’établir une connexion avec son époque. L’Université contribue à la force du canton en Suisse, également sur le plan politique. Beaucoup de Fribourgeois, ou de personnes formées à Fribourg, assument des fonctions importantes au niveau national. L’Université doit constamment veiller à rester attractive, à la fois à travers son offre d’études et à travers la qualité de ses travaux de recherche. Mais les infrastructures doivent également s’adapter, et cela demande un investissement constant. Les salles de cours sont équipées des moyens techniques les plus modernes. L’e-learning, l’enseignement sur internet, a été mis en place. Comme les autres universités suisses, Fribourg est en phase avec le développement technologique actuel.
Apic: Pour les étudiants étrangers, les frontières suisses et européennes ont tendance à se fermer. Quel est l’impact de ce phénomène sur Fribourg en tant que centre estudiantin international?
GV: Nous assistons effectivement à une diminution des étudiants étrangers. La Suisse est bien sûr, aussi un pays cher. Certains pays qui désirent envoyer leurs jeunes ici rencontrent d’importants obstacles administratifs. La tendance est à une baisse des inscriptions de l’étranger, mais pas de façon inquiétante. Il faut prendre en compte le fait qu’aujourd’hui, de plus en plus de personnes ont la possibilité d’étudier dans les universités de leurs pays d’origine, notamment en Afrique et en Asie. Pour compléter leurs études, ils continuent néanmoins à venir en Amérique du Nord ou en Europe.
Apic: Cette évolution ne menace-t-elle pas le rayonnement international de Fribourg?
GV: Non. L’internationalité de Fribourg ne réside pas qu’en son afflux d’étudiants étrangers. Elle résulte aussi des activités que l’Université développe dans le domaine de la recherche et de l’enseignement. En particulier dans le secteur de la recherche, Fribourg tient une place importante au niveau international.
Apic: Lucerne, la Suisse centrale, le Tessin, sont des bastions catholiques. Lucerne et Lugano ont leurs propres universités. Quels en sont les effets sur Fribourg?
GV: Suite à la création de sa Faculté de droit, Lucerne a bien sûr attiré beaucoup d’étudiants qui, avant, venaient à Fribourg. Le phénomène est clairement ressenti au sein de la Faculté. Mais il faut regarder de près ce développement. Actuellement, de nombreux étudiants sont pendulaires de la Suisse centrale vers Fribourg et de Fribourg vers Zurich. Les Universités se reconnaissent entre elles comme des institutions à part entière, entre lesquelles les étudiants sont pendulaires. Aujourd’hui, on peut facilement faire son bachelor à Lucerne et, le matin suivant, décrocher sans peine son master dans une autre université.
Apic: Qu’en est-il des synergies entre Universités?
GV: Le canton de Fribourg est petit et bilingue. Depuis la fondation de l’Université, il a été clair qu’elle devait s’ouvrir à l’extérieur. Seulement environ 25% des étudiants proviennent du canton. Par rapport à d’autres universités suisses, c’est peu. Dans les autres institutions, la part des étudiants indigènes est beaucoup plus importante. A Fribourg, environ 18% des étudiants viennent de l’étranger, lointain ou proche. Le reste vient des autres cantons suisses, notamment du Tessin. L’Université présente ainsi une très bonne mixité estudiantine. Nous sommes une université très représentative de la Suisse, et nous voulons le rester.
Cela correspond à l’esprit du temps que les Universités du pays collaborent de plus en plus, afin d’assurer un standard de qualité. Dans le même temps, un sentiment de concurrence s’est établi. Cela touche à la question des moyens financiers dont les universités disposent à travers les subventions fédérales et les levées de fonds. Il y a quelques décennies, cette compétition n’existait pas.
Apic: Qu’est-ce qui compte aujourd’hui le plus dans les relations entre universités, la compétition ou la coopération?
