Fribourg: Lancement de la campagne de Carême 2014 sur l’économie durable
Fribourg, 22 janvier 2014 (Apic) La campagne de Carême 2014, qui démarrera le Mercredi des Cendres 5 mars, se penchera sur l’héritage laissé à nos enfants et petits-enfants. «Les semences d’aujourd’hui sont le pain de demain», soulignent les organisations responsables Action de Carême (catholique romaine), Pain pour le Prochain (protestante) et Etre partenaires (catholique chrétienne). Les chrétiens de Suisse seront particulièrement sensibilisés aux conditions de travail inacceptables des ouvrières et ouvriers du textile au Bangladesh.
Le jeans traverse les générations. Vêtement pratique pour les ménagères chargées de le laver, cool pour les jeunes qui le portent volontairement troué ou encore léger et peu dommageable pour les randonneurs, il fait le bonheur de tous les Occidentaux. C’est ce vêtement «inter-générationnel» qu’ont choisi les animateurs de la Campagne de Carême pour illustrer leur affiche 2014. Car sous la loupe se cachent des réalités bien moins réjouissantes, notamment pour les ouvrières et ouvriers du textile chargés de sa fabrication.
Lors de la présentation de la Campagne de Carême, le 21 janvier à la salle paroissiale du Christ-Roi à Fribourg, Daniel Tillmanns, responsable de la communication à Pain pour le Prochain (PPP), a présenté la condition des travailleurs de l’industrie textile au Bangladesh. Ce pays a justement fait la une de la presse l’an dernier en raison de plusieurs catastrophes qui ont coûté la vie ou la santé à de trop nombreux travailleurs entassés dans ses usines.
Daniel Tillmanns a notamment souligné l’impact catastrophique pour la santé des produits phytosanitaires dont sont imprégnés de nombreux vêtements. Ces substances sont nocives non seulement aux ouvriers du textile mais également aux travailleurs qui manipulent ces vêtements dans nos magasins, comme l’a révélé une émission diffusée la veille sur la TV romande. Le responsable de la communication a PPP a également dénoncé le travail forcé des enfants, très courant dans le Sud-est asiatique, et a relevé que le salaire minimal convenu par les industriels reste insuffisant pour permettre à une famille de vivre. De ce fait, les ouvriers sont souvent contraints de multiplier les heures supplémentaires, avec le risque de ne pas les voir payées si les quotas de production ne sont pas atteints. «Peu d’ouvriers sont syndiqués car la création d’un syndicat est soumis à l’approbation des patrons d’usine, ce qui est un non-sens», a-t-il relevé.
Les chaînes commerciales occidentales se réfugient souvent derrière des codes de conduite garantissant des conditions de travail équitables. Mais en raison des pressions exercées pour augmenter la production dans des délais très courts, elles provoquent des situations ingérables dans les usines du Bangladesh, avec notamment la nécessité de faire appel à des sous-traitances, qui échappent à toute forme de contrôle.
Daniel Tillmanns a recommandé le recours aux vêtements portant le label «Fair Wear Foundation», qui garantit aux ouvriers des pays du Sud des conditions de travail et des salaires équitables. A cet effet, la Campagne de Carême a lancé une pétition pour demander aux CFF de ne se fournir en vêtements pour le personnel qu’auprès des commerces équitables. En provoquant un tel changement, a relevé Daniel Tillmanns, d’autres entreprises étatiques ou semi-étatiques de notre pays seront incités à en faire de même.
Parmi les actions financières de la Campagne 2014, l’Action de Carême, Pain pour le Prochain et Etre solidaires ont innové en lançant un «thé du partage». Cette proposition s’ajoute à la palette habituelle, qui comprend la vente de roses (29 mars), le pain du partage des boulangers et les soupes de Carême. Et, bien entendu, tous les dons, les pochettes et les quêtes entreprises notamment dans les paroisses.
L’animatrice en catéchèse Marie-Claire Pasquier a présenté un film relatant une expérience de collectivité agricole au Burkina Faso, soutenue par l’Action de Carême. En alliant connaissance, solidarité et apport technologique adapté à la région, des groupes d’agriculteurs sont parvenus à assurer et augmenter leur production.
Christelle Devanthéry, qui a succédé en juillet 2013 à Jean-Claude Huot à la direction du Département Formation à l`Action de Carême, a invité la vingtaine de participants à faire part de leurs expériences et de leurs propositions aux responsables d’Action de Carême ou de Pain pour le Prochain à l’issue de la Campagne de Carême.
François-Xavier Amherdt, professeur de théologie pastorale, pédagogie religieuse et homilétique à l’Université de Fribourg, a présenté les axes théologiques de la Campagne de Carême. Il a rappelé que la Campagne 2014 propose des perspectives de développement durable et se base sur les principes qui marquent encore les mouvements d’action catholique:
1) Observer, repérer les difficultés
2) Réfléchir, juger, prendre conscience de ce que Dieu attend de nous
3) Agir, changer son comportement, susciter des actions
4) Célébrer, porte l’action dans la prière
Les perspectives de justice sociale et de développement durable se trouvent au cœur de la foi et de l’enseignement de l’Eglise, a-t-il insisté. Le prêtre valaisan a relevé 7 principes porteurs de la campagne de Carême 2014:
1) Nous formons une seule famille.
