Augmenter les offres d'éducation et de développement de l'enfant dès sa naissance

Berne: Caritas veut développer «l’encouragement précoce» des enfants pour enrayer la pauvreté

Berne, 26 novembre 2013 (Apic) En Suisse, quelque 200’000 enfants vivent dans des familles pauvres, et pour enrayer ce phénomène inquiétant et éviter que la pauvreté ne devienne leur lot, Caritas Suisse veut développer «l’encouragement précoce» des enfants. Il faut augmenter les offres d’éducation et de développement de l’enfant dès sa naissance, a plaidé l’œuvre d’entraide catholique le 26 novembre 2013 au cours d’une conférence de presse à Berne.

«C’est très vite qu’il faut combler les inégalités, rattraper les retards, favoriser le développement harmonieux de l’enfant d’âge préscolaire, car beaucoup se joue avant même l’entrée au jardin d’enfant», a souligné Bettina Fredrich, responsable du Service de politique sociale à Caritas Suisse.

Au cours de ces dernières semaines, Caritas a enquêté auprès de tous les cantons suisses – responsables tant de la politique de la formation que de la politique de lutte contre la pauvreté – pour évaluer les mesures prises dans ce domaine. Caritas part du principe que lorsque les enfants bénéficient d’une forme d’encouragement dès leur prime enfance, le risque est moins grand qu’ils ne tombent plus tard dans la pauvreté.

Il y a loin de la coupe aux lèvres…

Le résultat de ce sondage montre des différences de stratégies très marquées. Seuls quatre cantons pratiquent de manière ciblée et systématique un encouragement précoce pour les enfants: Schaffhouse, Zurich, Berne et Zoug. Ces cantons établissent explicitement un lien entre lutte contre la pauvreté et prévention, et définissent comme groupe cible les familles socialement défavorisées. Zurich, Berne et Zoug proposent des stratégies contraignantes, mais seuls les cantons de Berne et de Zurich mesurent systématiquement l’efficacité des mesures engagées. «Les stratégies de Zurich et de Berne sont exemplaires» dans le paysage suisse, note Bettina Fredrich.

La responsable du Service de politique sociale admet que les mesures prises par la plupart des cantons ne suffisent pas à elles seules à enrayer la pauvreté, et qu’il y a également une nette différence entre la définition d’une stratégie et la réalité du terrain. Cependant, note Hugo Fasel, directeur de Caritas Suisse, disposer au niveau cantonal d’une stratégie de lutte contre la pauvreté est absolument nécessaire si on veut avoir de l’argent au budget pour pouvoir agir.

«Après avoir multiplié les baisses d’impôts, on frappe les plus pauvres!»

Le gouvernement bernois, qui dispose d’une telle stratégie et fait preuve d’un «engagement extraordinaire», se heurte au Grand conseil, où la majorité parlementaire veut faire à tout prix des économies pour lutter contre les déficits. «Après avoir multiplié les baisses d’impôts, on frappe les plus pauvres!»

«Le canton de Berne, en même temps qu’il diminue les impôts sur les véhicules à moteur, coupe dans le social!», déplore Hugo Fasel. Qui relève qu’alors qu’une politique sociale moderne est avant tout une politique de lutte contre la pauvreté, «la problématique de la pauvreté semble remisée à l’arrière-plan». Ainsi, le Parlement bernois a décidé durant l’été de baisser les forfaits d’aide sociale, «au mépris des directives de la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS).

Cette décision représente une véritable rupture en ce qui concerne la politique de lutte contre la pauvreté, estime-t-il. «On abolit ainsi la valeur du seuil de pauvreté, et lorsque l’on abaisse le seuil de la pauvreté, on peut aussi baisser statistiquement le nombre de pauvres. En d’autres mots, on redéfinit arbitrairement la notion de pauvreté!» Et le directeur de Caritas de déplorer qu’en Suisse, «la politique financière pèse d’un poids plus important que la garantie du minimum vital des personnes».

Pourtant, conclut-il, les arguments avancés contre le coût soi-disant exorbitant de l’aide sociale sont «fallacieux»: avec un coût global d’environ 2 milliards de francs par an, l’aide sociale n’est «qu’une goutte d’eau dans l’océan, face aux dépenses totales du social qui représentent en Suisse annuellement plus de 150 milliards de francs».

En 2010, avec sa Déclaration «Réduire la pauvreté de moitié» d’ici à 2020, Caritas avait lancé une décennie de lutte contre la pauvreté en Suisse, avec comme objectif de diminuer le risque de transmission sociale de la pauvreté. Dans cette Déclaration, Caritas adressait des revendications au monde politique et économique, et s’engageait aussi à effectuer un «monitorage» régulier de la politique suisse de lutte contre la pauvreté. Ce processus de contrôle, répertoriant les actions menées par les cantons, montre aujourd’hui que «la plupart d’entre eux n’ont pas mis sur pied une quelconque stratégie ni établi de rapports sur la pauvreté», regrette Marianne Hochuli, responsable du Secteur Etudes à Caritas Suisse.

Pas de mot d’ordre de Caritas Suisse sur le salaire minimum ?

De tels rapports serviraient à lever le tabou pesant sur la problématique de la pauvreté et à lui donner le statut de thème auquel il faut réfléchir, insiste-t-elle. Hugo Fasel reconnaît qu’en Suisse, l’idée qu’un pays si riche puisse abriter des personnes vivant dans la pauvreté est «politiquement peu populaire…» La pauvreté en Suisse, rappelle-t-il, n’est pas visible à l’œil nu. «Les personnes en situation de pauvreté se cachent, elles ont honte et ne veulent pas être reconnues».

Interrogé par l’Apic sur la prochaine votation sur le salaire minimum – l’Union syndicale suisse (USS) demande qu’il soit fixé à 4’000 francs mensuels pour 42 heures hebdomadaires – qui pourrait être une mesure pour lutter contre la pauvreté, Hugo Fasel confie que les responsables de Caritas Suisse «sont en pleine discussion sur ce sujet délicat». Le débat est «très engagé». Il estime que le plus important est que le revenu familial global, qui ne comprend pas que le salaire, permette de mener une vie décente. Face à la complexité de la problématique, il est probable que Caritas Suisse s’abstienne de donner un mot d’ordre en vue de cette votation. (apic/be)

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