Analyse :»Evangelii gaudium», le premier document magistériel fort de François, pape de la réforme
Rome, 26 novembre 2013 (Apic) Un peu plus de 8 mois après le début de son pontificat, le pape François publie avec l’Exhortation apostolique ‘Evangelii gaudium’ (la joie de l’Evangile), un premier texte magistériel fort et personnel, emprunt de volonté de réformes dans l’Eglise. Au fil de ce texte dense qui s’appuie peu sur le Synode sur la nouvelle évangélisation d’octobre 2012, le pape François entend développer des sujets qui lui tiennent à cœur – les défis du monde, la tentation des agents pastoraux, la crise de l’engagement communautaire, la prédication, l’attention aux pauvres, la paix sociale -, et ne cache pas le caractère «programmatique» de ce document.
Document majeur, Evangelii gaudium va bien au-delà de la seule «annonce de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui». En près de 300 points, le pape François lance des pistes claires pour les années à venir et offre l’esprit de sa réforme, avec audace.
Ce texte est parsemé d’expressions fétiches du pape argentin entendues au cours des derniers mois. L’ancien archevêque de Buenos Aires rappelle ainsi que «Dieu ne se fatigue jamais de pardonner», que l’Eglise doit «sortir vers les autres pour aller aux périphéries humaines», qu’il souhaite «une Eglise pauvre pour les pauvres» ou encore qu’il préfère que cette Eglise soit «accidentée et blessée» parce qu’elle est sortie à la rencontre des autres, plutôt que de la voir malade à cause de sa fermeture.
Le pape François lance notamment dans ‘Evangelii gaudium’ un appel à «une ›décentralisation’ salutaire» de l’institution. Il souhaite une «conversion de la papauté» et engage les conférences épiscopales à «repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés», avec audace et créativité. A propos des épiscopats, le pape ouvre notamment une voie nouvelle en évoquant leur «autorité doctrinale authentique». Comme en écho à cette invitation, le pape cite de manière inédite à de très nombreuses reprises des textes des épiscopats du monde entier, parmi lesquels ceux des Etats-Unis, du Brésil, du Congo ou encore de France, à propos de la famille ou de la politique.
A plusieurs reprises, le pape souhaite une réforme des structures et, plus largement, indique à ceux qui «rêvent d’une doctrine monolithique défendue par tous sans nuances» qu’il convient de revoir avec discernement certains usages propres à l’Eglise, ou encore quelques normes ou préceptes ecclésiaux.
S’il n’évoque pas explicitement la question de l’accès à la communion des personnes divorcées remariées, le pape François écrit cependant que l’Eucharistie «n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles».
En revanche, de façon très claire, le pontife écrit que l’Eglise n’entend pas changer de position sur deux questions précises : l’ordination sacerdotale réservée aux hommes, et la défense de la vie, en particulier son opposition à l’avortement et à l’euthanasie.
Côté ouverture, le pape François souhaite «élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Eglise», assurant que leur présence dans le secteur du travail et dans les divers lieux où sont prises des décisions importantes doit être garantie, et cela aussi bien dans l’Eglise que dans les structures sociales. Le pape ne manque pas non plus d’insister sur le rôle des laïcs, face à un cléricalisme excessif.
‘Evangelii gaudium’ offre aussi un long guide pratique écrit par le pape à l’usage des prédicateurs, pour des homélies qui portent réellement des fruits. Le pape François consacre enfin une longue partie de ce document à l’un de ses sujets de préoccupation majeure, à savoir l’intégration sociale des pauvres, le bien commun, la paix sociale et le dialogue social comme contribution à la paix.
Dans ce texte, le pape François évoque aussi avec regret les divisions internes et contreproductives au sein de l’Eglise, et souligne «la force évangélisatrice de la piété populaire». Au fil du texte, François cite nombre de ses prédécesseurs, à commencer par Benoît XVI, mais plus encore Paul VI et Jean-Paul II. Quelques rares auteurs y sont également cités, parmi lesquels Henri de Lubac, Georges Bernanos, Romano Guardini, John Henry Newman, ou encore Platon.
Cette exhortation apostolique a tout, en fait, d’une véritable encyclique. A certains égards, elle rompt avec les postions de Benoît XVI concernant le rôle des épiscopats, et se montre parfois sévère avec les catholiques traditionalistes. Sans référence explicite au célèbre discours de Ratisbonne, le pape François écrit cependant qu’il convient d’éviter «d’odieuses généralisations» car le véritable islam s’oppose à toute violence. (apic/imedia/ami/mp)
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