Les 10% de pratiquants du décanat recherchent proximité, convivialité et beauté liturgique
Fribourg, 27 février 2014 (Apic) La proximité, la convivialité et la beauté liturgique figurent parmi les principales attentes des fidèles du décanat catholique de Fribourg concernant les offices religieux. C’est ce qui ressort de l’enquête sur la pratique religieuse dans le décanat, dont les résultats étaient présentés le 26 février 2014 à la salle paroissiale de Saint-Pierre. Sur la base des conclusions de l’étude, qui révèle notamment que 10% de la population du décanat a une pratique religieuse régulière, des pistes de réaménagement de la pastorale ont été proposées.
La salle paroissiale de Saint-Pierre était quasi pleine pour la présentation des résultats du questionnaire présenté à plus de 4’800 fidèles durant le weekend ordinaire du 15 et 16 juin 2013, sur l’ensemble des lieux de culte du décanat.
Le professeur Christophe Monnot, de l’Institut des sciences sociales des religions contemporaines de l’Université de Lausanne, a noté que l’enquête avait bénéficié d’une bonne participation. 3’430 personnes sur les 4’800 présentes aux 69 messes ont en effet acceptées de répondre aux questions.
Le sociologue a commencé par présenter les conclusions statistiques les plus pertinentes de son travail. Il a souligné l’offre importante de services religieux catholiques dans la région de Fribourg. 49% des pratiquants ont assisté à des messes en paroisse, 35% dans les chapelles (de congrégations religieuses), 10% dans des missions étrangères et 5% dans des institutions (EMS et autres).
Les graphiques suivants ont montré des évolutions inquiétantes, mais pas surprenantes, sur le plan de la pratique religieuse. Christophe Monnot a confirmé une baisse importante de la pratique depuis les années 1950, quand, dans la région de Fribourg, plus de 14’000 personnes assistaient régulièrement à la messe du weekend. Ils n’étaient plus que 4’825 à le faire en 2013, alors même que la population a augmenté.
Autre constat problématique: la pyramide des âges des pratiquants, où l’on observe que seulement 13% d’entre eux ont moins de 30 ans et que 36% ont plus de 70 ans. Les personnes de plus de 65 ans fréquentent également les messes de façon plus régulière que les jeunes.
L’enquête, en lien avec la session diocésaine «Dimanche pour la vie», a révélé que les trois quarts des fidèles se rendent à l’office le dimanche plutôt que le samedi et que plus de 40% y vont chaque semaine.
Un résultat plus étonnant concerne la disposition des pratiquants à se déplacer pour une messe. Plus de 80% sont prêts à le faire une fois par semaine ou plus. Christophe Monnot précise en outre que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes les plus assidues aux offices religieux sont aussi disposées que les autres à se déplacer.
Les derniers graphiques présentés ont révélé des indications particulièrement instructives sur le plan des défis pastoraux auxquels le décanat est confronté. Il s’agit tout d’abord des statistiques concernant les langues de célébration. 77% des messes étaient célébrées en français, 10% en allemand et 13% dans des langues étrangères. Parmi celles-ci, 5,5% étaient dites en portugais, 2,6% en vietnamien et 2% en croate. Ces chiffres ont mis en lumière l’importance des missions au sein du décanat.
L’appréciation par les fidèles des messes selon leur type a révélé des informations très intéressantes. Les réponses ont indiqué que les messes avec la participation d’un chœur, avec de l’orgue, avec des parties en latin, de même que les messes des familles étaient très appréciées. Les célébrations accompagnées d’un animateur, de musique moderne ou présidées par un prêtre seul ont obtenu moins d’opinions positives. Mais les offices avec baptême, les célébrations sans prêtre et les grandes messes festives (tels que Noël ou Pâques) sont peu appréciés. Pour cette dernière catégorie de messes festives, c’est la présence de personnes venant uniquement à ces occasions qui semble déranger les pratiquants réguliers.
Un dernier graphique a montré qu’un certain « conflit générationnel » était visible concernant cette évaluation d’appréciation. Les messes des familles, avec de la musique moderne, telle que de la guitare, ou des messes avec des baptêmes sont plus estimées des jeunes que des personnes âgées.
A partir des ces conclusions, François-Xavier Amherdt, professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg, a présenté un certain nombre de réflexions et de pistes pastorales élaborées par un groupe de réflexion composée de prêtres du décanat. Il a rappelé que le but premier de la pastorale est de «favoriser la rencontre personnelle avec le Christ». Reprenant les propos du pape François dans son exhortation «Evangelii Gaudium», le professeur a répété la nécessité de passer d’une pastorale «d’entretien» à une pastorale d'»évangélisation». Toujours sur la base des réflexions du pontife, François-Xavier Amherdt a appelé les acteurs de l’Eglise à aller aux «périphéries existentielles». C’est-à-dire vers les 90% de la population qui ne vont pas régulièrement à la messe.
