Syrie : « On ne peut pas laisser tomber le pays aux mains des islamistes ! »

Le vicaire latin d’Amman plaide pour une solution politique

Amman, 13 mars 2014 (Apic) Pour Mgr Maroun Lahham, vicaire du patriarche latin de Jérusalem pour la Jordanie depuis 2012, il faudrait être prophète pour prédire le destin de la Syrie. Le régime du président Assad est encore solide et l’opposition est beaucoup trop divisée. Recevant des visiteurs à Amman, l’archevêque a estimé le 13 mars 2014 que l’Occident est en train de comprendre que l’on ne peut pas laisser tomber la Syrie aux mains des islamistes.

En Syrie comme dans les autres pays, le ‘printemps arabe’ avait commencé par des manifestations pacifiques pour plus de liberté et de démocratie, a expliqué l’archevêque. Mais cette innocence a été détruite partout par l’irruption des fondamentalistes. « Des fanatiques qui sont capables de décapiter les gens et de jouer au football avec leurs têtes ! » s’emporte le prélat. A cette aune là, la population préfère de loin Assad. Pour l’ancien archevêque de Tunis, l’espoir réside dans le fait que la Tunisie et l’Egypte sont en train de s’en sortir. La Syrie, qui compte nombre de gens formés, devrait être capable de faire de même si le régime du président Assad ouvrait quelques fenêtres pour permettre une transition. La violence n’apportera jamais la solution. Pour Mgr Lahham, l’islam modéré, tel qu’il a existé depuis des siècles au Moyen-Orient, est la seule voie de sortie pour le monde arabe.

Dans le contexte régional, la Jordanie est un ‘petit’ pays sans véritable influence, ni par sa richesse ni par sa puissance politique. Elle n’a guère autre chose à faire que d’accepter ce que les autres veulent bien lui donner.

Le camp de réfugiés de Zaatari est la 4e ville de Jordanie

La Jordanie qui est le plus stable des pays du Moyen-Orient, du Maroc à l’Arabie Saoudite, souffre aujourd’hui beaucoup de l’afflux de près d’un million de réfugiés syriens. Pour un pays pauvre et manquant d’eau, il est très difficile de recevoir autant de personnes. Le camp de réfugiés de Zaatari est devenu la 4e ville du pays. Outre la nécessité d’abriter ces gens, de les nourrir, de les soigner, il s’agit d’assurer la sécurité et de défendre le marché du travail local. Officiellement, les réfugiés syriens ne peuvent pas travailler, mais les activités au noir se sont multipliées et la concurrence sur le marché du travail devient très rude pour les Jordaniens. Et avant les Syriens, il y avait les Irakiens, les Egyptiens et les Palestiniens…, explique le prélat.

Les musulmans les plus pauvres

En outre, l’immense majorité des réfugiés syriens étaient déjà les musulmans les plus pauvres dans leur pays. Ce sont souvent des femmes seules avec leurs enfants. « La semaine dernière une femmes réfugiée, veuve avec ses six enfants, a mis accidentellement le feu à sa tente avec une bougie. Cinq de ses enfants ont péri dans l’incendie. C’est un cas extrême mais tout à fait réel. Caritas a fait tout son possible pour lui venir en aide », explique Mgr Lahham.

La petite minorité chrétienne de Jordanie avec ses 3% de la population fait preuve d’un engagement remarquable pour venir en aide aux plus démunis, se félicite Mgr Lahham. Caritas compte ainsi plus d’un millier de volontaires. (apic/mp)

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