Fribourg: Mgr Alain de Raemy s’apprête à prendre ses fonctions d’évêque auxiliaire
Fribourg, 27 décembre 2013 (Apic) Désigné évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg par le pape François, Mgr Alain de Raemy s’apprête à quitter son appartement de chapelain de la Garde suisse pontificale pour rejoindre l’évêché à Fribourg. Le nouvel «évêque des jeunes» de Suisse romande souligne la personnalité charismatique du pape François, mais également le climat d’attente qui règne au Vatican, où beaucoup de décisions sont encore suspendues.
Avant son ordination, le 11 janvier à la Cathédrale St-Nicolas à Fribourg, Alain de Raemy a répondu aux questions de l’Apic sur son expérience au Vatican et sur les défis qui l’attendent dans sa nouvelle fonction.
Apic: Mgr de Raemy, cette année 2014 sera forcément spéciale pour vous. Que faut-il vous souhaiter?
Alain de Raemy: Confiance et courage. L’ordination épiscopale est à prendre comme une occasion bénie de conversion et de réengagement devant Dieu. En tant qu’évêque, il ne faudra pas craindre de dire les choses, avec charité et courage, sans chercher à contenter tout le monde. Pour ce faire, il faut avoir confiance en Dieu et en sa providence.
Il faut du courage pour vaincre ses appréhensions, pour passer au-delà de ses préférences et ne pas se contenter de ce qui est facile. Un engagement d’évêque nécessite encore un dépassement de soi.
Apic: Et vous, que souhaitez-vous aux catholiques de ce diocèse pour 2014?
AdR: La même chose: confiance et courage! Les temps ont difficiles. Il faut du courage pour affronter la crise, pour gérer les difficultés qui apparaissent dans les familles. Et ce courage a besoin de confiance. Confiance en Dieu, qui mène ma vie et celle du monde, au-delà du pouvoir du mal.
Apic: Si Dieu mène ce monde, comment expliquez-vous tous les graves problèmes que nous y rencontrons?
AdR: Dieu n’est pas un marionnettiste. Il nous laisse une bonne marge de liberté. Il ne tire pas sur des ficelles, il veut s’attirer nos coeurs. Si nous suivions vraiment sa volonté, beaucoup de problèmes n’apparaîtraient même pas.
Apic: A peine désigné évêque auxiliaire par le pape, vous avez déjà participé à une assemblée de la Conférence des évêques. Quelles impressions retirez-vous de cette séance?
AdR: Cela m’a encouragé dans mes nouvelles fonctions. Je me suis rendu compte que les travaux de la Conférence des évêques touchaient toutes les questions de société que nous pouvons rencontrer en Suisse. Nous traitons autant d’éventuelles prises de position pour les prochaines votations que des rapports avec les autres religions et confessions, et bien entendu des questions internes à l’Eglise catholique.
Il convient de souligner que je ne débarque pas en milieu inconnu. Je connais déjà tous les évêques, l’appartement du chapelain de la Garde suisse étant un véritable hospice pour les évêques suisses de passage au Vatican.
Apic: Vous avez hérité du dicastère de la jeunesse en Romandie. D’autres mandats vous attendent-ils encore?
AdR: Oui, certainement. Mais nous n’avons pas pu faire le tour de la répartition des dicastères car la séance s’est déroulée sans le nouvel évêque de Lugano ni le Père Abbé d’Einsiedeln, dont l’élection n’était pas encore confirmée par le pape. Sans compter que le diocèse de Sion attend encore son nouvel évêque.
Apic: Avez-vous déjà quelques projets concernant les jeunes?
AdR: Je ne peux pas encore parler de projets, mais il est clair que je mènerai la délégation romande aux JMJ. Lors de l’assemblée des évêques, il a aussi été convenu d’une étroite collaboration avec Mgr Marian Eleganti, responsable du dicastère des jeunes pour la Suisse alémanique et italophone. Nous nous inviterons mutuellement à nos différentes rencontres.
Apic: Avec votre nomination, celle de l’évêque de Lugano et celle du Père Abbé d’Einsiedeln, la Conférence des évêques suisses vient de subir une cure de rajeunissement …
AdR: Oui, mais le dynamisme n’est pas seulement une question d’âge! L’ancien évêque de Lugano, Mgr Grampa, est un véritable volcan en activité! Il est plein d’idées et d’enthousiasme. Un vrai jeune d’esprit. Il n’y a donc pas vraiment de rupture entre les jeunes et les plus anciens.
Apic: Votre expérience de chapelain de la Garde suisse au Vatican a-t-elle changé votre image de l’Eglise?
AdR: Non car je ne me faisais pas d’idées préconçues. Il a été intéressant pour moi de voir défiler la Suisse et le monde entier au Vatican. Tous ces contacts ont élargi mon expérience ecclésiale. Mais je n’ai pas eu de vraies surprises durant ces dernières années, ni bonnes ni mauvaises.
Il y a cependant un domaine dans lequel j’étais souvent décalé: je ne me suis jamais adapté au protocole! Mon habillement n’était pas toujours correct et les gardes suisses n’aimaient pas du tout ça!
