Rome: Le succès populaire du pape François analysé par des vaticanistes français

Prudence: la tendance peut s’inverser à tout moment

Rome, 12 mars 2014 (Apic) Un après son élection, le pape François a atteint des niveaux de popularité exceptionnels. Pour autant, préviennent des journalistes qui ont analysé de près cette première année de pontificat, ce succès médiatique peut s’inverser à tout moment. En outre, il serait erroné de placer le nouveau pape dans la case des «progressistes» et de ranger à tout jamais son prédécesseur Benoît XVI dans celle des «conservateurs». De fait, avec son langage très direct, le pape François pourrait s’avérer beaucoup plus redoutable que son prédécesseur pour certains milieux anti-religieux.

Vu de France où il est revenu depuis quelques mois après 4 années passées au Vatican pour le quotidien «La Croix», Frédéric Mounier affirme d’abord que «la crédibilité de l’Eglise a été restaurée» avec le pape François. «Les mots que l’on trouve dans tous ses textes et que l’on connaît par cœur – tendresse, miséricorde, pardon, ouvrir les bras, soigner les blessures, sortir, périphéries… – ont fait s’opérer un basculement», analyse le journaliste auteur de l’ouvrage «Le printemps du Vatican» (éditions Bayard), avant d’appeler à la prudence.

Ainsi, explique Frédéric Mounier en prenant l’exemple des quelques mots prononcés par le pape François à propos des homosexuels et de leur écho mondial, on sait que le regard porté par Benoît XVI et François sur cette question est fondamentalement «identique». C’est «l’éclairage» qui est différent et qui a entraîné une «inversion de la doxa», des préjugés, assure le journaliste en invitant à se méfier de la fragilité de cette inversion de tendance dans l’opinion.

«Sur l’homosexualité, l’avortement ou l’euthanasie, François n’est pas plus progressiste que son prédécesseur», poursuit Frédéric Mounier, relevant que Benoît XVI avait été «étiqueté conservateur» alors qu’au fond il était à la fois «un pape écologiste, qui défendait les droits des migrants, avait mis en route un assainissement financier du Vatican ou sur les abus sexuels, et que le dialogue interreligieux était l’un des axes de son pontificat».

Et Frédéric Mounier de rappeler aussi combien le «marché médiatique» peut, «dans un premier temps, lécher, adorer une icône médiatique, puis ensuite la lâcher, l’oublier, puis enfin la lyncher».

Benoît XVI a préparé le terrain pour le pape François

Jean-Louis de La Vaissière, vaticaniste à l’Agence France Presse, invite lui aussi à ne pas opposer les deux papes qui cohabitent aujourd’hui au Vatican. Pour l’auteur du livre «De Benoît à François, une révolution tranquille» (éditions Le Passeur), le pontificat de Benoît XVI, intellectuellement riche et axé sur la recherche de la vérité a mis fin à certaines incohérences et a «préparé le terrain» pour le pape François, pour ce «printemps de l’Eglise».

S’il relève notamment l’extrême richesse des homélies quotidiennes du pape François à la Maison Sainte-Marthe, Jean-Louis de La Vaissière soutient que la «vraie révolution» du nouveau pape, en particulier vis-à-vis du clergé, est «une révolution des attitudes».

«Démocratie directe» du pape François

«La force du pape François, soutient encore le journaliste français, est une sorte de fil direct avec les gens, de démocratie directe». En conséquence, selon Jean-Louis de La Vaissière, «le pape François est un adversaire beaucoup plus redoutable que Benoît XVI pour certains milieux laïcs anti-religieux». Et le journaliste de citer les propos du pape sur «la culture du déchet» pour condamner l’avortement. Ainsi, estime Jean-Louis de La Vaissière, «ce message très direct, avec des mots très directs, peut avoir un impact beaucoup plus grand que les condamnations du passé».

Quant à Nicolas Diat, auteur de «L’homme qui ne voulait pas être pape» (éditions Albin Michel), il voit dans le pape François à la fois «Pie XII et Jean XXIII», loin des clichés. Ainsi, le nouveau pape a «une manière assez personnelle et peu sentimentale d’exercer le pouvoir» comme Eugenio Pacelli, voire comme Benoît XVI, et «les manières affables» de Giuseppe Roncalli.

Dans la soirée du 11 mars 2014, à Rome, les trois auteurs ont analysé la première année du pontificat du pape François lors d’une conférence organisée par l’Institut français – Centre Saint-Louis. Ils sont aussi longuement revenus sur la richesse du pontificat de Benoît XVI. (apic/imedia/ami/bb)

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