Suisse: Les évêques regrettent la polarisation autour du diocèse de Coire

Plaidoyer pour l’unité au sein de la CES

Berne, 6 mars 2014 (Apic) Les évêques suisses regrettent la polarisation autour du diocèse de Coire et de son évêque Mgr Vitus Huonder. Suite à la controverse suscitée par les positions conservatrices du prélat grison, la Conférences des évêques suisses (CES) a précisé lors d’une conférence de presse, le 6 mars 2014, à Berne, que ses membres étaient unanimes dans la foi.

C’est le souci d’harmonisation au sein de la CES qui a constitué le fil rouge de la présentation de Mgr Büchel, évêque de St-Gall, qui était le seul prélat suisse présent dans la salle de la Rotonde.

Suite à la 303e assemblée ordinaire de la CES, du 3 au 5 mars 2014, au centre de formation de l’Eglise alémanique fribourgeoise de Burgbühl, près de St-Antoine, son président a réalisé un bref rappel de la situation pastorale dans le diocèse de Coire, au sujet de laquelle différentes organisations et mouvements ont présenté des requêtes à la CES. Il a évoqué les manifestations annoncées dans ce contexte, soit en signe d’opposition, soit en signe de soutien à l’évêque de Coire. Face à ces enjeux, le prélat saint-gallois a souligné que tous les évêques suisses étaient unanimes dans la foi et qu’ils regrettaient cette polarisation. Mgr Büchel a indiqué que la CES était prête à entendre les vœux des différentes parties. Il a toutefois précisé que l’organisation n’avait aucun droit de regard sur les diocèses, «pas plus sur celui de Coire que sur les autres». Le président de la CES a indiqué qu’il recevra la lettre des participants à la manifestation des opposants à Mgr Huonder, qui aura lieu le 9 mars à St-Gall, et la transmettra à l’organe compétent.

Argumentaire sur la «théorie du genre»

Erwin Tanner, secrétaire général de la CES, a annoncé la création d’un groupe de travail sur la question du «genre». La composition du groupe, qui sera présidé par Mgr Denis Theurillat, évêque auxiliaire de Bâle, n’a pas encore été précisée. Le comité aura pour tâche de rédiger un argumentaire à l’intention des évêques et de préparer une note pastorale sur les questions autour de la notion de «théorie du genre».

Mgr Büchel a précisé à l’Apic que le travail intégrerait des données scientifiques certifiées. L’évêque de St-Gall a en outre relevé que l’initiative n’était pas liée à la polémique lancée par Mgr Huonder à ce sujet. L’idée de ce groupe de travail serait discutée depuis déjà quelques années au sein de la CES.

Encadré 1

Eclairage sur la crise en Ukraine

L’évêque gréco-catholique ukrainien Borys Gudziak a livré, lors de la conférence de presse, son témoignage et éclairage sur les événements dramatiques qui se déroulent en Ukraine.

Mgr Gudziak, responsable des relations internationales de l’Eglise ukrainienne gréco-catholique, est un témoin oculaire des événements qui se sont déroulés, il y a quelques semaines, sur la place Maïdan à Kiev, où il s’est notamment exprimé devant les foules de manifestants.

L’évêque affirme que le président Yanoukovitch a donné l’ordre à des snipers postés sur les toits autour de la place Maïdan de tirer sur les manifestants, tuant près de 70 personnes. Le prélat explique que la plupart des personnes touchées par balles présentaient des impacts près de l’œil gauche, signe d’une forme de «compétition» entre les tireurs.

«Un pèlerinage de la peur à la dignité»

Mgr Borys Gudziak, qui est à la tête du diocèse Saint Vladimir-le-Grand dont le siège est à Paris, a assisté en tant qu’invité à l’assemblée de la CES.

L’évêque, qui est également responsable des fidèles de rite gréco-catholique ukrainien sur le territoire suisse, soutient que le ‘Maïdan’, le mouvement protestataire dénommé d’après la place centrale de Kiev où se sont déroulées les principales manifestations, défendait des principes moraux et non des intérêts partisans. A ses yeux, le peuple ukrainien, qui ne supportait plus la corruption et l’autoritarisme du régime de Yanoukovitch, a réalisé un «pèlerinage de la peur vers la dignité».

Interrogé par l’Apic sur la responsabilité des manifestants dans les violences, il admet que certains ont réagi de façon impulsive aux provocations et brutalités des forces de l’ordre, mais que le ‘Maïdan’ est fondamentalement un mouvement pacifique.

