Jérusalem : L'évêque suisse Mgr Pierre Bürcher après sa visite en Terre Sainte

«Le mur a brisé l’existence de nombreux Palestiniens»

Jérusalem, 18 janvier 2014 (Apic) Pour Mgr Pierre Bürcher, la politique d’Israël envers les Palestiniens est incompréhensible. L’évêque suisse réclame une intervention de la communauté internationale. Mgr Bürcher a pris part du 11 au 16 janvier 2014 à une visite de solidarité en Terre Sainte, comme représentant des conférences épiscopales de Scandinavie et membre de la Congrégation des Eglises orientales. «La construction du mur de séparation par Israël a brisé la vie de nombreux Palestiniens», reléve-t-il dans une interview bilan à l’apic.

Apic : Comme ancien président de Catholica Unio internationalis et membre de la Congrégation des Eglises orientales, vous avez déjà fait un grand nombre de visites en Terre Sainte. Vous êtes un bon connaisseur de cette terre et des conflits au Proche-Orient. Qu’est que cette visite vous a apporté de nouveau ?

Mgr Pierre Bürcher : Chaque fois que l’on ouvre la Bible, on découvre une nouvelle réalité. Il en est de même pour la Terre Sainte. On ne la connaît jamais complètement et à chaque visite on découvre une nouvelle réalité. Ce qui m’a frappé lors de cette visite est un phénomène inacceptable qui dure depuis trop d’années : Israël et la Palestine ont besoin tous les deux de sécurité, mais Israël cherche continuellement à s’étendre au mépris du droit international. La réalité du prétendu « mur de sécurité » est un scandale au sens strict du terme, un pierre qui brise. Ce mur a brisé la vie de beaucoup de Palestiniens. Il brise les espoirs de beaucoup de gens en Terre Sainte. La paix et la justice ne peuvent ainsi pas exister !

Apic : Les Palestiniens, chrétiens ou musulmans, se trouvent donc devant les mêmes défis et les mêmes problèmes ?

P. B. : Les deux chrétiens et musulmans souffrent tout comme Israël d’ailleurs. Mais en réalité la souffrance des chrétiens est encore renforcée par le fait qu’il sont une minorité dans ce pays et que leurs droit sont de moins en moins respectés. A mon sens, il faudrait une sérieuse intervention de la communauté internationale pour mettre fin à l’agonie liée à l’occupation. Sans cette intervention, le problème fondamental persistera.

Apic : Pour la première fois cette année, la délégation des évêques a passé la nuit dans la bande de Gaza. Comment avez vous vécu cette réalité locale ?

P.B. : Les deux jours passé à Gaza ont été très instructifs. Lors de mes précédentes visites à Gaza j’avais pu passer assez facilement en voiture les ‘chekpoints’, grâce à des autorisations spéciales’. Cette fois ci, nous avons voyagé selon la procédure ordinaire. Nous avons vécu les humiliations auxquelles sont soumis les Palestiniens, chrétiens comme musulmans, en particulier lorsqu’ils sont autorisés à sortir de Gaza, ce qui est extrêmement rare. Dans le corridor long d’un kilomètre au ‘checkpoint’ je ne suis senti comme un lion en cage qui marchait vers la plus grande prison du monde. Même si Israël doit assurer son devoir de sécurité, nous avons du subir des fouilles sans respect souvent en violation des normes internationales.

Ce que nous avons vécu n’est encore rien en comparaison avec ce que les Palestiniens subissent quand ils veulent quitter Gaza. Je suis très satisfait de cette expérience qui m’a montré de manière beaucoup plus claire que lorsqu’on ne voyage pas comme un VIP combien ces conditions sont inacceptables

Apic : Et sur place à Gaza ?

P.B. : Gaza est une tragédie historique causée par Israël et par les Palestiniens extrémistes. La transmission de la foi dans ce contexte est très difficile, parce que la foi est difficile a vivre. En même temps, nous avons pu voir combien l’espoir est le moteur de la vie des chrétiens à Gaza. Le travail de personnes comme les sœurs de Mère Térésa en faveur des enfants handicapés et des personnes âgées est remarquable. Leur témoignage est un vrai miracle, car il faut être très fort pour pouvoir vivre dans de telles conditions. Pour moi, elles sont le signe d’une foi vécue et de l’espérance qui se concrétise dans l’amour du prochain.

Apic : Que pouvez-vous faire, vous Pierre Bürcher, en tant qu’évêque de Reykjavík, en Islande à votre retour de ce voyage ?

P.B. : La première chose, je l’ai commencée ici en Terre Sainte : prier de manière encore plus intense pour Israël et pour la Palestine. La deuxième à mon retour à Reykjavík et de rapporter ce que j’ai vécu à mes confrères des pays scandinaves, Norvège, Finlande, Danemark, Suède et Islande. Troisièmement en contact avec le nonce apostolique et des personnalités politiques islandaises, c’est de faire rapport au ministre des affaires étrangères et d’encourager le monde politique à agir avec toutes les forces disponibles pour la sécurité, la paix et la justice.

Enfin en vue de la visite du pape en Terre Sainte en mai, nous redoublerons d’efforts pour encourager les croyants à venir en Terre Sainte, non seulement pour visiter les lieux saints mais aussi pour rencontrer les communautés chrétiennes locales qui sont les pierres vivantes de l’Eglise. Nous devons encourager ces rencontres et donner ainsi un signe d’espoir. (apic/akr/mp)

Des photos de cette interview sont disponibles auprès de l’apic au prix de 80.– francs la première, 60.– les suivantes.

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