«La primauté du pape est à la fois un obstacle et un pont pour l’œcuménisme »
Rome, 16 janvier 2014 (apic) À la veille de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens du 18 au 25 janvier, le cardinal suisse Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a dressé pour l’agence d’information religieuse de la Conférence épiscopale italienne SIR, un bilan de la situation de l’oecuménisme. Il revient notamment largement sur les relations avec l’orthodoxie et sur le prochain voyage du pape François en Terre Sainte. La traduction est de Radio Vatican.
Le pape François a été la grande «nouveauté» de 2013. Et du point de vue œcuménique, son pontificat a tout de suite bien commencé. Lors de la fête d’inauguration, tous les représentants des Eglises étaient présents. Il y avait aussi pour la première fois le patriarche œcuménique de Constantinople. «Cette année, le bilan œcuménique – également grâce au pape François – remporte un important signe +. Du point de vue du contenu, je crois qu’il y a une grande continuité entre Benoît XVI et François parce qu’ils ont tous deux un grand cœur pour l’œcuménisme» relève le cardinal.
Q. : Dans l’Exhortation apostolique «Evangelii Gaudium», le pape François touche des points très importants tels que la collégialité et la primauté du pape. Comment ces ouvertures ont-t-elles été perçues ?
Cardinal Kurt Koch : Les réactions à l’Exhortation apostolique que j’ai reçues des représentants des autres Eglises sont très belles. Ils ont été très touchés, appréciant surtout le fait que cette exhortation exprime une vision commune. Dans le paragraphe réservé au dialogue œcuménique, on perçoit comment les catholiques peuvent apprendre des autres Eglises. Le Saint-Père cite comme exemple la collégialité de l’Eglise orthodoxe. Et lors de ma récente visite, le patriarche de Moscou a justement mentionné ce point.
Q. : Il y a cinquante ans avait lieu l’accolade entre Paul VI et le patriarche Athénagoras. Cela semblait le début d’une nouvelle histoire. Que s’est-il passé ensuite ?
K.K. : Ce fût un grand évènement : les dirigeants de l’Eglise orthodoxe et de l’Eglise catholique se sont rencontrés après plusieurs années de séparation à Jérusalem. Cette rencontre a provoqué un autre grand évènement, c’est-à-dire la fin de l’excommunication sanctionnée ensemble en 1965 par les deux Eglises dans la cathédrale du Phanar à Constantinople et de Saint-Pierre à Rome. Et ainsi finit l’ère de l’excommunication et s’ouvrit l’ère de la communion. En ce sens, la réunion de Jérusalem a consacré le début du dialogue de la charité et de la vérité.
Q. : Pour commémorer cela, le pape et le patriarche se donnent rendez-vous à Jérusalem le 25 mai. Qu’attendez-vous de cette rencontre ?
K.K. : C’est d’abord et avant tout un acte de commémoration de ces 50 ans et j’espère que cette réunion permettra de retrouver la passion pour l’unité présente à l’époque de Paul VI et d’Athénagoras. Si je lis aujourd’hui les textes rassemblés dans la Tomos Agapis, je vois émerger cette passion pour l’unité. Athénagoras dit : «Le temps est venu. L’heure de se retrouver ensemble sur le même autel». Il me semble que cette passion pour retrouver la communion ecclésiale et l’Eucharistie doit être approfondie et revitalisée.
Q. : Y aura-t-il une déclaration commune ?
K.K. : Quel sera le contenu de la déclaration est une chose que le pape François et le patriarche doivent encore examiner pour comprendre ce qu’il faut dire en commun dans le monde et dans l’Eglise. Cette rencontre vise à être une étape du voyage qu’il faut accomplir pour l’avenir.
Q : Vous avez rencontré le patriarche Cyrille de Moscou. Avez-vous parlé d’une éventuelle rencontre avec le pape ?
K.K. : Oui, nous avons parlé d’une éventuelle rencontre entre le Saint Père et le patriarche Cyrille mais le métropolite Hilarion a toujours souligné que plus important que la date, c’est surtout la préparation car ce sera la première fois dans l’histoire des relations entre Moscou et Rome qu’un patriarche de l’Eglise orthodoxe russe et un pape de Rome se rencontrent. Il est donc nécessaire de bien préparer ce qu’ils veulent dire et ce qu’ils veulent faire et ceci fait partie de la phase préparatoire.
Q. : Le thème de la prochaine semaine de prière pour l’unité des chrétiens, du 18 au 25 janvier est «Le Christ ne peut pas être divisé». Quelles sont les avancées demandées à chaque Eglise ?
K.K. : Je pense qu’il est nécessaire de prendre au sérieux, prendre conscience que le Christ ne peut pas être divisé. Le fondement de tout l’engagement œcuménique est la prière sacerdotale de Jésus qui dit que l’unité entre les disciples du Christ est la volonté du Seigneur. Et nous tous qui venons de Paul, Pierre et André, nous avons le devoir et la responsabilité d’écouter la volonté de Jésus et de trouver cette unité. Paul, Pierre et André étaient sûrement des personnes différentes, avec des charismes différents mais ils étaient tous des amis du Christ.
Q. : Cela ne vous semble-t-il pas un paradoxe que la primauté du pape soit justement l’élément de division ?
K.K. : Paul VI disait déjà que la primauté est l’obstacle le plus profond à l’œcuménisme. Mais c’est seulement une face de la question : l’autre est que la primauté est une grande opportunité pour l’œcuménisme. Prenez par exemple les trois rencontres d’Assise qu’ont tenues Jean-Paul II et Benoît XVI : qui pouvait inviter toutes les Eglises et les autres religions sinon le pape de Rome ? Jean-Paul II a écrit dans son livre «Franchir le seuil de l’espoir» que le ministère de Pierre est un ministère d’unité et a un sens profond pour l’œcuménisme. Après le concile Vatican II, tous les papes, de Paul VI à François, sont des papes œcuméniques qui veulent l’unité et dans ce sens, leur primauté n’est pas seulement un obstacle mais aussi un grand pont pour l’œcuménisme. (apic/sir/rv/mp)
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