Russie: Un rapport de l'ACAT dénonce la perpétuation des pratiques de torture

Un phénomène tortionnaire banalisé

Moscou, 21 novembre 2013 (Apic) L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) a récemment publié un rapport accablant sur les mauvais traitements en détention, en Russie. Le document dénonce un phénomène tortionnaire banalisé qui perdure, faute de volonté politique au plus haut niveau.

Le document, publié le 14 novembre 2013, est le fruit de deux ans d’enquête et de recherches menées en collaboration avec des ONG russes majeures, informe l’ACAT dans un communiqué du 21 novembre 2013.

En Russie, le recours à la torture est présent à tous les stades de la chaîne de procédure pénale, indique le rapport, depuis l’interpellation par la police jusque dans les prisons.

Selon Christine Laroque, responsable des programmes Asie et Russie à l’ACAT, «Ces dernières semaines, les conditions d’incarcération de Nadia Tolokonnikova, une des membres du groupe Pussy Riot, ou les traitements inhumains dénoncés par les militants de Greenpeace en détention, sont venus rappeler à l’opinion publique internationale la réalité de la torture dans les prisons russes». À travers ce rapport, l’organisation chrétienne entend montrer que, derrière ces cas emblématiques, le phénomène tortionnaire reste une pratique banalisée et profondément ancrée au sein des institutions.

Une pratique récurrente dans la police

«Dans les colonies pénitentiaires, torture et traitements cruels ou inhumains sont utilisés quotidiennement pour briser les détenus qui ne se plient pas aux règles, punir ceux qui se plaignent des violations de leurs droits ou leur extorquer de l’argent», ajoute Christine Laroque. «Malgré plusieurs scandales récents qui ont mis en lumière les abus commis en prison, l’administration pénitentiaire se réfugie dans le déni et la dissimulation au lieu de mettre en place des mesures de prévention».

Au sein de la police, la torture est très fréquente, dénonce l’ACAT. Elle vise à obtenir rapidement des aveux, par n’importe quel moyen. Les policiers se contentent souvent de déclarations obtenues par la force pour clore leur enquête et répondre ainsi aux injonctions d’une politique du chiffre, afin d’obtenir une promotion, affirme l’organisation militante.

Manque de volonté politique

Le rapport pointe en particulier la république de Tchétchénie, qui «connaît une situation encore plus dramatique» que le reste de la Russie. La république du Nord-Caucase est une zone de non-droit, où la torture et les mauvais traitements continuent d’être pratiqués de façon massive, affirme Anne Le Huérou, co-auteur du rapport et chercheuse spécialiste de la Russie.

L’étude réalisée par l’ACAT entre 2011 et 2013 montre que les victimes de tortures rencontrent de graves difficultés pour obtenir justice. Grâce au travail acharné de plusieurs ONG, des affaires parviennent à être jugées et des tortionnaires condamnés, malgré la résistance du système judiciaire. «Il s’agit d’un mince résultat au vu du nombre d’allégations de torture dans le pays. L’impunité qui prévaut permet au phénomène tortionnaire de perdurer. Une volonté politique de prévenir et réprimer la torture est nécessaire au plus haut niveau», conclut Anne Le Huérou. (apic/com/rz)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/un-phenomene-tortionnaire-banalise/