Renoncement nécessaire à la violence

Il dément également les allégations selon lesquelles une grande partie des protestataires étaient proches des milieux néonazis. L’évêque affirme que les tendances d’extrême droite étaient tout à fait marginales et pas représentatives de l’esprit des manifestants. Il rappelle d’ailleurs que les communautés juive et musulmane du pays ont soutenu le ‘Maïdan’.

Le prélat ukrainien souligne néanmoins que le renoncement à la violence est l’un des éléments constitutifs du succès du mouvement. Il affirme que la présence des Eglises et communautés religieuses sur place est d’une grande importance.

L’évêque a donné aux prélats suisses un aperçu émouvant de la souffrance et des espoirs des habitants d’un pays qui fait le lien entre l’Est et l’Ouest, dont l’histoire est durement marquée par les guerres, les déportations, les dictatures.

Mgr Gudziak appelle finalement toutes les parties à trouver un chemin vers la paix et à tout faire pour maintenir l’unité du pays.

De leur côté, les évêques suisses, à l’exemple du pape François, appellent tous les hommes de bonne volonté à prier pour la paix en Ukraine.

Des manifestants pro-européens ont défié pendant des semaines entières, à Kiev, le président pro-russe Viktor Yanoukovitch. Avant de fuir en Russie, le chef de l’Etat avait ordonné fin février à ses troupes de donner l’assaut contre les manifestants, provoquant la mort d’une centaine de personnes. Quelques jours plus tard, des troupes russes se sont déployées en Crimée, une région majoritairement russophone du sud de l’Ukraine, faisant craindre un conflit armé entre les deux pays.

Encadré 2

Autres annonces de la CES:

Action pour les victimes des mesures de coercition à des fins d›assistance

Les évêques se sont intéressés à l’avancée des discussions de la Table ronde organisée par la Confédération pour les victimes des mesures de coercition à des fins d’assistance. En Suisse, la pratique des « mesures coercitives à des fins d’assistance et de placement extrafamilial » a perduré jusque dans les années 1980. Les autorités administratives pouvaient ordonner des mesures drastiques telles que l’internement administratif (internement en institution fermée ou en pénitencier), la castration, la stérilisation, l’avortement et l’adoption forcés ou encore le placement extrafamilial (enfants placés d’office chez des particuliers ou en foyer). Ces mesures étaient souvent appliquées dans des institutions tenues par des congrégations religieuses.

Le professeur Luzius Mader, directeur suppléant de l’Office fédéral de la justice, leur a donné des informations sur le fonds de solidarité décidé par la Table ronde, auquel les évêques veulent contribuer. Les diocèses alimenteront le fonds notamment par une quête dominicale en 2015. La Table ronde aborde toute une série de mesures dont le conseil, l’accès des victimes à leurs dossiers personnels, le travail scientifique de mémoire et le soutien financier. Les évêques ont réaffirmé leur disposition à veiller dans leur diocèse à l’information et à la sensibilisation de l’opinion publique. Les prélats ont indiqué qu’il s’agissait là de «la contribution de l’Eglise au travail de mémoire d’un pan sombre de l’histoire suisse».

Répartition des responsabilités au sein de la CES

– La répartition des responsabilités à l’intérieur de la Conférence des évêques a été quelque peu modifiée: l’Abbé Urban Federer devient responsable du dicastère « Formation » et du secteur « Liturgie » au plan suisse, Mgr Denis Theurillat prend la responsabilité du secteur « Eglises chrétiennes » dans le dicastère « Dialogue œcuménique », Mgr Charles Morerod celle du dicastère « Dialogue interreligieux », Mgr Felix Gmür devient responsable ad interim du secteur « Justice et Paix » et Mgr Alain de Raemy du dicastère « Médias ».

Nominations

La Conférence des évêques suisses nomme:

– Monsieur le Curé Massimo Braguglia, Gravesano TI, membre de la Commission évêques-prêtres

– Mesdames Sonja Kaufmann, responsable théologie et sensibilisation à l’Action de Carême, Lucerne, et Sylvie Roman, directrice de programme de la Mission Bethleem Immensee, Portalban FR, membres du Conseil Missionnaire Catholique Suisse. (apic/com/rz)

Des photos des intervenants à la conférence de presse peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch . Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 fs les suivantes.

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