44% de la population active bosnienne est au chômage
Sarajevo, 12 février 2014 (Apic) Les habitants de plusieurs villes de Bosnie-Herzégovine manifestent depuis des jours contre la pauvreté et le pouvoir pour protester contre la situation économique et sociale dans le pays. Plusieurs manifestations ont dégénéré en désordres massifs et en émeutes. Le 7 février 2014, les sièges de plusieurs administrations régionales ont été saccagés ou incendiés dans des violences sans précédent depuis la fin de la guerre intercommunautaire qui avait fait quelque 100’000 morts en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995.
A Sarajevo, les manifestants contre la misère – le chômage est estimé à 44% de la population active – ont incendié vendredi 7 février le bâtiment de la présidence de ce pays balkanique de 3,8 millions d’habitants.
Mgr Pero Sudar, évêque auxiliaire de Sarajevo, a lancé un vibrant appel à l’Union Européenne: «Les gens n’ont pas de travail, les jeunes n’ont même pas l’espoir de trouver un emploi. La situation est complètement désespérée et confuse. Désormais, je crains encore plus l’anarchie dont on ne sait pas où elle finira. Seule l’Union Européenne, avec des pas bien mesurés, peut nous proposer quelque chose de positif en terme de perspective pour les pauvres citoyens de Bosnie-Herzégovine ».
Pour l’évêque auxiliaire de Sarajevo, les tensions en Bosnie-Herzégovine existent depuis 20 ans. Les Accords de Dayton, signés en décembre 1995 pour mettre fin aux conflits interethniques en Bosnie-Herzégovine, ont été un mauvais remède.
«Cet Etat malade, gravement blessé par la guerre, a reçu un mauvais médicament à Dayton et, depuis lors, n’a fait que s’affaiblir. Cette faiblesse s’est d’abord manifestée dans la vie économique et sociale: de nombreuses entreprises ont fermé, de nombreux travailleurs se sont retrouvés sans travail et ceux qui travaillent ne reçoivent pas de salaire. La tension est montée et tout a commencé».
Mgr Sudar pointe directement la responsabilité de la communauté internationale dans les Accords de Dayton qui, selon lui, «ont divisé ce pays en deux, créant deux Etats en un seul, qui ne peuvent pas fonctionner de façon démocratique».
L’évêque craint désormais que la protestation sociale ne se transforme en conflit inter-ethnique: «Les tensions montent de plus en plus. Nous nous trouvons toujours plus en danger, Nous n’avons aucune possibilité de voter pour quelqu’un qui ne soit pas déjà au pouvoir, qui n’ait pas déjà montré sa propre incompétence».
De son côté, Mostar apparaît comme « une cité suspendue », un lieu « congelé » par une paix « imposée par l’Occident il y a vingt ans pour mettre fin à la guerre». Commentant les manifestations contre la faim qui embrasent la Bosnie-Herzégovine, le directeur de la Caritas de Mostar s’exprime dans les colonnes du quotidien du Vatican « L’Osservatore Romano ». Don Ante Komadina déplore le manque de soutien des autorités publiques aux actions caricatives.
« Notre Etat n’apprécie pas à sa juste valeur le travail que nous effectuons à Mostar et en Herzégovine. Nous ne rencontrons les politiques qu’aux festivités et aux élections». Par conséquent, ce sont les Caritas étrangères qui financent les actions dans le pays.
Pourtant, relève le prêtre croate, la situation est urgente. La crise politique se transforme en crise sociale. La population «se sent étranglée» devant le manque d’opportunité et un taux de chômage qui dépasse les 40 %. Un contexte qui favorise le retour des vieux démons. « Certains ont peur que la Bosnie-Herzégovine ne devienne une mini-Yougoslavie».
Le départ des jeunes diplômés à l’étranger constitue également «une forme particulière de pauvreté», selon un document publié par les organisations humanitaires catholiques, orthodoxes, musulmanes et juives. D’après cet appel unitaire, l’émigration de la jeunesse est une vraie menace pour l’avenir du pays, car ce sont «ces jeunes qui doivent être porteurs de la renaissance sociale et du développement économique de la Bosnie-Herzégovine». Ce constat, dressé il y a plusieurs années, est toujours criant d’actualité et est confirmé par la dernière déclaration de la Commission « Justice et Paix » de la Conférence des évêques de Bosnie-Herzégovine.
Présidée par Mgr Franjo Komarica, évêque de Banja Luka, en Republika Srpska (RS), la Commission « Justice et Paix » relève que les « malheureux » événements qui ont secoué plusieurs villes de Bosnie-Herzégovine ne sont pas inattendus. Les citoyens protestent en raison de la situation sociale qui s’est considérablement dégradée, mais aussi contre la façon dont le pays est dirigé.
Les responsables qui gouvernent le pays n’ont pas pris la mesure de la dégradation de la situation ni mis en œuvre les moyens et les programmes sociaux appropriés pour surmonter les difficultés dramatiques auxquelles fait face depuis des années la majorité de la population, regrette la Commission. Elle réclame en particulier une plus juste répartition des biens matériels, afin de réduire ou même de combler l’important fossé qui sépare actuellement riches et pauvres dans le pays.
Les récentes manifestations montrent clairement la frustration de la plupart des citoyens, en particulier des jeunes qui, en Bosnie-Herzégovine, malheureusement, ne voient aucune perspective d’avenir. « Justice et Paix » déplore que les manifestations justifiées contre les autorités dégénèrent en émeutes et en actes de vandalisme des biens publics. Les manifestations actuelles de citoyens mécontents montrent sans aucun doute la nécessité de réformes structurelles dans le pays, écrit la Commission.
« Une réforme radicale du système social et juridique de la Bosnie-Herzégovine est la condition sine qua non de la construction d’un Etat de droit afin d’assurer sa stabilité économique et sociale ». Craignant que la violence, qui s’en prend aux biens appartenant aux collectivités publiques et aux privés, ne s’étende, la Commission rappelle qu’une fois l’étincelle jetée, la violence pourrait dégénérer en un feu difficilement contrôlable qui pourrait prendre des proportions sans précédent dans ce pays encore marqué par les nombreuses blessures non cicatrisées de la guerre. (apic/radvat/jp/com/be)
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