Partagés entre la peur et l'espérance d'une «nouvelle vie»

Egypte: Les coptes orthodoxes égyptiens ont célébré Noël le 7 janvier

Le Caire, 7 janvier 2014 (Apic) Les coptes orthodoxes égyptiens ont célébré Noël le mardi 7 janvier, selon le calendrier julien, dans une atmosphère pesante, sous haute sécurité. Au Caire et partout en Egypte, la police et l’armée contrôlaient lundi soir et mardi l’accès aux Eglises, dans la crainte d’attentats terroristes. Les coptes étaient partagés entre l’espérance d’une «nouvelle vie» donnée par la naissance de Jésus et la peur de possibles attaques d’extrémistes islamiques.

Depuis août dernier, au moins 48 églises ont fait l’objet d’attaques et d’assauts de groupes islamistes. Sur les quelque 80 millions d’Egyptiens, près de 10% sont des coptes orthodoxes, les coptes catholiques étant une petite minorité de 225’000 fidèles.

Dans différentes villes, la circulation des véhicules a été suspendue dans les rues adjacentes aux lieux de culte chrétiens, cette suspension ayant été doublée par l’installation de barrières métalliques. Dans de nombreuses zones du pays, les mesures de sécurité devant les églises et les monastères avaient été renforcées afin de réduire le risque d’attentats et de garantir le bon déroulement des célébrations liturgiques.

Le président par intérim salue le «patriotisme» de la communauté copte

Pour la première fois depuis la visite de Gamal Abdel-Nasser dans les années 1960, un président a rencontré le patriarche copte orthodoxe à la cathédrale Saint Marc, dans le quartier d’Abasseya, au Caire. Le président par intérim, Adli Mansour, a en effet rendu visite le 5 janvier à Tawadros II pour transmettre ses vœux au chef de l’Eglise copte orthodoxe en vue des célébrations de Noël. Il a salué à cette occasion le «patriotisme» de la communauté copte, qui avait applaudi à la destitution du président islamiste Mohamed Morsi et à l’éviction du régime instauré par les Frères musulmans.

Le Premier ministre Hazem el-Beblaoui s’est également rendu à la cathédrale d’Abasseya pour adresser ses vœux au pape Tawadros II à l’occasion de la fête de la Nativité. Lundi soir, lors de la veillée à la cathédrale Saint Marc présidée par le patriarche Tawadros, ils étaient plusieurs milliers à se presser dans l’édifice placé sous la haute surveillance des militaires et des policiers.

Mentionnés lors de la cérémonie par la pape Tawadros, les noms du général Abdelfatah Khalil al-Sisi, qui a pris la tête du coup d’Etat du 3 juillet 2013, et celui du président Adli Mansour, ont été vivement applaudis.

Quelques incidents en Haute-Egypte

La veille, des incidents avec des manifestants appartenant à la mouvance des Frères musulmans avaient coûté la vie à 13 personnes. Un certain nombre de «terroristes» ont également été arrêtés, accusés par la police de préparer une série d’attaques contre des églises chrétiennes.

Selon de nombreux fidèles, l’engagement des autorités pour la sécurité des chrétiens à l’occasion de la fête de la Nativité a créé un climat très différent par rapport aux années précédentes. Cependant, le calme qui a caractérisé Le Caire a contrasté avec quelques attaques contre les chrétiens en Haute-Egypte, comme ce lundi 6 janvier à Ezbet Treks, dans la province de Qena, où un groupe d’extrémistes a lancé des pierres contre des maisons appartenant aux coptes et brûlé un de leurs magasins.

Les émeutiers avaient donné foi à une rumeur concernant la présence d’une jeune fille musulmane dans une maison copte du village, en compagnie de trois hommes coptes.

Mgr Kyrillos, évêque copte-orthodoxe de Nag Hammadi (Haute-Egypte), souligne que les forces de sécurité ont réussi à contenir les tensions et le commissaire de police de la ville Mahmoud Moawad a convoqué les musulmans du village pour recueillir des informations sur ces incidents et faire arrêter les coupables.

Encadré

La presse occidentale " prend ses sources chez les extrémistes»

Mgr Yohanna Golta, évêque auxiliaire copte-catholique d’Alexandrie, s’est insurgé sur les ondes de Radio Vatican contre la vision occidentale de l’Egypte, décrit comme un pays soumis au chaos. Il a dit croire en l’avenir de l’Egypte, malgré les tensions ambiantes.

«On ne peut pas nier qu’il y a une certaine peur de tous les Egyptiens. Nous avons peur de l’avenir, nous avons peur de ce que font les extrémistes, les Frères musulmans. Mais nous avons espoir que nous allons pouvoir dépasser ces difficultés. Mais il y aura toujours des victimes, il y aura toujours le sacrifice: c’est comme dans toutes les révolutions, tous les changements dans le monde, on en paie le prix».

Il estime que le gouvernement actuel fait ce qu’il peut. «Je crois que le gouvernement contrôle le pays. Il y a toujours des relations entre les Eglises et le gouvernement pour organiser l’ordre, la paix, la sécurité. Je suis sûr que le peuple égyptien est vraiment prêt à payer n’importe quel prix pour ne jamais revenir à un Etat religieux».

Emigration des coptes

Ce ne sont pas seulement les chrétiens qui émigrent, affirme-t-il. «Les musulmans émigrent encore plus ! 3 à 4 fois plus que les chrétiens: ceux qui ont peur, ceux qui ont perdu l’espoir, l’espérance d’un avenir calme, quittent le pays. Donc il y aura toujours des gens qui quittent». Il est d’avis que ce n’est pas grave, dans un pays qui compte plus de 80 millions d’habitants. «Les paroisses sont toujours ouvertes, on continue à prier, la messe du dimanche, les activités se poursuivent… Ce n’est pas comme l’imagine la presse occidentale qui prend ses sources chez les extrémistes, les Frères musulmans, Al-Jazeera… Je suis tout à fait contre cette presse menteuse, qui prend toujours le point négatif de l’Egypte ! Non l’Egypte n’est pas comme ça, l’Egypte ne va jamais perdre son but, son espoir. Nous luttons, nous payons le prix, et nous aurons un avenir pacifique». (apic/alahram/radvat/be)

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