1’400 personnes ont assisté à la cérémonie
Fribourg, 11 janvier 2014 (Apic) Joie et recueillement ont marqué à Fribourg la journée du 11 janvier 2014, à l’occasion de l’ordination épiscopale de Mgr Alain de Raemy, 54 ans, nouvel évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF). Le nouvel évêque auxiliaire qui a choisi pour devise épiscopale « Auprès du Seigneur la miséricorde », un extrait du psaume 130, 7, porte désormais le titre d’évêque titulaire de « Turris in Mauretania », un diocèse aujourd’hui disparu de l’ancienne province romaine de Maurétanie Césarienne, dans l’actuelle Algérie.
La cathédrale St-Nicolas était comble et pavoisée des couleurs des quatre cantons du diocèse – Fribourg, Vaud, Genève et Neuchâtel – pour l’ordination de l’ancien aumônier de la Garde suisse pontificale, alors que la cérémonie était également retransmise sur écran géant à l’église des Cordeliers et à la Basilique Notre-Dame.
Quelque 1’400 personnes étaient présentes à la longue cérémonie d’ordination présidée samedi matin par Mgr Charles Morerod, évêque de LGF, assisté de deux évêques co-consécrateurs, Mgr Amédée Grab, ancien évêque de Coire et de LGF, et Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion, qui a renoncé à sa charge en juin dernier et est en attente de son successeur.
Partis de l’église des Cordeliers peu avant 10h00, plus de 150 prêtres et une bonne vingtaine d’évêques et d’Abbés venus de toute la Suisse, mais également des pays voisins et du Vatican, se sont rendus à la cathédrale St-Nicolas pour assister à cette cérémonie solennelle, qui fut à certains moments ponctuée d’acclamations et de traits d’humour. La foule des fidèles était tout à la joie d’accueillir ce nouvel évêque né à Barcelone, de père fribourgeois et de mère valaisanne, et aux talents linguistiques incontestés (français, allemand – il a étudié chez les des bénédictins d’Engelberg -, italien – il a étudié et vécu à Rome -, espagnol et catalan, et anglais). Dès son nomination, le jeune évêque a été sollicité pour devenir « l’évêque des jeunes » pour la Suisse romande, succédant tout naturellement à Mgr Denis Theurillat.
La bulle de nomination du pape François, lue par Mgr Alain Chardonnens, vicaire général du diocèse de LGF, et par Nicolas Glasson, vicaire épiscopal pour la partie germanophone du canton de Fribourg, précise que c’est « notre vénérable frère Charles Morerod O.P., évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (qui) a demandé récemment un auxiliaire à cause de ses nombreux travaux et de ses projets pastoraux ». L’évêque de LGF est en effet en charge d’un diocèse complexe et vaste, qui compte environ 700’000 catholiques, plus de 380 prêtres et diacres ainsi que 370 agents pastoraux laïcs.
Le rite sacramentel de l’ordination épiscopale, réglé selon un rite très ancien, a alors débuté avec l’invocation de l’Esprit Saint lors de l’hymne Veni Creator Spiritus (Viens, Esprit créateur). Mgr Alain de Raemy s’est ensuite engagé solennellement, devant la foule rassemblée, à s’acquitter des devoirs de la charge épiscopale: l’annonce de l’Evangile «avec fidélité et sans relâche», la transmission du dépôt de la foi «dans sa pureté et son intégrité», la construction et le maintien de l’unité de l’Eglise, «avec le collège des évêques, sous l’autorité du successeur de Pierre», le service aux pauvres, aux étrangers et à tous ceux qui sont dans le besoin, le service du culte et de la prière.