Je ne garde vraiment presque que des bons souvenirs de ces années au Vatican. C’était magnifique d’accompagner ces jeunes suisses de tout acabit spirituel, culturel et social et de pouvoir en même temps participer aux grands évènements et de vivre les liturgies dans les meilleures conditions. J’ai vécu des moments de célébration et de prière intenses.
Apic: Y a-t-il eu un véritable changement au Vatican depuis l’élection du pape François?
AdR: Il y a une attente. Tout le monde est un peu insécurisé. Beaucoup de décisions ne sont pas encore tombées et le maintien de plusieurs chefs de dicastères n’est pas assuré. On sent bien un certain «suspense» dans le fonctionnement au Vatican.
Apic: On dit le pape François chaleureux, simple et spontané. L’avez-vous aussi perçu ainsi?
AdR: Oui, tout à fait. Devant les gardes suisses, il ne se limite pas au salut militaire. Il leur tend toujours la main et il les reconnaît. Il a une mémoire extraordinaire. Un jour, il a fait brièvement connaissance, un peu par hasard, avec ma sœur, qui lui a parlé en espagnol. Plusieurs mois plus tard, on lui présente mon frère. «Mais combien de frères et sœurs êtes-vous en famille», lui a-t-il demandé, en ajoutant immédiatement: «J’en connais déjà trois …» Rien qu’en une journée, il peut rencontrer des milliers de personnes au Vatican, mais Il avait tout de suite fait le lien entre ma sœur, mon frère et moi.
Apic: Et maintenant, quels défis vous attendent dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg?
AdR: Je me réjouis de retourner dans les paroisses, notamment pour les confirmations. Je pourrai revoir des gens que j’avais perdus de vue depuis plusieurs années et faire tant de nouvelles connaissances. J’espère aussi être accueillant pour les prêtres qui souhaitent «rencontrer l’évêque».
Apic: Un évêque titulaire brillant théologien et recteur d’université, et un auxiliaire davantage expérimenté en pastorale. Votre répartition des tâches tiendra-t-elle compte de cette complémentarité?
AdR: Oui, très certainement. Notre évêque m’a d’ailleurs dit que mon expérience de curé avait été un atout dans le choix de l’évêque auxiliaire. Mais il me confiera aussi des tâches de représentation, au sens fort du terme, auprès d’autres instances confessionnelles ou religieuses.
Apic: On assiste depuis plusieurs décennies à un regain d’intérêt pour les sujets religieux et en même temps à une perte d’importance de l’Eglise catholique dans la société.
AdR: Je nuancerais. Même si de nombreuses personnes sortent de l’Eglise, beaucoup gardent tout de même un certain attachement. Il n’est pas rare que des parents athées, non catholiques ou éloignés de l’Eglise inscrivent leurs enfants non baptisés à la catéchèse. L’Eglise catholique est la seule institution qui ait traversé les siècles, soulignent-ils parfois.
Apic: Et comment l’Eglise catholique, en particulier au niveau paroissial, peut-elle prendre davantage en compte cet intérêt latent pour la religion?
AdR: J’insisterais sur la visibilité de la paroisse et sur l’engagement des catholiques dans la société. Il faut éveiller l’intérêt de la population pour une foi chrétienne qui est bien là!
Apic: Depuis l’élection du pape François, l’Eglise catholique bénéficie d’un nouveau dynamisme. Il semble notamment que les sorties d’Eglise aient baissé en Occident …
AdR: Le pape François nous donne l’exemple. Il est simple et direct. C’est là que nous constatons la dépendance de l’Eglise face à l’image qu’en véhiculent les médias. Il est en soi dommage que la foi chrétienne soit parfois à ce point liée à l’image et à la personnalité du seul pape, mais si son message permet de réveiller la foi, c’est une bonne chose. Il nous encourage à notre tour à être des témoins crédibles et compréhensibles.
Apic: Avec AD 2000, la formation des unités pastorales et le projet de réflexion sur l’importance du dimanche, votre diocèse est sans cesse en transformation …
AdR: La messe du dimanche constitue le fondement de la communauté chrétienne. Sans ce rassemblement, nous sommes exposés à tous les courants de pensée qui traversent notre société. Il faut donc que ce rassemblement soit marquant et beau. Ainsi nous pourrons en repartir renforcés pour le reste de la semaine. L’Eglise, à travers la préparation et la célébration des sacrements, doit également être présente dans toutes les étapes de la vie du croyant.
Un autre domaine important ces prochaines années est celui de la diaconie. L’Eglise ne peut pas rester indifférente aux nouvelles formes de pauvreté qui apparaissent dans notre société.
Apic: Et les jeunes? On les voit davantage dans des rassemblements comme les JMJ que dans les groupements paroissiaux.
AdR: Il ne faut surtout pas y voir une concurrence! Ces rassemblements sont autant de chances. Parmi les jeunes suisses que j’ai rencontrés dans ou hors de la Garde à Rome toutes ces dernières années, s’ils disaient avoir été encouragés dans leur foi chrétienne, pour près de 90% il s’agissait de rassemblements comme les JMJ ou Prier-Témoigner, par exemple. Il s’y passe donc vraiment quelque chose. Il est cependant vrai que ce vécu est difficile à transmettre et à partager dans certaines communautés paroissiales.
(apic/bb)
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