Dans cette optique, le prêtre a présenté quelques propositions pour faire face aux défis liturgiques et communautaires. Il a encouragé les célébrations «nourrissantes», en lien avec la vie, mais également les célébrations intergénérationnelles pour tous, familles ou jeunes. Il a exhorté les agents pastoraux à dépasser la routine, en faisant de chaque célébration «un événement». Il a également souhaité des rassemblements plus nombreux et le développement de la catéchèse communautaire.
Sur un plan plus concret, il a relevé que la notion d’unité pastorale (UP) était relativement peu intégrée par les fidèles, encore moins par les pratiquants occasionnels. Cela provoque une baisse du sentiment d’appartenance.
Le professeur de l’Université de Fribourg a également remis en question le découpage actuel des UP, se demandant s’il ne fallait pas créer une UP englobant toutes les paroisses de Fribourg «intra muros» et deux ou trois UP pour les paroisses ceinturant la ville. Une fusion de certaines paroisses en lien avec la fusion des communes a aussi été évoquée, ainsi que la création d’un ou deux décanats pour le district de la Sarine.
Le représentant du groupe de réflexion a en outre plaidé pour une meilleure articulation et harmonisation des différentes offres de célébrations dans le décanat, mettant en avant certaines «concurrences» d’horaires contreproductives.
Il a relevé l’importance, confirmée par l’enquête, des communautés linguistiques, en particulier des missions étrangères. Un des éléments-clés, selon lui, de l’avenir des paroisses. Soulignant la très bonne fréquentation de ces célébrations, il a émis l’idée d’offices plurilingues.
Concernant la communauté germanophone, le groupe de réflexion du décanat a proposé un regroupement des célébrations dans un lieu central, par exemple l’église des Cordeliers, avec un «event» par année à la cathédrale.
Les «experts» du décanat ont aussi suggéré le maintien des eucharisties seulement «là où il y a une véritable communauté vivante».
En fin de soirée, Mgr Rémy Berchier, vicaire épiscopal du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), s’est réjoui que l’enquête n’ait pas été motivée par un besoin de parer à la diminution des forces pastorales, mais par un objectif d’évangélisation. Il s’est également demandé, à cet égard, comment rejoindre les 90% de personnes peu ou non pratiquantes. Il a appelé, en reprenant l’image des compagnons d’Emmaüs, à cheminer avec cette population, à aller à la rencontre de ces gens dans ce qu’ils vivent.
Le vicaire épiscopal a réaffirmé que les missions linguistiques étaient une des grandes forces du décanat et du diocèse, rappelant que ces fidèles représentent 40% des catholiques. Pour Mgr Berchier, ils sont «le nouveau visage de l’Eglise», une présence qui «revivifie nos communautés». Pour lui, un rapprochement entre les missions et les paroisses est donc primordial.
Il a finalement souligné la nécessité de revitaliser les petites communautés religieuses, sur la ligne de ce que l’enquête a révélé de la volonté des fidèles d’avoir des célébrations offrant de la proximité, de la beauté liturgique et de la convivialité.
François-Xavier Amherdt a finalement indiqué qu’un processus de réflexion était en cours, sur la période 2014-2017, concernant un «toilettage» des horaires des messes, de la répartition des UP et des décanats, ainsi que des forces pastorales. Les premiers réaménagements sont prévus pour l’automne 2014. Le processus synodal réalisé par le groupe de réflexion actuel sera soumis aux partenaires (communautés religieuses, conseils de paroisses…) et une proposition globale sera présentée à toute la population. Une décision de l’évêque est attendue en 2017.
La réorganisation des horaires se fera sur la base des constats selon lesquels les messes du samedi soir sont moins fréquentées que celles du dimanche et que les horaires préférés des fidèles sont assez proches de ceux pratiqués actuellement. Les heures plébiscitées par les répondants au questionnaire ont été 17h ou 17h30, samedi ou dimanche, ainsi que 10h ou 10h30, le dimanche. La nécessité d’avoir des offres variées (messes ordinaires, messes des familles, des jeunes…) sera aussi prise en compte.
Premiers petits aménagements à partir de l’automne 2014-02-27
1. Déplacement de l’heure de la messe de Givisiez de 9h30 à 11h, pour qu’elle ne soit pas en même temps que celle de Ste-Thérèse (afin qu’un seul prêtre puisse assumer les messes de l’UP3)
2. Harmonisation des horaires du samedi soir entre Granges-Paccot et Ste-Thérèse (pour qu’un seul prêtre puisse les assumer toutes les deux).
3. Regroupement des deux messes de St-Maurice
4. Regroupement des deux messes de Villars-sur-Glâne
5. Suppression de la messe du samedi soir au Christ-Roi?
6. Regroupement de deux messes du dimanche soir de St-Pierre/ Ste-Thérèse
7. Réaménagements des messes alémaniques:
-Aux Cordeliers?
-dans les autres lieux actuels?
-Plus de messe à la cathédrale, sauf un «événement» une fois par année?
8. Diminution des messes dominicales dans les EMS (en célébrer un autre jour).
(apic/rz)
Des photos de l’événement peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch . Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 fs les suivantes.
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