Saint-Gall: L'Institut suisse de sociologie pastorale présente ses statistiques 2013 sur l'Eglise

Entre tendances connues et résultats surprenants

Saint-Gall, 23 novembre 2013 (Apic) Le paysage religieux suisse a considérablement changé au cours des dernières décennies. Avant, l’on était réformé ou catholique. Mais aujourd’hui, dans le pays, beaucoup de gens pratiquent d’autres religions. Les «sans-confessions» sont également toujours plus nombreux. Le profond processus de transformation touche aussi bien l’Eglise catholique que réformée. Tous ces phénomènes sont clairement décrits dans les statistiques 2013 sur l’Eglise, publiées le 23 novembre par L’Institut suisse de sociologie pastorale (SPI). Les données montrent que les principales tendances déjà identifiées se poursuivent. Mais les statistiques révèlent également des éléments surprenants. Par exemple: catholiques et protestants sont de moins en moins nombreux à se marier à l’église.

Le document de 115 pages présente des données complètes sur le paysage religieux de Suisse, la vie des Eglises, la situation particulière des diocèses du pays et les communautés religieuses. Roger Husistein, auteur du rapport et collaborateur scientifique au SPI, a pris en compte, dans divers domaines, la situation de l’Eglise protestante. Dans certains chapitres, il jette également un regard sur ce qui se passe dans les pays voisins. Les statistiques sur l’Eglise fournissent les derniers chiffres couvrant la période 2005-2012. Elles prennent toutefois également partiellement en compte les développements à plus long terme.

La documentation révèle que diverses tendances déjà identifiées se poursuivent. La dominance des deux grandes Eglises du pays continue ainsi de décliner, lentement mais sûrement. Le nombre des personnes se déclarant sans confession a significativement augmenté au cours de la dernière décennie. Aujourd’hui, deux tiers des Suisses se décrivent encore comme réformés ou catholiques. Les sans-confessions représentent cependant plus d’un cinquième de la population, qui se concentrent dans les grands centres urbains.

«L’effet Mgr Haas» dans le canton de Zurich

L’Eglise catholique romaine reste, avec une part de 38,4%, la principale communauté religieuse de Suisse. Même si la proportion de catholiques s’est réduite, le nombre de membres de cette Eglise est resté stable depuis 1970 aux environ de trois millions. Cela s’explique, selon le document, par la forte immigration de catholiques.

Parmi les tendances connues, le rapport du SPI confirme que les sorties d’Eglises sont de plus en plus nombreuses. Selon les estimations, de 35’000 à 45’000 personnes auraient quitté, ces deux dernières années, les deux grandes Eglises du pays. Sur l’étude d’une longue période de temps, les données montrent clairement que les conflits à l’intérieur des Eglises et les scandales sont les principaux facteurs de départ. Dans le canton de Zurich, cela a notamment été le cas lors de l’affaire autour de l’évêque Wolfgang Haas, entre 1990 et 1997. Le scandale provoqué lors de la levée de l’excommunication de quatre évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X en 2009 et les révélations d’abus sexuels dans le monde ont également ébranlé l’Eglise catholique et provoqué de nombreuses sorties.

Deux tiers des sorties d’Eglises ne découlent pas d’un seul et unique événement, mais résultent plutôt d’un état préexistant de distanciation d’avec l’Eglise, a confié à l’Apic Roger Husistein.

Les parents continuent à faire baptiser leurs enfants

Les chercheurs du SPI ont été étonnés par la stabilité des «rituels d’appartenance», a indiqué à l’Apic Arnd Bünker, directeur du SPI. Comme dans le passé, pour la plupart des parents qui appartiennent à l’Eglise, le rituel du baptême reste important. Plus tard, la majorité de ces enfants font leur première communion et leur confirmation. Cette stabilité du baptême, de la communion et de la confirmation est également observable en Allemagne et en Autriche, souligne Roger Husistein. Les enfants de mères protestantes se font également, selon les statistiques sur l’Eglise, généralement baptiser.

Contrastant avec la persistance du baptême, les mariages contractés à l’église connaissent une diminution dramatique. Au cours des quinze dernières années, le nombre de vœux échangés selon le rite catholique dans les diocèses de Sion, Lugano et Saint-Gall a ainsi chuté de plus de 40%. Un repli encore plus fort a été observé dans l’Eglise réformée, indique le rapport. En 1960, en Suisse, plus de 16’000 couples s’étaient unis au sein de l’Eglise réformée, ils n’étaient plus qu’environ 4’600 en 2012. Sur la même période, le nombre de mariages civils n’a en revanche que légèrement reculé.

Faible proportion de catholiques mariés à l’église

Un fait est particulièrement frappant: les couples catholiques sont même plus réfractaires au mariage à l’église que les couples réformés. En 2011-2012, seulement un tiers des couples catholiques se sont dit oui devant le prêtre, alors que 47% des couples protestants ont fait le pas. Cette différence entre les deux confessions tient, selon Roger Husistein, principalement au fait que les catholiques divorcés n’ont pas la possibilité de se remarier à l’église.

Une des raisons de la baisse globale des unions religieuses serait la diversité toujours plus grande des situations maritales. Il est en effet plus rare que des couples mixtes se marient à l’église.

Arnd Bünker donne une raison spécifique à la réticence des couples catholiques: «Quand il s’agit de sacrements tels que le mariage, qui sont très liés au mode de vie personnel, les choses deviennent difficiles, parce que la religion intervient de façon sensible, avec ses normes, dans la vie personnelle des individus». Le théologien considère que «l’idéal du mariage dans l’Eglise catholique est pour beaucoup un obstacle à accueillir ce sacrement».

Limite atteinte pour les théologiens laïques

La baisse de fréquentation des églises n’a pas été une surprise. Grâce aux nouveaux relevés des paroisses, l’étude peut présenter pour la première fois des données sur les nombres de services célébrés dans les paroisses suisses et les missions étrangères. Sur ce plan, il existe de grandes différences entre les diocèses et les cantons.

La diminution du nombre de prêtres et de religieux n’est pas non plus un phénomène nouveau. Il faut pourtant noter que le diocèse de Lugano, avec 41 candidats à la prêtrise en 2012, fait figure d’exception. La raison de ce chiffre, en comparaison élevé, est la création d’un second séminaire du Chemin néocatéchuménal, en 1998, dans lequel de nombreux étrangers sont entrés en formation.

Les statistiques sur l’Eglise montrent en outre que la limite de croissance a été atteinte pour les théologiens laïques et les diacres, qui au vu du manque de prêtres, assument de plus en plus des tâches pastorales. Les premières personnes de ce groupe sont à présent à la retraite. Le manque de personnel dans l’Eglise pourrait ainsi se faire encore plus durement ressentir.

«Katholische Kirche in der Schweiz. Kirchenstatistik 2013. Zahlen, Fakten, Entwicklungen»: Schweizerisches Pastoralsoziologisches Institut (Hg.). 115 Seiten, 29.90 frs. Commande auprès de spi@spi-stgallen.ch, tél. 071 228 50 90. Selon le SPI, une version française de cette documentation sera également bientôt disponible.

Des photos sont disponibles auprès de l’apic au prix de 80.-francs la première, 60.– francs les suivantes.

(apic/bal/rz)

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