Des discussions sur des valeurs communes
Rome/Moscou, 25 novembre 2013 (Apic) Le pape François recevra pour la première fois le 25 novembre le président russe Vladimir Poutine. « L’événement pourrait se révéler plus surprenant et moins formel qu’il n’y paraît », écrit lundi 25 novembre 2013 « Vedomosti », le quotidien russe de référence du monde des affaires et de la finance russe.
Poutine a déjà rencontré le chef de l’Eglise catholique à trois reprises, mais « à chaque fois, il s’agissait plutôt de gestes de politesse », écrit le journal, cité par l’agence de presse russe « RIA Novosti ». « Après l’invitation imprudente du pape Jean Paul II par Mikhaïl Gorbatchev en Russie, les présidents russes ont préféré éviter la question centrale à laquelle ces réunions sont censées être consacrées: la situation des catholiques russes et le dialogue interconfessionnel. C’est logique, car l’Eglise orthodoxe considère la Russie comme son ‘territoire canonique’ et préfère limiter son dialogue avec Rome aux formalités », note « Vedomosti ».
Mais ces derniers temps, le Vatican suscite un intérêt politique particulier de la part des autorités russes, « compte tenu de l’orientation de la Russie vers les valeurs traditionnelles ».
Malgré son image de réformateur, voire de libéral, insiste « Vedomosti », le pape prône « inconditionnellement la famille traditionnelle et s’oppose au mariage homosexuel. Dans ses déclarations politiques on remarque même une attitude critique, inhabituelle pour les libéraux occidentaux, à l’égard du Printemps arabe, qui a notamment provoqué ces dernières années la plus forte vague de persécutions contre les chrétiens au Proche et au Moyen-Orient ».
Le Vatican et la Russie ont même soudainement trouvé un terrain d’entente à la veille du G20 de septembre, quand le pape avait envoyé à Poutine – qui présidait le sommet – une lettre lui demandant de trouver une solution pacifique au conflit syrien, poursuit le journal russe. « Vedomosti » relève que Moscou suit de près les actions du pape, comme en témoigne la lettre envoyée à Barack Obama par le patriarche Cyrille quelques jours plus tard, pour la commémoration du 11 septembre.
Mais les positions de ces deux dirigeants pourraient également se rapprocher sur des questions d’ordre plus général. On attend en effet de François, premier pape non européen de l’histoire, une orientation vers l’Amérique latine, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, au lieu de l’Europe. Cela intéresse forcément Vladimir Poutine qui cherche à jouer la carte de médiateur entre l’Occident et l’Orient.
Toutefois, relève le journal économique, « cette proximité est en grande partie illusoire. Le pape ne s’intéresse pas tant à la politique qu’à la vie et à la liberté des catholiques à travers le monde, et son attention pour l’Orient ne signifie pas du tout une inimitié pour l’Occident. Le pape François, qui a vécu sous la junte militaire argentine, n’est certainement pas enclin à idéaliser la dictature et a parfaitement conscience de l’importance des libertés politiques ».
Encadré
Le pape François reçoit au Vatican, le 25 novembre 2013 à 17h, le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine. C’est la quatrième fois que le président russe se rend au Vatican, et la sixième fois qu’un chef d’Etat russe se rend auprès du pape depuis le rétablissement le 15 mars 1990 des relations diplomatiques entre la Russie et le Saint-Siège.
Boris Eltsine se rendit ainsi deux fois au Vatican, la première fois le 20 novembre 1991, la seconde le 2 février 1998. Vladimir Poutine vint lors de son premier mandat le 5 juin 2000, pour rencontrer Jean Paul II et le 5 novembre 2003, dans une période de tensions croissantes entre l’Eglise catholique et le Patriarcat de Moscou. Le 13 mars 2007, il rencontra Benoît XVI « dans un climat plus serein », note Radio Vatican. Benoît XVI reçut le 3 mars 2009 Dimitri Medvedev, aujourd’hui Premier ministre.
Le pape François et Vladimir Poutine ont déjà eu un premier contact, épistolaire, le 4 septembre dernier quand le pape François envoya une lettre au président russe à l’occasion du G20 de Saint-Pétersbourg dans laquelle il demandait aux grands de ce monde de ne pas rester « inertes face aux drames que vit depuis déjà trop longtemps la chère population syrienne ».
En visite en Italie pour un sommet italo-russe, le président Poutine a tenu à passer par Rome pour rendre visite au souverain pontife. « Nul doute que le sort des chrétiens du Proche-Orient sera au cœur des entretiens, tout comme les rapports entre l’Eglise catholique romaine et le Patriarcat de Moscou », relève Radio Vatican.
Dans son interview au Père Spadaro, directeur de la revue des jésuites italiens « Civiltà Cattolica », le pape François a souligné l’importance du dialogue théologique avec les orthodoxes sur la question de la primauté de l’évêque de Rome. (apic/rian/radvat/be)
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