Allongé ensuite la face contre terre, en signe d’humilité et de don total au Christ, le nouvel évêque auxiliaire va écouter la lecture de la litanie des saints. Tour à tour, à la suite de Mgr Morerod, tous les évêques présents vont, en silence, imposer les mains au futur évêque. Puis ils prononcent la grande prière d’ordination, tandis que l’évangéliaire est tenu au-dessus de la tête de l’ordinand pour bien montrer que c’est l’Evangile qui donne son orientation fondamentale au ministère épiscopal. Cela signifie que le nouvel évêque est ordonné au nom de l’Evangile et qu’il le reçoit pour le porter aux autres. L’onction de la tête de l’ordonné avec le saint-chrême signifie que l’Esprit Saint le pénètre de sa grâce pour sa nouvelle mission. Mgr Morerod lui remet ensuite l’anneau épiscopal, qui signifie la fidélité de l’évêque à l’Eglise, épouse du Christ, avant de lui poser la mitre sur la tête, et de lui donner la crosse ou bâton pastoral, qui évoque la mission du pasteur, chargé de prendre soin de son troupeau.
Dans son allocution, le nouvel évêque a d’abord tenu à saluer ses parents, son père âgé de 88 ans et sa mère de 90 ans, placés au premier rang des fidèles. C’est grâce à eux, dit-il, qu’il tient « non seulement la vie en elle-même, mais aussi une bienheureuse initiation à toute la beauté de la vie, grâce à une famille unie, à des parents si présents à leurs enfants… »
Sur le ton de l’humour, Mgr de Raemy a interpellé son évêque diocésain, qui fut aussi son professeur: « Cher Charles, j’admire ton courage. Car tu sais quel confrère, ami, étudiant et prêtre tu avais, mais tu ne sais pas quel auxiliaire tu auras… Béni sois-tu de ne m’avoir jamais dévoilé tes intentions, j’aurais eu trop de temps pour me noyer en préoccupations… J’espère simplement qu’avec moi tu en auras moins, non pas de temps, mais de préoccupations! D’ailleurs, n’est-ce pas là toute la tâche de l’auxiliaire: être un évêque de secours, pour que la présence épiscopale ne tombe jamais en panne ? »
Mgr Morerod avait demandé un deuxième auxiliaire parce qu’il a besoin d’aide pour ses nombreux travaux. Le diocèse est grand et il y a beaucoup d’occasions qui appellent la présence d’un évêque, comme les confirmations, les visites pastorales et de nombreux contacts oecuméniques, interreligieux ou profanes. De plus, Mgr Morerod et Mgr Farine, son auxiliaire à Genève, sont très sollicités hors du diocèse, notamment sur le plan suisse, pour participer par exemple dans des commissions. « J’irai partout où Charles, qui ne peut pas répondre à toutes les demandes, ne pourra aller ».
Dans le diocèse de LGF, dont fait encore partie le canton de Neuchâtel, un seul homme ne suffit pas, a expliqué à la presse à l’évêché de Fribourg le nouvel évêque auxiliaire juste avant la cérémonie d’ordination. Mgr de Raemy a reconnu qu’il est difficile de gérer un si grand diocèse de façon équitable et estimé qu’il faudrait des diocèses plus petits, « mais je n’en suis qu’à l’étape de recueillir des avis ». Quant à son départ de Rome, où il était heureux de travailler comme aumônier auprès des jeunes Gardes suisses, qui sont, à cet âge, à un moment clef de leur vie, « c’est un déchirement, mais quand il y a un appel, il faut répondre. Cela me coûte certainement de quitter Rome, mais j’aime beaucoup Fribourg! »
A la fin de la cérémonie, au nom des autorités politiques des autres cantons diocésains, la conseillère d’Etat vaudoise Béatrice Métraux a salué chaleureusement le nouvel évêque et remercié les autorités ecclésiastiques d’avoir décidé d’associer le pouvoir temporel à cette célébration interne à l’Eglise catholique. « C’est là un signal fort des bonnes relations qu’entretiennent Etats – et je mets ici le mot au pluriel – et Eglise ». Et d’affirmer qu’il existe un catholicisme romand « caractérisé par une forte volonté de dialogue œcuménique et d’ouverture à autrui ».
