France : A Paris, l’église Sainte-Rita lutte pour sa survie

Depuis l’affichage des panneaux de démolition, riverains et passants se mobilisent pour sauver l’édifice

Paris, 1er mars 2014 (Apic) L’église Sainte-Rita, à Paris, dédié au rite catholique gallican, doit être rasée pour céder la place à des logements sociaux et des parkings. Depuis l’affichage des panneaux de démolition, riverains et passants se mobilisent pour sauver l’édifice. Cette paroisse du XVe arrondissement est en effet très populaire, notamment en raison de sa bénédiction annuelle des animaux qui attire foules et médias de toutes contrées. C’est ce que rapporte le 28 février 2014 le quotidien français « Le Figaro ».

Riverains et passants se pressent devant les avis légaux de démolition et les banderoles de contestation mises à la hâte sur les grilles du parvis. Leur église, en plein Paris, va être rasée d’un jour à l’autre. Bientôt deux ans que l’édifice voué à Sainte-Rita, patronne des causes désespérées, attend un miracle pour repousser les mâchoires des pelleteuses qui auront aussi la tâche d’y reconstruire un immeuble de logements sociaux et deux parkings.

Quoique dédiée au culte catholique gallican, où les messes sont célébrées en latin selon le rite de Saint-Pie V, cette paroisse du XVe arrondissement de Paris est très fréquentée et très populaire, notamment en raison de sa bénédiction annuelle des animaux qui attire foules et médias de toutes contrées.

« Quelque 300 baptêmes par an, 200 mariages, 70 enterrements, 18’000 à 20’000 ouailles comptées sur les registres, 250 paroissiens à la messe dominicale, 900 personnes le premier dimanche de novembre pour le célèbre rassemblement animalier. Des chiens, des chats mais encore des zèbres, des cochons, des lamas, des tortues, un chameau venant de Bourges chaque année, un collet pèlerinant avec sa maîtresse depuis le Jura en taxi – «parce qu’il est malade en train» – et autres rats, oiseaux et poissons », détaille amusé Mgr Dominique Philippe, archevêque catholique gallican de Paris et maître des lieux. Chinois, Américains et Japonais convertis s’y pressent aussi pour se marier depuis que la paroisse a fait l’objet d’un reportage diffusé hors frontières.

«C’est honteux, quel abus!, s’indigne Georgette, une riveraine qui n’est pas paroissienne. «C’est pas vrai?, s’écrie Lionel incrédule en passant devant les avis de démolition. Mais il y a des gens qui prient ici!» «Hallucinant!, se révolte la comédienne Danik Patisson, grande fidèle de la paroisse. Une chaleur très spéciale se dégage dans ce lieu, Rita est une sainte précieuse qui console et sauve de nombreux cœurs venus l’implorer.»

Un défilé continu devant l’église

Depuis l’affichage des panneaux de démolition mardi, c’est un défilé continu devant l’église. François, qui vient de l’Oise chaque dimanche pour la messe «avec femme et chien», organise la résistance en distribuant tracts et appels à la mobilisation. Président de l’association de défense de Sainte-Rita, il a créé une page Facebook qui multiplie les «like», et lance des manifestations sur le marché du quartier pour tenter d’interpeller les consciences, à la veille de l’échéance électorale des municipales.

Au cabinet du maire UMP du XVe, Philippe Goujon, «on reçoit beaucoup de courriers inquiets sur le devenir de l’église». Après avoir émis deux avis défavorables au permis de construire, l’élu, «opposé à la destruction», vient de demander au conservateur général du patrimoine à la Drac Île-de-France de protéger l’édifice avec le label «patrimoine du XXe siècle».

Edifice néogothique de 1900, Sainte-Rita n’est pas classée et ne pourra l’être, selon les experts du patrimoine. Ceux de la commission du Vieux Paris, sous la tutelle de la mairie de Paris, l’avaient jugée sans intérêt architectural lors de la décision de la Ville, en 2011, d’autoriser sa démolition.

Appel aux dons sans résultat

Les ennuis de Sainte-Rita ont commencé il y a deux ans lorsque le propriétaire, la mystérieuse association cultuelle des Chapelles catholiques et apostoliques, a, sans courrier préalable d’information, assigné les occupants en justice devant le TGI de Paris pour les faire expulser. Avant de vendre l’église – toujours sans en aviser les occupants, selon leur avocat Me Jean-Marc Fédida – à un promoteur immobilier nantais, en novembre 2013. «Impossible de la racheter, il fallait 3,3 millions d’euros! », explique Mgr Philippe. « Le fruit de l’appel aux dons a été si maigre qu’«on aurait seulement pu acheter une porte, et encore, chez Ikea…», plaisante l’archevêque, pourtant très inquiet aujourd’hui de se retrouver à la rue.

Dans la nef, la pancarte «Cherchons un local à transformer en église sur Paris ou banlieue proche» n’a rien donné non plus, seulement «des propositions hors de prix» pour les locataires qui payaient 1000 modiques euros par mois depuis 1988. Les requérants demandant l’expulsion ont été déboutés l’année dernière. Mais une nouvelle assignation a été délivrée en décembre, cette fois par le promoteur. Décision le 11 mars prochain.

Une procédure est par ailleurs en cours depuis août devant le tribunal administratif de Paris, sur requête de l’association de défense de Sainte-Rita, pour s’opposer au permis de démolir. En outre, elle pourrait saisir la justice au nom du principe fondamental de la liberté cultuelle, via un référé-liberté, car pour suivre ce rite particulier les fidèles devraient désormais se rendre à… Bordeaux. Une lettre à Manuel Valls, ministre de l’Intérieur et des Cultes, est en préparation. (apic/lefigaro/cw)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/depuis-l-affichage-des-panneaux-de-demolition-riverains-et-passants-se-mobilisent-pour-sauver-l-edifice/