Les écarts de revenus se sont encore creusés
Lucerne, 19 décembre 2013 (Apic) Les personnes en situation de pauvreté et les bas salaires n’ont pas bénéficié de la croissance enregistrée cette année en Suisse, constate Caritas Suisse dans son bilan de fin d’année, publié le 19 décembre 2013. La situation s’est même encore aggravée pour la génération des plus de 50 ans, pour les familles monoparentales ainsi que pour les bas revenus. Cet état des lieux de la situation social et économique peut être consulté dans l’Almanach social 2014 que Caritas vient d’éditer.
Les dernières statistiques sur la croissance économique brossent un tableau optimiste de l’économie suisse dans un contexte européen caractérisé par des politiques d’austérité et le chômage depuis le début de la crise économique il y a cinq ans, écrit Caritas dans son communiqué. Selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), la croissance de l’économie suisse a été de 1,4 % en 2013. Pour 2014, on compte même sur une augmentation de 2,1%. D’après l’International Institute for Management Development de Lausanne, la Suisse arrive en deuxième position derrière les États-Unis, en matière de compétitivité.
Bettina Fredrich, responsable du Service de politique sociale de Caritas Suisse, constate cependant des tendances mitigées dans l’évolution économique et sociale. Malgré un développement économique favorable et une hausse du taux d’emploi, la Suisse compte 580’000 personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté, et plus d’un million menacées par la pauvreté.
Les écarts de revenus se sont encore creusés, souligne Caritas. Tandis que les hauts revenus ont nettement profité de salaires à la hausse (de l’ordre de 28 % pour les cadres), la situation financière des ménages aux revenus les plus faibles s’est détériorée. Les revenus de ces ménages ont certes enregistré une augmentation marginale, mais celle-ci ne suffit pas pour compenser la hausse des loyers, des primes d’assurance-maladie et des transports. Aujourd’hui, 18,5 % de la population suisse ne sont pas en mesure de faire face à une dépense imprévue de 2000 francs.
Une autre tendance préoccupante se reflète dans les chiffres du chômage de longue durée : les employés de plus 50 ans sont plus souvent licenciés que par le passé. Parmi eux, seul un sur cinq retrouvera un emploi. Actuellement, plus de 40 % des licenciements concerneraient des personnes de plus de 50 ans alors qu’elles ne représentent qu’un peu plus de 30 % de la population active, constate Bettina Fredrich. Cette tranche d’âge représente donc 41 % des chômeurs de longue durée.
Les familles monoparentales demeurent très exposées au risque de pauvreté. Il leur est particulièrement difficile de concilier une activité professionnelle et la vie familiale. Dans la mesure où la protection sociale dépend largement de l’activité professionnelle, la situation des familles monoparentales s’aggrave. Elle entraîne une situation de pauvreté pour un cinquième d’entre elles, et un risque de pauvreté pour un tiers.
Même si le travail d’aide non rémunéré est un élément essentiel de l’économie, il n’a, à ce jour, pas sa place dans les comptes publics et ne fait pas l’objet d’une protection sociale adéquate. « Un changement de cap est nécessaire, demande Bettina Fredrich. Le travail d’aide non rémunéré doit être déclaré, réévalué, et reconnu en tant que pilier essentiel à l’économie. Il ne doit pas plonger les ménages les plus modestes de Suisse dans la pauvreté, car nous avons tous besoin d’assistance pour pouvoir grandir, vivre et mourir dans de bonnes conditions. » (apic/com/cw)
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