Suisse: Antonio Hautle quitte la direction de l’Action de carême
Lucerne, 21 novembre 2013 (Apic) L’Action de Carême des catholiques suisses est dirigée depuis 2001 par Antonio Hautle. Lors d’une fête d’adieu à Lucerne le 20 novembre 2013, il a officiellement pris congé de sa charge. Son successeur Patrick Renz prendra ses fonctions le 1er avril 2014. Matthias Dörnenburg, chef du marketing, assurera l’interim. Dans une contribution à l’Apic, Antonio Hautle livre un résumé de ses activités durant treize ans à la tête de l’œuvre d’entraide.
Lorsque nous sommes arrivés dans un village de l’Assam au nord-est de l’Inde, la petite Asha, une fillette Adivasi âgée de 7 ans, était assise au milieu de sa famille. «Si nous pouvons mettre sur pied dans cette communauté villageoise des groupes d’épargne, Asha pourra aller à l’école. Sinon elle devra dès l’an prochain travailler pour un propriétaire terrien pour rembourser la dette de ses parents», expliquait le Père César. Nous étions en route en Inde avec lui, un des partenaires de projets de l’action de Carême. Beaucoup de familles sont massivement endettées et ainsi dépendantes des grand propriétaires et des usuriers. Si elles ne peuvent pas rembourser les crédits elles tombent dans la servitude pour dette, une forme d’esclavage moderne.
Cette expérience qui remonte à mes débuts de directeur de l’Action de Carême en 2001 m’a fortement marqué. En 2013, j’ai à nouveau voyagé en Inde. Jamais je n’ai entendu autant d’histoires de violences et de viols. Mais avec une différence. Depuis que les gens se sont organisés et ont fondé des groupes d’épargne, ils se défendent contre les attaques. Ils dénoncent les auteurs même lorsqu’il s’agit de grands propriétaires ou de membres des autorités, ils négocient les droits de propriété, l’obtention d’une carte d’identité et l’accès au riz subventionné par l’Etat. Un vieux paysan m’a expliqué : «A travers le projet, nous avons reconnu que nous sommes des hommes, que nous avons des droits, que nous pouvons nous organiser et que nous pouvons travailler ensemble pour une vie meilleure.»
Le travail par des programme ou des projets dans les pays en développement est important. Mais son impact reste très limité s’il ne donne pas en même temps une impulsion pour les changements économiques et politiques au service de la dignité humaine et d’un développement durable. Les campagnes pour des meilleures conditions de travail dans la production des ordinateurs ou dans l’exploitation des mines en sont deux exemples.
Avec nos partenaires oecuméniques «Pain pour le Prochain» et «Etre partenaires» ainsi qu’avec d’autres organisations l’Action de Carême s’engage là où la dignité humaine est violée, là où les intérêts économiques et politiques sont placés au dessus des droits humains.
Je suis fier que l’Action de Carême dispose aujourd’hui d’un département de politique de développement. Si nous parvenons à ce que les besoins des personnes dans les pays en développement soient pris en compte les accords économiques et les règles de commerces internationales, nous apportons une contribution importante dans la lutte contre la pauvreté comme le font les projets sur place.
Cela a été un grand privilège de diriger durant treize ans l’Action de Carême. Les développements ont été variés et passionnants. Autrefois, l’AdC finançait beaucoup de projets individuels. Aujourd’hui 14 programmes nationaux mettent en réseaux des organisations partenaires ecclésiales ou laïques et créent des échanges et des synergies.
Le droit à l’alimentation est au centre de la coopération. Le renforcement des personnes et des liens sociaux a toujours gagné en importance. Nous ne voulons plus seulement ‘aider’ mais nous mettre ensemble en chemin avec les hommes pour un monde plus digne et plus capable d’avenir.
Je souhaite que l’AdC continue à s’investir sans compromis pour la dignité humaine.
*Antonio Hautle est depuis 2001 directeur de l’Action de Carême. Il travaillera dès 2014 au service du Département des affaires sociales et de la santé du canton de Lucerne. (kipa/aha/job)
C’est par un hommage unanime et appuyé que les mandataires, partenaires et collaborateurs de l’Action de Carême ont pris congé d’Antonio Hautle le 20 novembre 2013 à Lucerne. Ses treize ans passés à la tête de l’œuvre d’entraide des catholiques suisses ont été marqués par un renouvellement constant. Tous ont loué les qualités humaines de l’ancien directeur et magnifié sa vision claire d’une politique de développement pertinente et efficace.
Pour la conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz, présidente du Forum de fondation, Antonio Hautle a su mettre en ouvre les impulsions du Concile Vatican II qui sont à l’origine de la fondation de l’Action de Carême, à savoir mettre l’homme au centre, lire les signes des temps et appliquer le «voir, juger, agir». Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle et président du Conseil de Fondation, a surtout relevé l’excellent travail d’Antonio Hautle pour faire connaître et aimer l’Action de Carême en Suisse également.
Sous la direction d’Antonio Hautle, l’Action de carême est passée du statut de ‘bonne œuvre d’entraide’ à celui d’acteur de la politique de développement compétent et efficace sans jamais renier ses valeurs, s’est félicité Konrad Specker, directeur des partenariats institutionnels de la Direction du développement et de la coopération (DDC) de la Confédération.
Au nom de la Conférence centrale catholique-romaine de Suisse (RKZ), son secrétaire général Daniel Kosch a souligné l’excellente collaboration de l’AdC, avec élan et réalisme, au sein des instances paritaires pour le financement des tâches de l’Eglise en Suisse. Sybille Spengler, du partenaire protestant «Pain pour le Prochain» s’est osé à une comparaison avec saint Antoine de Padoue, ce disciple de saint François dont la parole était extraordinairement efficace. Enfin Matthias Dörnenburg, qui assurera l’interim à la direction de l’AdC, a remis à son ancien chef sa ‘chaise de directeur’ symbole des années de collaboration et de combats communs.
Antonio Hautle a conclu en assurant qu’il resterait proche de l’AdC, ne serait-ce que parce que son nouveau bureau du Département des affaires sociales et de la santé du canton de Lucerne n’est qu’à une centaine de mètres de ceux de l’AdC.
(apic/mp)
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