Rome: Le pape François invite l'Eglise à se décentrer pour mieux comprendre le monde

Dialogue du pape avec les supérieurs religieux

Rome, 4 janvier 2014 (Apic) «Les religieux doivent être des hommes et des femmes capables d’éveiller le monde, de faire du bruit en annonçant la prophétie du Règne de Dieu», souligne le pape François. Quelques mois après une première interview publiée dans ses colonnes, la revue jésuite «La Civiltà Cattolica» dévoile un nouvel entretien avec le pape argentin.

Le Père Antonio Spadaro, directeur de la rédaction de la revue, a retranscrit la conversation engagée pendant près de trois heures entre François et les 120 supérieurs généraux lors d’une rencontre le 29 novembre dernier au Vatican. A l’issue de celle-ci, le pape annonçait que l’année 2015 serait dédiée à la Vie Consacrée.

L’entretien propose, en 15 pages, une présentation de cet échange libre et spontané, en commentant la rencontre à la lumière du récent magistère du pape. Jean-Baptiste Cocagne, journaliste à Radio Vatican, en fait le compte-rendu. Parmi les nombreux thèmes abordés: la complexité de la vie, faite de grâce et de péchés, le fait d’être prophètes en notre monde, la fraternité, la dénonciation des attitudes hypocrites et fondamentalistes, l’éloge de la grande décision de Benoît XVI concernant les cas d’abus sexuels commis par des prêtres, l’importance des charismes ou encore la nécessité de réveiller notre monde engourdi.

Les religieux sont appelés à suivre le Seigneur d’une manière particulière

Le pape a affirmé que si la radicalité est demandée à chaque chrétien, les religieux sont appelés à suivre le Seigneur d’une manière particulière. Fidèle à sa liberté de ton, le pape François a donné lors de cet entretien sa propre définition de l’identité et de la mission des religieux: «la vie est complexe, faite de grâce et de péchés et un religieux qui reconnaît qu’il est pécheur ne contredit pas le témoignage qu’il est appelé à donner, mais au contraire, il le renforce».

Comme il aime à le répéter, le pape a invité chacun à se déplacer dans les périphéries, «une position qui aide à mieux voir et comprendre le monde», affirme-t-il. Ainsi, il invite chacun à «se décentrer», pour «connaître véritablement la réalité et le vécu des gens».

Importance de la formation

Interrogé sur les vocations, le pape a indiqué que des Eglises jeunes apportent de nouvelles vocations, un phénomène qui oblige à repenser l’inculturation des charismes. L’Eglise doit demander pardon et avoir honte de ses échecs apostoliques dus à des incompréhensions comme dans le cas du jésuite italien Matteo Ricci (1552-1610). Missionnaire en Chine, son approche inculturée de la culture chinoise se heurta à l’incompréhension de la papauté à l’occasion de la «querelle des rites».

Puis le pape a insisté sur l’importance d’une formation fondée sur le spirituel, l’intellectuel, la communauté et l’élan apostolique. «Il faut former le cœur. Autrement nous formons de petits monstres. Et puis ces petits monstres forment le peuple de Dieu. Cela me donne vraiment la chair de poule», a-t-il lancé. L’hypocrisie, «fruit du cléricalisme», est aussi un mal à bannir selon le pape François. Il faut «agir en artisans, non en policiers, précise-t-il, privilégier un dialogue ouvert et franc sur tous les aspects de la vie».

Le dialogue est à utiliser aussi comme ciment de la paix, poursuit le pape: «il faut savoir caresser les conflits avec une tendresse eucharistique, conseille-t-il, elle ne fait pas disparaître les problèmes, mais aide à les affronter en tant qu’homme».

Autocritique de l’Eglise

Quant aux rapports entre les diocèses et les ordres religieux, le pape a fait part de son expérience et dit que les évêques doivent comprendre que les religieux ne sont pas de simples renforts, mais qu’ils apportent des charismes particuliers aux diocèses.

Le pape a invité l’Eglise à ne pas hésiter à faire son autocritique: «nous devons toujours demander pardon et regarder avec beaucoup de honte les échecs apostoliques entraînés par le manque de courage». Dans cette perspective, il a fait l’éloge de l’attitude de son prédécesseur Benoît XVI face aux affaires de pédophilie: «elle doit nous servir d’exemple pour avoir le courage de considérer la formation personnelle comme un défi sérieux en ayant toujours à l’esprit le peuple de Dieu».

Enfin, à propos de la frontière de la mission religieuse, il a rappelé que tout repose sur l’usage des charismes et que les contextes marginalisés demeurent des priorités d’action, avec toute l’importance de l’assistance culturelle, scolaire et universitaire. (apic/radvat/be)

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