Par les aides concrètes et matérielles fournies aux migrants et aux membres les plus démunis et précarisés de la société, tout comme par le travail remarquable des aumôniers dans les prisons, les homes pour personnes âgées ou les hôpitaux, a-t-elle poursuivi, les Eglises renforcent la cohésion sociale et la solidarité. Les Eglises, en luttant contre la culture du gaspillage, militent pour la sauvegarde de la création. « L’espérance en un monde meilleur est profondément ancrée dans l’ADN chrétien! » JB
Né à Barcelone le 10 avril 1959, Alain de Raemy a suivi sa scolarité en espagnol, avec des compléments en allemand et français. Il obtient son certificat de maturité en allemand de type B (latin/anglais), au collège des bénédictins d’Engelberg en 1978. Il croit d’abord être fait pour la diplomatie (après un premier intérêt pour l’architecture) et fait une année de droit à l’université de Zurich. Mais il finira par se lancer dans des études de théologie à l’Université de Fribourg en 1979, pour entrer au séminaire en 1980 et obtenir sa licence en 1984.
Il complète sa formation en italien à Rome, à la Gregoriana et à l’Angelicum en 1984/1985. Après un stage pastoral à Yverdon, Alain de Raemy est ordonné prêtre à Fribourg le 25 octobre 1986. Il est nommé tour à tour à Yverdon et Lausanne, puis retourne à Rome pour des études en vue d’un doctorat en théologie de 1993 à 1995 à la Gregoriana et à l’Angelicum. Après une place d’auxiliaire à Morges, il est nommé curé de la paroisse du Christ-Roi à Fribourg en 1996. En 2004, il devient curé et chanoine de la Cathédrale de Fribourg, avant d’être nommé curé modérateur de l’unité pastorale Notre-Dame de Fribourg, comprenant les paroisses de la Cathédrale St-Nicolas, du Christ-Roi, de St-Jean et de St-Maurice, en septembre 2005. Le 1er septembre 2006, il rejoint la Garde suisse pontificale à Rome, où son évêque, Mgr Bernard Genoud, l’envoie et où le pape Benoît XVI le nomme aumônier, avec un mandat de 5 ans, renouvelable. BB/JB
Par Bernard Litzler, directeur du Centre catholique de radio et télévision CCRT
Le pasteur Christian Miaz, président du Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du canton de Neuchâtel (EREN) a adressé, à la fin de la cérémonie, des paroles chaleureuses au nouvel évêque auxiliaire. Au nom des réformés romands, il a encouragé le prélat fraîchement ordonné et lui a fait part de l’attente des fidèles dont «nous partageons les événements de l’existence», de la naissance au décès. Il a exhorté le Fribourgeois à «apprendre à ne plus être aimé par tous». «Comme évêque vous allez perdre une certaine liberté, a averti le pasteur neuchâtelois. Vous serez Monseigneur Alain de Raemy et cela change la perspective chez les autres!»
La Garde suisse pontificale a fait au nouvel évêque une belle surprise en lui offrant sa crosse. Une crosse au profil très moderne que Mgr Morerod a remis à Mgr de Raemy. Une hampe de bois bordée d’argent avec un sommet élargi et plat du plus bel effet. Un instrument à la moderne élégance fabriqué par un atelier romain spécialisé. La crosse comporte, au milieu du manche, un relief de saint Martin, les armories du nouvel évêque et des caractères gravés: sa devise épiscopale et sa période comme aumônier de la Garde (2006-2013). En se rendant à l’église des Cordeliers, Alain de Raemy a testé son nouveau bâton de pasteur: cette crosse « a tendance à faire pas mal de bruit… Cela va m’obliger à exercer ma charge avec douceur et tact», a-t-il plaisanté. Quant à l’anneau épiscopal, Mgr de Raemy a repris l’anneau de Mgr Gabriel Bullet (1921-2011), évêque auxiliaire du diocèse, ordonné évêque auxiliaire en 1971. (apic/bl/be)
Des photos de la cérémonie d’ordination de Mgr Alain de Raemy sont disponibles auprès de l’apic au prix de 80.– la première, 60 les suivantes. (apic/be)
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