Berne: Caritas Suisse s’interroge sur une politique du logement sociale et durable
Berne, 24 janvier 2014 (Apic) En Suisse, de plus en plus de personnes ont du mal à trouver des logements à un prix abordable. La raison? Les promoteurs immobiliers investissent surtout dans l’habitat assurant un rendement élevé. Cette tendance pénalise lourdement les personnes à faible revenu. Comment, dès lors, réaliser une politique du logement sociale et durable? C’était le thème du Forum de Caritas qui s’est tenu le 24 janvier 2014 à Berne.
«Peu de questions séparent aussi précisément les pauvres et les riches que l’habitat. Qui peut se le permettre vit dans un logement confortable, spacieux et calme. Qui est pauvre n’a guère le choix. Les personnes touchées par la pauvreté vivent à l’étroit, dans des logements mal situés et bruyants, souvent dans un environnement malsain », a déclaré Mariangela Wallimann-Bornatico, présidente de Caritas Suisse, en ouverture du Forum.
Première intervenante, Ariane Widmer Pham, directrice du Bureau du Schéma directeur de l’Ouest lausannois dans le cadre du programme fédéral «Projets urbains», a mis l’accent sur la nécessité de compacter l’espace urbain. «La population suisse augmente et le terrain se fait rare», affirme-t-elle.
Mais ce fait constitue, selon Ariane Widmer Pham, une chance de repenser nos villes et agglomérations, leur aménagement futur, et d’inventer de nouveaux modèles de collaboration. Elle cite l’exemple de l’Ouest lausannois, où huit communes comptant un total de presque 70’000 habitants, ont redessiné leur espace d’habitation. «Construire dans des lieux à l’abandon, c’est créer de l’espace habitable de qualité. Et cela permet de ramener à la vie des endroits oubliés», explique-t-elle.
Autre intervenant, Ernst Hauri, directeur de l’Office fédéral du logement, présente l’accès au logement abordable pour toutes les couches de la population comme une tâche conjointe de l’économie privée et de la politique. «Il existe très peu de mesures d’insertion et d’accompagnement dans le développement du marché immobilier», constate-t-il. «C’est pourquoi il faut des mesures coordonnées avec les communes, les cantons et la Confédération».
Ernst Hauri ajoute que le Conseil fédéral envisage de rendre plus transparent le marché du logement: «Le gouvernement a confié un mandat en ce sens à l’Office fédéral du logement. Ce mandat stipule, par exemple, que le loyer précédent devra être connu du nouveau locataire. Les raisons d’une augmentation de loyer devront aussi être expliquées».
Le mot de la fin est revenu à Hugo Fasel. Le directeur de Caritas Suisse a rappelé dans son allocution l’importance du lieu d’habitation: «C’est un lieu de rencontre, un lieu d’inspiration, un lieu où se ressourcer, où s’épanouir». «C’est pour cette raison qu’on ne peut pas faire une politique du logement artificiel. Un logement doit être approprié aux besoins. C’est important pour la qualité de vie», poursuit-il.
Et de rappeler cette réalité sociale: pour 10% de la population en Suisse, le loyer représente 50% du budget. «Dans ces ménages, l’augmentation des loyers entraîne des craintes existentielles: la crainte d’être éjecté, la crainte de devoir déménager, la crainte de devoir recréer un réseau social ailleurs… «, énumère Hugo Fasel.
Pour le directeur de Caritas Suisse, il n’y a pas qu’une seule solution au problème du logement: «Compacter l’espace urbain ou rassurer les gens quant à une future Suisse de 10 millions d’habitants font partie des pistes à explorer … Mais il ne faut pas tout attendre du marché. Il faut prendre les devants en augmentant le revenu des personnes en situation de pauvreté et la protection des locataires». (apic/cw)
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