«Un 'oui' comme un 'non' posent problème»

Fribourg: Pour Mgr Morerod, l’initiative du 9 février affaiblit l’opposition à l’avortement avec des arguments ambigus

Fribourg, 20 janvier 2014 (Apic) Pour Mgr Morerod, l’initiative sur le financement de l’avortement propose des arguments ambigus pour la défense du droit à la vie. C’est pourquoi il estime qu’un « oui » comme un « non » posent problème. Dans un communiqué du 20 janvier 2014, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg dit s’être exprimé sur le texte en votation le 9 février suite à diverses sollicitations de paroissiens et de prêtres.

Pour Mgr Morerod, cette initiative a le grand mérite d’inviter à réfléchir à ce que signifient la banalisation de l’avortement et le traitement de la grossesse comme une maladie, « puisque remboursée par l’assurance-maladie ». « Le pape François vient de qualifier cette banalisation de l’avortement de ‘culture du déchet’. L’avortement est un indice d’une société sans grande espérance… L’initiative revient pourtant à affaiblir l’opposition à l’avortement, parce que l’ensemble de la formulation est déficiente », affirme l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg dans son communiqué.

Mgr Morerod énumère ensuite ses arguments: « Le titre de l’initiative même indique que l’avortement est une affaire personnelle : elle accepte donc l’argument le plus courant des défenseurs de l’avortement (le libre choix de la seule mère), et c’est faux parce que dans tous les cas il y a aussi au moins un enfant et un père, pour ne rien dire des grands-parents ». « Il ne s’agit pas que du titre », poursuit-il. « En cas d’assurance complémentaire pour financer l’avortement, celle-ci ne serait payée que par des femmes, comme si le père n’avait rien à voir avec la grossesse ».

« Je retiens la question d’un père de famille : ‘Si ma fille – adolescente – rentre enceinte et me dit qu’elle va avorter, que c’est son affaire personnelle, que je n’ai donc rien à dire et que c’est la position soutenue par l’Eglise, je lui dirai quoi ?’ Comme souvent, dans les polémiques, on finit par adopter inconsciemment la position adverse, mais c’est une victoire à très court terme ».

Participer au système de santé ne signifie pas participer à l’avortement

Selon l’évêque, l’initiative ne met pas en cause l’avortement des autres, seulement le fait d’y participer par sa propre assurance-maladie. » Il s’agit là d’un compromis qui affaiblit à court et long terme la position des défenseurs du droit à la vie ».

« Participer, par l’assurance et les impôts (en ce qui concerne leur application au réseau hospitalier), au système de santé ne signifie pas participer à l’avortement, parce que le but de l’assurance et des impôts n’est pas de provoquer l’avortement, mais de sauver des vies… « , affirme Mgr Morerod.

Chercher à convaincre

« Bref, cette initiative défend une belle cause avec des moyens en partie contradictoires. C’est pourquoi une recommandation positive ou négative serait ambiguë. J’espère que la faiblesse de la formulation ne sera pas un auto-goal… « , s’inquiète le prélat.

Et Mgr Morerod de conclure: « Dans ce domaine, les défenseurs du droit à la vie doivent d’abord chercher à convaincre, aider les femmes qui hésitent à avorter en leur donnant la possibilité durable de recevoir leur enfant et de l’élever, ainsi que montrer les conséquences de l’avortement, grâce à la longue expérience d’aide aux femmes blessées par un avortement passé ».

Avis plus tranché

L’évêque de Coire s’est de son côté totalement démarqué de la neutralité choisie par son homologue romand et par la Conférence des évêques suisses (CES) concernant la votation du 9 février. Mgr Vitus Huonder recommande de voter «oui» à l’initiative sur le financement de l’avortement, selon la «NZZ am Sonntag» du 19 janvier 2014. Dans une lettre envoyée à ses quelque 900 collaborateurs, il qualifie l’avortement de «meurtre».

Regrettant que l’initiative n’aille pas jusqu’à demander l’interdiction de l’avortement, Mgr Huonder indique que sa conscience lui enjoint de «résister au financement du meurtre».

L’évêque de Bâle, Felix Gmür, s’est lui aussi distancié de la neutralité de la CES, en prenant parti contre l’initiative. Il la considère comme inappropriée, «parce qu’elle ne permettrait pas d’empêcher des avortements». (apic/com/lgf/nzz/cw)

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