Lucerne: Les célébrations de Carnaval amènent une agitation colorée dans l'église

Une tradition pas appréciée par tous les fidèles

Lucerne, 14 février 2014 (Apic) Le Carnaval approche, tout comme son cortège de célébrations et de messes avec les Guggenmusik et ses sonorités qui cassent les oreilles. Les réactions au sujet de ces traditions mêlant foi chrétienne et fête populaire sont des plus diverses.

Ruedi Heim, vicaire épiscopal du diocèse de Bâle pour la région St. Viktor, qui comprend le canton de Lucerne, affirme: « Je sais que beaucoup de personnes craignent que le caractère sacré de la célébration soit remis en question dans le cas d’une messe de Carnaval. » Il existe effectivement un large spectre de réactions, de l’approbation enthousiaste jusqu’au rejet total.

Bruno Hübscher, diacre à Nottwil (Lucerne), fait sans conteste partie des adhérents à cette tradition implantée surtout en Suisse alémanique. « Les célébrations de Carnaval sont vraiment quelque chose de spécial », souligne-t-il. Cette année, depuis la chaire, il prononcera un sermon, avec des rimes, déguisé en « évêque-aspirant de Nottwilia ». Bruno Hübscher ne pense pas que sa prestation va fâcher des fidèles. Il admet pourtant qu’en animant une telle célébration il marche sur la corde raide. Et il va respecter certaines limites: ne pas se moquer de l’Eglise, ni aborder des thèmes politico-eclésiaux lors de sa prédication. « Mais une fois par année, il doit y a voir une place dans l’église pour le Carnaval ». Les églises de la ville de Lucerne feront elle aussi de la place, le dimanche 2 mars, pour accueillir les messes de Carnaval. Ce sera notamment le cas de la Hofkirche, où se produira une Guggenmusik, la traditionnelle fanfare de fifres, percussions et cuivres. Les célébrations intégrant des éléments de Carnaval sont une longue tradition, souligne Urban Schwegler, porte-parole de l’Eglise catholique en ville de Lucerne. « L’Eglise fait partie de Carnaval, car elle participe à la vie des gens et à leurs fêtes ». Les organisateurs sont cependant conscients que lors de toute messe, y compris à Carnaval, la Parole de Dieu et l’Eucharistie avec la communion doivent demeurer au centre.

Aussi au programme des paroisses réformées

Les célébrations de Carnaval sont également au programme des Eglises réformées, confirme Stefan Sägesser, chargé des relations publiques pour les Eglises réformées du canton de Lucerne. « Elles font aujourd’hui partie du spectre des célébrations, tout comme celles qui associaient le jazz et la musique rock, ou le ballet dans les années 1960, 70 et 80 », souligne-t-il. Et cela correspond visiblement à un besoin. « Carnaval est quasiment présent sur toutes les lèvres dans le canton de Lucerne, il fait donc aussi partie de l’Eglise ». Stefan Sägesser n’a pas connaissance de réactions négatives de la part de fidèles.

A Grosswangen (Lucerne), où Bruno Hübscher a travaillé comme diacre jusqu’en 2012, ce type de célébration a été introduit il y a 4 ans. C’est lui-même qui en a eu l’idée grâce à une prise de position de l’évêque de Coire. Mgr Huonder avait voulu interdire la « messe des bouffons » à Schwyz, contrairement à son confrère Kurt Koch, alors évêque de Bâle. Cette affaire avait suscité un débat animé dans le grand public. « Cela m’a donné l’idée d’organiser un tel événement », affirme Bruno Hübscher.

La messe carnavalesque perd son caractère solennel

Jusqu’à présent, les points de vue sont partagés, autant à la base .que dans les instances dirigeantes des diocèses. Le vicaire épiscopal Ruedi Heim souligne qu’il n’existe pas de documents officiels ni de prises de position sur cette forme de célébrations dans le diocèse de Bâle. Pour sa part, Elisabeth Lerch, présidente du mouvement catholique conservateur « Pro Ecclesia » en Suisse centrale, n’apprécie pas vraiment les célébrations de Carnaval. « Lorsque la messe devient carnavalesque, elle perd son caractère solennel », affirme-t-elle. « On se rend à la messe comme une personne qui respecte Dieu et non comme un joyeux luron ». Faudrait-il donc interdire les célébrations de Carnaval? « Si l’on ne peut plus vivre la messe avec un profond respect, alors une interdiction serait la bonne solution », affirme Elisabeth Lerch. Ajoutant toutefois: « Tant que ceux qui fêtent Carnaval se comportent discrètement, on peut les accepter ».

La fête de Carnaval suscite depuis déjà très longtemps des craintes, affirme Markus Ries, professeur d’Histoire de l’Eglise à l’Université de Lucerne. « Cette tradition bouleverse l’ordre établi ». C’est pourquoi les autorités des Eglises ont tenté de la contrôler et le font encore parfois. « Un critère actuel concernant les groupements qui veulent participer aux messes est de savoir s’ils constituent un corps étranger ou s’ils font vraiment partie de la communauté », affirme Markus Ries. Il est important pour lui que les fêtards de Carnaval aient aussi un contact avec l’Eglise en dehors des festivités.

Pour certains fidèles, la célébration fonctionne selon des rites liturgiques stricts. « Si leurs convictions sont remises en question ou s’ils sont déconcertés, cela peut amener des réactions d’irritation ». Car les messes de Carnaval ou avec des Guggenmusik sont des événements assez récents. Même si il y a eu autrefois, dans les églises catholiques, des messes qui se sont écartées de la tradition. « Je me rappelle de messes de jazz dans ma jeunesse, durant lesquelles étaient entonnées des chansons américaines. » A l’époque, ces célébrations avaient aussi effrayé certains fidèles. (apic/lz/bb)

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