2) Dieu nous confie des graines au fort potentiel de croissance (»Face à la mondialisation de l’indifférence, il faut reconnaître dans le monde les surprises de l’Esprit»)
3) La justice est une valeur intergénérationnelle. «Quelle planète allons-nous transmettre aux générations futures? Nos descendants héritent de nos dettes», a-t-il affirmé, tout en paraphrasant le thème de la Campagne 2014: «Les semences avariées d’aujourd’hui seront la faim de demain».
4) La sollicitude pour autrui. L’option préférentielle pour les pauvres a été rappelée notamment par le pape Jean Paul II dans «Sollicitudo rei socialis» (1987).
5) L’engagement à dimension «politique» contre les «structures de péché» et pour le bien commun.
6) La justice écologique. «Nos actes et nos pensées doivent être au service de la vie et faire preuve d’empathie pour la création de Dieu». Et de pointer du doigt la disparition des espèces, le pillage des ressources minières, la désertification du sol, la pollution, …
7) Transmettre la foi à nos enfants et faire mémoire de l’histoire du Salut.
L’abbé Amherdt a fortement recommandé la lecture de l’Exhortation apostolique «La joie de l’Evangile» du pape François, «un document qu’on aurait fait exprès pour la campagne de Carême de cette année».
– Pas de travail forcé ou obligatoire
– Aucune discrimination à l’égard des employés
– Pas de travail d’enfants
– Liberté d’association et droit à des négociations collectives
– Paiement d’un salaire de subsistance
– Pas d’heures de travail excessives
– Des conditions de travail sûres et saines
– Une relation de travail contractuelle et légale
Les entreprises suisses de la FWF sont: La Poste, Triaz Group, Switcher, Mountain Force, ALBIRO AG, Blackout AG, CPT AG, LK International AG, Mammut Sports Group AG, Manroof GmbH, ODLO Sports Holding AG, Transa Backpacking AG et Odd Molly International AB.
«Un être humain est un être qui connaît le nom de ses grands-parents et qui se soucie de ses petits-enfants. J’ai 80 ans, j’ai des enfants et des petits-enfants. Le temps se rétrécit et c’est le moment des interrogations, du bilan: que vais-je transmettre à mes petits-enfants et de quoi vais-je les priver? La question n’est pas de savoir quels biens seront légués à nos descendants mais bien de quel monde ils hériteront. Auront-ils de l’eau potable? Avons-nous à tel point détruit et pollué d’engrais les sols que les fruits de la terre les rendront malades? Avons-nous tellement urbanisé leurs paysages qu’ils ne connaîtront pas le réconfort de la nature? Leur transmettons-nous un environnement habitable? «Ton tribunal, ce sont les autres» (Pascal Mercier). Nous sommes le tribunal de nos descendants avec les fardeaux que nous leur laissons et leur imposons. «Nos ancêtres ont péché, ils ne sont plus là mais nous portons leur péché», se lamente le prophète Jérémie. Nous sommes tributaires du pardon de nos petits-enfants. Nous leur sommes redevables et ils héritent de nos dettes. LA meilleure manière de vivre en paix avec eux est d’en prendre conscience».
(Document «Info-Campagne / Voir et agir»)
Le théologien luthérien allemand Fulbert Steffensky, né en 1933, est l’époux de la célèbre théologienne Dorothée Sölle. Il a reçu en 2013 le Prix de la prédication œcuménique.
L’hôte principale de la campagne sera Shatil Ara, du Bangladesh. Elle est la coordinatrice dans son pays de la «Fair Wear Foundation» (Fondation pour le vêtement équitable), soutenue par Pain pour le prochain et Action de Carême. Cette organisation a pour but de garantir des conditions de travail acceptables et un salaire correct dans l’industrie textile. Shatil Ara défend les droits des travailleurs et travailleuses dans 41 usines, et leur fournit conseils et soutien. Elle sera en Suisse du 7 au 24 mars 2014.
Parmi les autres hôtes figurent notamment Marie Therese Nguetchoue Kamga Souop, promotrice du groupe de femmes des Sécheuses de Banjoun, et sa fille Vicky Kamga (Cameroun), ainsi que l’agronome colombien David Diaz, directeur de Semillas de Agua, dont les projets visent une agriculture durable et biologique.
Durant le carême, une cinquantaine de groupes dans toute la Suisse romande vont à nouveau se lancer dans l’aventure du jeûne durant une semaine. Ils vont s’ouvrir à une expérience où le corps se met au repos grâce à l’absence de nourriture, mais où l’âme est travaillée par ce qui surgit d’essentiel dans la vie, indique l’Action de Carême. Une pratique qui permet également à chacun de vivre une expérience de solidarité en partageant le prix du repas non consommé avec des personnes défavorisée au Sud.
Des expériences similaires seront également lancées cette année en Suisse alémanique.
Note: Des informations supplémentaires et des documents à télécharger se trouvent sur le site http://www.actiondecareme.ch
(apic/bb)
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https://www.cath.ch/newsf/les-semences-d-aujourd-hui-sont-le-pain-de-demain-1/