GV: L’ancien secrétaire d’Etat à la science et à la recherche auprès du Conseil fédéral, Charles Kleiber, disait: il faut être compétitif et coopérer. Il parlait en cela de «coopétition». Il faut distinguer les domaines dans lesquels la coopération est de mise et dans lesquels c’est la compétition qui l’est. Neuchâtel, Berne et Fribourg coopèrent au sein du réseau Benefri et offrent dans certaines branches comme l’informatique, un enseignement conjoint. Dans d’autres domaines, tels que la biomédecine, ils proposent des formations complémentaires. Nous travaillons dans un esprit de complémentarité. Du fait que nous nous trouvons dans une zone géographique restreinte, nous devons nous éloigner un peu de l’esprit de concurrence et chercher à nous renforcer mutuellement, afin que la région, et en fin de compte la Suisse, soient comme centre universitaire, à la hauteur des autres pays.
Apic: L’Université de Fribourg s’est considérablement développée. On peut le voir notamment par la dissémination de ses instituts à travers la ville, au-delà des principaux centres de Pérolles et de Miséricorde. Comment l’Université fait-elle face à cet éparpillement des lieux d’enseignement?
GV: L’Université de Fribourg veut rester dans la ville. Elle ne souhaite pas, comme le fait par exemple l’Université de Lausanne ou l’EPFL, installer ses centres de formation à la campagne. Fribourg poursuit la stratégie de concentrer ses activités sur ses deux centres principaux, à proximité de la gare. La Faculté de droit, actuellement très fragmentée, sera à l’avenir recentrée dans un bâtiment annexe du complexe de Miséricorde. Un agrandissement de la Faculté de sciences, dans le complexe de Pérolles, est prévu. Une chose est néanmoins claire: l’Université entre dans son jubilé dans une forme positive et représente une valeur considérable pour le canton.
Apic: Au vu de la nette baisse de son nombre d’étudiants, quelle est la place de la Faculté de théologie?
GV: Fribourg est la plus grande Faculté de théologie de Suisse. Nous avons une très forte proportion de doctorants. Cela signifie qu’un point particulier est mis sur la recherche. Avec Lucerne, Coire et Lugano, il y a quatre Facultés de théologie catholiques en Suisse. La question est importante: comment ces quatre Facultés peuvent collaborer de façon complémentaire? Lucerne et Fribourg sont en train de développer cette coopération. Lugano dispose d’une solide position en Suisse italophone et en Italie voisine.
Apic: La Faculté de droit fête cette année ses 250 ans. Elle est donc plus ancienne que l’Université…?
GV: Il s’agit d’un cas particulier. La Faculté de droit célèbre ce que l’on peut appeler son mythe fondateur. Il se trouve que Fribourg a fondé il y a 250 ans, pour son propre usage dans l’administration et la diplomatie, une école de droit. La Faculté de droit y est reliée et se réfère à la grande et riche histoire du canton. La fête du jubilé de toute l’Université se place avant tout sous le signe de la rencontre de toutes les Facultés avec la population du canton et au-delà. Un programme complet, interdisciplinaire se confrontera aux questions et préoccupations pour lesquelles l’Université cherche des réponses et des solutions. Pour cela, nous serons présents dans tous les principaux centres du canton et dans toutes les régions linguistiques de Suisse.
Depuis le 15 octobre, l’Université de Fribourg dispose d’un nouveau logo, qui porte la mention de «corporate identity». Le sceau apposé sur les diplômes et documents de l’Université reste cependant inchangé. Il montre le Christ, une croix et le blason du canton de Fribourg. Le sceau remonte à la fondation de l’Université.
Dans son appel à l’occasion de la quête universitaire de cette année, la Conférence des évêques suisses (CES) commémore la large contribution des évêques à la fondation de l’Université, en 1889. Comme les évêques suisses le soulignent, l’Université a été créée non en tant qu’institution de l’Eglise, mais en tant qu’institution d’enseignement et de recherche, qui, sous la responsabilité du canton, diffuse le savoir dans un esprit chrétien et se réfère aux questions éthiques fondamentales d’aujourd’hui. (apic/gs/rz)
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