République centrafricaine: Des dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge dans les églises

Le calme revient à Bangui mais la population vit dans la terreur

Bangui, 9 décembre 2013 (Apic) A Bangui, capitale de la République centrafricaine, les troupes françaises ont commencé à prendre le contrôle des rues. Selon des témoignages, plus aucun affrontement de grande importance n’est signalé, mais la population vit dans la terreur. Des dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge dans les églises. Le bilan des victimes des affrontements entre les milices anti-balaka, formées de paysans chrétiens, et les rebelles de la coalition Seleka, qui se revendiquent musulmans, s’élève à plus de 300 morts.

L’agence d’information vaticane Fides a recueilli le 9 décembre 2013 les témoignages de missionnaires qui oeuvrent dans le pays. Le Père Trinchero, de la mission du Carmel de Bangui, raconte que «la nuit du 6 décembre a passé plus ou moins tranquillement. Mais vers 06h00, les tirs ont repris dans les quartiers, maison par maison. Les habitants du voisinage sont arrivés en masse à la mission du Carmel : environ 2000 personnes, avec de nombreux enfants».

«Dans l’église, plus de 350 personnes ont trouvé refuge. Les autres se trouvent dans les petites maisons et dans la cour entre l’église et le réfectoire. Certains enfants sont malades», poursuit le Père Trinchero. «Nous tentons actuellement de donner quelque chose à manger à tout ce monde. Mais ce sera difficile, parce que nous ne pouvons absolument pas sortir pour faire des achats. Nous avons déjà vidé le jardin et le poulailler. Nous pouvons tenir encore pendant une journée mais pas plus, parce que nous n’avons pas les moyens de donner à manger à 2000 personnes».

Le Père Aurelio Gazzera, qui œuvre à Bozoum, dans le nord-est du pays, indique que le 5 décembre «a constitué une journée relativement calme jusqu’à 19h00 lorsque un certain nombre de tirs ont résonné en ville. A 19h30, environ 300 à 400 personnes se sont rendues à la mission afin de passer la nuit dans les locaux paroissiaux où elles se sentent en sécurité». «Au matin du 6 décembre», poursuit le missionnaire, «chacun est retourné à son domicile et nous avons pu tenir les cours dans les écoles, même si la moitié des élèves était absente».

La population terrorisée

«L’ensemble du pays est terrorisé», indique à Caritas Internationalis le Père Anicet Assingambi de la paroisse Saint Charles de Lwanga, dans le nord de Bangui. Des dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge dans les églises, à Bangui et dans tout le pays. «Plus de 5000 personnes se trouvent dans les édifices paroissiaux. Une femme m’a raconté avoir vu son frère touché par un tir de fusil. Tous les hommes qui sortent dans la rue sont pris pour cible. Le corps d’un homme gît dans la rue hors des locaux paroissiaux mais il est encore trop dangereux de s’aventurer à l’extérieur pour le prendre en charge», déclare le Père Assingambi.

«Nous n’avons rien à donner à ces personnes», déclare le Père Assingambi. «Leurs maisons ont été mises à sac. Ils pleurent leurs morts. Leurs enfants pleuraient lorsqu’ils sont arrivés à l’église. Nous chantons des hymnes et des prières pour tenter de les calmer. Nous n’avons jamais rien vu d’aussi mauvais. Nous nous en remettons à Dieu. Priez pour nous».

Les collaborateurs de la Caritas sont dans l’impossibilité d’atteindre les personnes se trouvant dans le besoin. A Bossangoa, dans le nord du pays, la Caritas craint pour la sécurité de près de 40’000 personnes se trouvant dans les environs de la mission catholique et de 1600 autres réfugiées dans une école. Le 6 décembre, une roquette a touché la mission sans faire de victime. L’Eglise centrafricaine a lancé un appel en vue d’un cessez-le-feu immédiat et du passage des secours et des aides humanitaires. (apic/fides/cw)

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