Rome: Pour Samuel Pruvot, la visite de François Hollande au Vatican vise à renouer le dialogue entre Paris et Rome
Rome, 23 janvier 2014 (Apic) La première visite du président français François Hollande au Vatican, le 24 janvier 2014, vise essentiellement à renouer le dialogue entre Paris et Rome. C’est ce qu’assure à l’agence I.MEDIA Samuel Pruvot, rédacteur en chef à l’hebdomadaire catholique français Famille Chrétienne. Selon le journaliste, auteur de «François Hollande, Dieu et la République», avec cette visite, «qu’il le veuille ou non», le chef de l’Etat socialiste «montre que le catholicisme compte toujours en 2014».
I.MEDIA: Samuel Pruvot, comment voyez-vous les enjeux de cette visite ?
Samuel Pruvot: Les enjeux sont multiples. Au point que la visite de François Hollande au Vatican ressemble à une poupée russe. Un enjeu en cache toujours un autre… Derrière le discours lisse des conseillers de l’Elysée, qui assurent que «ce voyage arrive en son heure et atteste la continuité des relations entre la France et le Saint-Siège», se cachent mille arrières pensées politiques. Cela dit, le premier enjeu consiste à renouer un dialogue direct entre Paris et Rome – parasité par la longue séquence du ›Mariage pour tous’. Les deux François vont se parler en tête-à-tête, les yeux dans les yeux. Cette rencontre constitue un symbole en soi. Qu’il le veuille ou non, François Hollande montre que le catholicisme compte toujours en 2014, en France et dans le monde. Et que celui que le «Time magazine» a choisi comme Person of the Year a un impact médiatique digne d’un Mandela.
I.MEDIA: Que peut-il sortir d’une telle rencontre ?
SP: Officiellement, le bilan risque d’être quelque peu académique. D’un côté un communiqué sibyllin du Saint-Siège, de l’autre une conférence de presse improvisée où le président français fera tout pour garder la maîtrise de sa communication. Mais derrière les paroles convenues, il y a bel et bien un ordre du jour dicté par l’actualité. On pense aux enjeux internationaux: au sort des minorités chrétiennes en Syrie par exemple au moment de la conférence de Genève. A la future – et encore bien lointaine – conférence sur le climat à Paris en 2015 qui a trouvé en Nicolas Hulot un ambassadeur très people. François Hollande reconnaît au pape son «autorité morale» et son poids sur la scène internationale. Là aussi, il y a un réalisme du pouvoir actuel qui admet l’impossibilité d’escamoter les successeurs de Pierre sur la scène politique. Précédant et accompagnant la mondialisation, les papes sont devenus des repères incontournables au-dessus de la mêlée internationale.
I.MEDIA: On y parlera donc que de politique internationale?
SP: Non, l’essentiel de l’entretien – le plus épineux – concernera la politique hexagonale. Cette visite intervient entre deux tempêtes, celle du ›Mariage pour tous’ et celle du débat sur la fin de vie. Sans compter la question de l’avortement débattue en ce moment à l’Assemblée nationale. Et cela juste après une «Marche pour la vie» soutenue par un certain pape François… L’enjeu est donc de savoir si oui ou non le président peut continuer à passer en force pour imposer des réformes sociétales qui heurtent une partie des Français, les catholiques en particulier. François Hollande, comme beaucoup d’observateurs de l’Hexagone, a été pris de court par leur capacité de mobilisation. Dans son histoire personnelle, il a t out fait pour mettre sous le boisseau l’éducation reçue des Frères des écoles chrétiennes. Mais l’Histoire le rattrape!
I.MEDIA: Le courant peut-il passer entre les deux François ?
SP: L’un et l’autre sont réputés pour leur empathie. Simples d’abord, ils savent mettre leur interlocuteur à l’aise et montrent une réelle capacité d’écoute. Les deux François sont amateurs de football mais ils pratiquent plutôt le billard à plusieurs bandes… En tant que jésuite, le cardinal Bergoglio sait que l’action est le lieu du discernement spirituel. Rien ne va de soi dans les relations entre l’Eglise et le monde. La simplicité est l’apanage de Dieu! Président en quête d’un second souffle, François Hollande sait qu’il doit composer avec les catholiques français. Sans toutefois heurter une base troublée par son tournant social libéral… Le chemin est étroit, comme le dit l’Evangile, mais le chemin existe. (apic/imedia/ami/rz)
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