Fleurier: Rencontre avec Claudine Grisel, artiste de la transcendance

Une chrétienne qui s’ignore?

Fleurier, 15 décembre 2013 (Apic) «Enveloppée dans une lumière d’une grande intensité, j’ai baigné dans un bonheur que rien ne saurait décrire, une paix ineffable, hors du temps, dans un espace que je devinais divin». Cette expérience inattendue, à la fois douce et foudroyante, l’artiste peintre neuchâteloise Claudine Grisel l’a ressentie comme un moment de grâce, une exquise offrande, ce «cadeau de la lumière» qui a donné son titre à l’exposition organisée au cloître de Saint-Ursanne cet été.

«Tout a basculé en 1993 à Zurich lors d’un stage de développement personnel lié au processus Hofmann, lequel vise, entre autres, à briser les chaînes névrotiques. C’est dans ce contexte que le choc de lumière s’est emparé de moi pour métamorphoser ma vie et mon œuvre», explique celle qui pratique la peinture, la sculpture et la gravure (lire l’encadré).

Si elle rechigne à évoquer une forme d’enchantement mystique ou d’extase religieuse, la Fleurisanne de 70 ans insiste sur l’essence divine de son vécu: «Quand elle a frappé à ma porte, cette lumière transcendait et dépassait tout, elle distillait une bonté et une générosité infinies. Elle sous-tend, selon moi, notre Terre entière. Hélas, notre société occulte, voire brise cette dimension en privilégiant la noirceur sociale. Je pense aux guerres, à la méchanceté, à la mesquinerie, à la recherche effrénée du profit.»

Guérison des blessures intérieures

Chez Claudine Grisel, l’apaisement, la sérénité de l’âme, la guérison des blessures intérieures ne coïncident pas avec une conversion, mais plutôt avec une libération psychologique – certains diront psychanalytique – aux racines spirituelles sur fond de religiosité laïque.

«Tout au long de mon existence, j’ai entrepris un travail de nettoyage de tout ce qui faisait obstacle à mon équilibre personnel, afin d’être en énergie moins lourde. Je suis pour ainsi dire sortie de ma peau pour évacuer les sentiments négatifs, la colère, le chagrin, les blocages en tous genres», confie avec une sincérité confondante la dynamique septuagénaire aux robes bigarrées. Et de poursuivre: «Le cadeau de la lumière est précisément le fruit de cet allégement pratiqué sur moi-même, de cet effort constant pour échapper à l’enlisement du moment présent, de cette quête pour dépasser les moments difficiles de l’existence».

Marquée par les aléas de la vie

Avec en arrière-fond une enfance marquée par une grave maladie, des amours de jeunesses contrariées au contact d’un étudiant camerounais, les réticences parentales à sa vocation d’artiste, le décès prématuré de son époux, Claudine Grisel a construit son œuvre sur le socle d’une «mythologie des émotions», selon sa propre expression. «Mes créations disent la dualité, le désespoir, la souffrance, l’envie de casser des murs, de passer des portes, le désir de fuir, les tiraillements, bref l’humain dans sa globalité.»

Peuplé de silhouettes évanescentes nimbées de mystère, d’anges à la luminosité aveuglante, de figures fantastiques tout droit débarquées d’un bestiaire médiéval ou d’un film de science-fiction, l’univers de la Neuchâteloise, en mouvement perpétuel, déroute, interpelle, fascine. S’il est difficile de déceler une unité dans ce tourbillon créatif et cet entrelacs stylistique, hormis l’arrimage autobiographique et, peut-être, le souffle giacomettien, une observation s’impose: Claudine Grisel peint comme elle prie, pour paraphraser l’écrivain Denis Tillinac dans sa description de l’œuvre de Fra Angelico.

Partout, dans son atelier de Fleurier, des toiles, des sculptures en bronze massif ou de plâtre. Ses œuvres aux titres évocateurs – «Le Sauveur», «Le Grand Messager», «L’Alliance» – respirent la transcendance, invitent à la méditation et au recueillement. Claudine Grisel, une chrétienne qui s’ignore? «Jeune, j’ai été protestante par obéissance, mais ma quête se situe en dehors du cadre des Eglises officielles, qui m’on toujours déçue. Dans mon esprit, elles sont synonymes d’enrégimentement, de réglementation. Elles empêchent les gens de respirer», tranche la Fleurisanne.

Encadré

Une créatrice protéiforme

Claudine Grisel, née le 5 avril 1943 à Fleurier, dans le canton de Neuchâtel, dans un milieu très cultivé, est une artiste protéiforme. Elle s’adonne aussi bien à la peinture, au collage, à la gravure qu’à la sculpture avec des œuvres de plâtre armé ou de cire coulées en bronze, mais aussi de papier et de colle acryl. Elle participe au travail du fondeur, retouche les cires et cisèle le bronze.

Claudine Grisel a suivi des études artistiques à Heidelberg (Allemagne), Bienne, Genève, La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel. Elle a voyagé à travers l’Europe «pour se nourrir d’art dans les musées», se plaît-elle à souligner. Parmi les artistes qui l’émeuvent, elle cite Auguste Rodin, Henry Moore, Henri Matisse «pour son audace colorée et la danse des formes», Rembrandt «pour la lumière et la profondeur de l’âme» et Zoran Music.

Détentrice d’un brevet de maîtresse de dessin, elle a enseigné dans divers établissements des cantons de Neuchâtel et d’Argovie. Elle peut également se prévaloir de 40 ans d’expositions en Suisse et en France. La Neuchâteloise a également publié deux monographies, «Envers et contre tout» ainsi que «Le Cadeau de la Lumière». Retraitée depuis 2004, l’artiste peintre enseigne le modelage et la gravure dans ses ateliers de Fleurier. Elle a par ailleurs créé un cours de développement personnel intitulé «Oser oser, se libérer par le geste et la peinture». (apic/edales/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/une-chretienne-qui-s-ignore/