Damas: La population syrienne veut que cesse «immédiatement cette descente aux enfers»
Damas, 22 janvier 2014 (Apic) Alors que s’ouvre à Montreux, mercredi 22 janvier 2014, la conférence sur la paix en Syrie baptisée «Genève II», l’archevêque Mario Zenari, nonce apostolique à Damas, lance un appel pour que cesse «immédiatement cette descente aux enfers». Interrogé par Radio Vatican, il relève que la population syrienne, dévastée par un conflit qui dure depuis trois ans, place beaucoup d’espoir dans la conférence Genève II.
Dans une interview accordée à la journaliste Antonella Palermo, qui a joint par téléphone Mgr Mario Zenari à Damas, le nonce apostolique en Syrie souligne que le fait que cette conférence Genève II démarre est déjà «un grand pas, même si nous savons que les difficultés surviendront dans les jours à venir».
Jusqu’ici, relève-t-il, les protagonistes se sont parlé, pendant ces trois ans, à travers les canons et les fusils. «Combien de fois mes oreilles, même ici à Damas, entendaient l’explosion d’une bombe, d’un obus et immédiatement après, la riposte des armes à feu… Le premier espoir devrait être celui d’arrêter immédiatement cette descente aux enfers. Il est temps de bloquer cette avalanche de morts et de destruction et de faire ressusciter le droit humanitaire international. Je dirais que ce seront les premiers résultats que l’on doit attendre de la Conférence», déclare-t-il à Radio Vatican.
Concernant le retrait de l’invitation faite à l’Iran de participer à la conférence qui débute à Montreux, Mgr Zenari considère que l’idéal aurait été une participation «de tous les pays qui sont dans la région et qui ont un peu pris part à ce drame en Syrie».
Mais, selon les mots du diplomate algérien Lakhdar Brahimi, médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, cette Conférence est un début. «Il y aura plusieurs rencontres et donc, j’imagine qu’il pourrait encore y avoir un moment où l’Iran pourrait s’associer. Un jour, lorsque nous devrons mettre en œuvre les décisions – qui, nous l’espérons, seront de sages décisions pour la Syrie – tous les pays de la région devront naturellement être impliqués».
Lançant un appel aux parties venues à Montreux pour s’asseoir autour de la table des négociations, il souhaite qu’elles se rencontrent, plutôt qu’à la table des négociations, «au chevet d’une Syrie gravement malade, au chevet de la mère patrie et lorsque vous êtes au chevet d’une mère, la première chose à faire – si ce sont de vrais enfants – consiste à comprendre comment faire vivre cette mère, lui faire récupérer la vie et la remettre en état de santé. Je dirais que ceci devrait être l’objectif principal des parties en conflit».
Le nonce apostolique espère que ce sommet apportera une solution politique au conflit en Syrie. «Je dirais que nous l’espérons tous. Ici, ils l’espèrent sincèrement. Les gens n’arrivent plus à aller de l’avant dans cette situation. En plus des morts, des massacres, des destructions, il y a une pauvreté croissante. Ceux qui étaient riches sont naturellement partis depuis longtemps tandis que ceux qui formaient la classe moyenne sont devenus une classe pauvre, qui s’appauvrit tous les jours davantage. Ici aussi, je voudrais faire un commentaire particulier: cette conférence de Genève II a été saluée avec beaucoup d’espoir et d’attente mais n’oublions pas les nombreuses personnes, les millions de personnes qui, malheureusement, ne peuvent même pas s’intéresser, ni à Genève I, ni à Genève II, ni aux résultats, car tous les jours elles sont aux prises avec la faim, le froid, les blessures… Voilà, tournons-nous vers toutes ces personnes, car ce sont les acteurs principaux de cette conférence. Elles devraient être présentes là-bas, si pas physiquement, au moins symboliquement».
Dans une déclaration à l’agence d’information officielle syrienne Sana, Walid al-Mouallem, ministre syrien des Affaires étrangères et chef de la délégation syrienne à Genève II, a estimé que cette conférence était un «premier pas pour entamer le dialogue inter-syrien sur les territoires de la Syrie, d’une façon qui réponde aux aspirations du peuple sans aucune ingérence extérieure».
Dans des déclarations faites peu avant son arrivée à Genève, Walid al-Mouallem a déploré que les Nations Unis «se sont soumises aux pressions occidentales en s’abstenant d’adresser des invitations aux parties de l’opposition nationale en Syrie». Il a également précisé que «le sujet du président et du régime est une ligne rouge pour nous et pour le peuple syrien». Il a ajouté que «nous venons à Genève dans l’espoir de parvenir à une position syrienne et internationale unifiée pour faire face au terrorisme qui frappe la Syrie et la région». Le chef de la diplomatie syrienne a, en outre, indiqué qu’il n’est pas possible de méconnaître le rôle important de l’Iran dans l’instauration de la stabilité dans la région, qualifiant d’une «grande erreur» la non participation de l’Iran à la conférence. «Les pays qui refusent la participation de l’Iran voudraient le maintien de la situation dans la région», a-t-il ajouté.
Le patriarche gréco-catholique Grégoire III Laham, chef des catholiques melkites de rite byzantin, a pour sa part lancé un appel urgent aux fidèles de Syrie – et du monde entier – à prier pour le succès de la conférence de paix de Genève II. Basé à Damas, le patriarche a appelé chaque catholique syrien, quelle que soit sa situation, à prier pour la fin des hostilités qui ont incité des millions de Syriens à fuir leurs foyers depuis le début du conflit il y a près de trois ans.
Ecrivant en sa qualité de président de l’Assemblée des hiérarques catholiques de Syrie, le patriarche a appelé l’Occident à se joindre à lui et à sa communauté dans la prière pour la paix: «Qu’il y ait une campagne mondiale de prière pour la paix en Syrie, en Terre Sainte, dans le monde arabe et le monde entier».
L’appel du patriarche Grégoire III à mettre fin à la violence intervient alors que les derniers chiffres de l’ONU montrent que près des deux cinquièmes (40 %) d’une population de 22,5 millions d’habitants dans le pays avant la guerre ont désormais fui leur foyer – 2,3 millions de personnes vivant comme réfugiés à l’étranger, et 6,5 millions de personnes étant des déplacés dans leur propre pays.
Face à l’intensification de la crise humanitaire – aggravée par l’un des pires hivers depuis des années – la conférence Genève II organisée à Montreux va tenter de mettre fin à la guerre civile et ouvrir la voie à un gouvernement de transition. Le patriarche insiste sur la nécessité que la communauté internationale soit unie dans son appel à la paix, et que cesse l’afflux d’armes vers les groupes armés de Syrie. (apic/radvat/sana/be)
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