Les enseignants devront répondre aux vraies attentes des musulmans
Fribourg, 21 mars 2014 (Apic) Le futur «Centre suisse pour l’islam et la société» devra rouler sur deux rails: théologique et de droit civil. C’est le point de vue de Radouan Samir Jelassi, imam de la Ligue des musulmans du Tessin et membre du groupe de travail chargé par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) de la création de ce centre.
Ce projet ne doit pas alimenter les luttes de tranchées internes à l’islam, mais être au service du dialogue avec la société en Suisse, affirme l’imam du Tessin.
Apic: Le «Centre suisse pour l’islam et la société» pourrait démarrer en automne 2014. Un titulaire de la chaire doit encore être nommé. Comment seront choisis les professeurs?
Radouan Samir Jelassi: Il existe des professeurs parmi nous autres musulmans. Mais il faut distinguer deux choses. La première est l’enseignement de la religion musulmane, pour laquelle l’engagement d’enseignants spécialisés, formés dans des hautes écoles islamiques renommées et publiquement reconnues, est nécessaire. D’autre part, nous avons besoin d’enseignants dans le domaine du droit civil. La Suisse dispose de suffisamment de spécialistes dans ce domaine, qui pourraient enseigner dans ce centre.
Apic: Combien de professeurs enseigneront dans le «Centre suisse pour l’islam et la société»?
R.S.J: Je ne peux pas encore le dire.
Apic: Le centre ne pourra pas disposer de beaucoup de moyens financiers. Il y aura donc des limites dans ses activités.
R.S.J: Nous ne nous sommes pas encore penchés sur cette question.
Apic: Qui choisit le corps professoral: l’université, les associations islamiques ou encore une autre instance?
R.S.J: Nous sommes justement en train de régler les détails en vue de la fondation du centre. Nous allons former un conseil. L’université et les représentants des musulmans y enverront des délégués. Afin que le corps professoral soit crédible, une représentation la plus large possible des musulmans doit pouvoir participer à la discussion. Nous devons encore élaborer les critères que chaque personne intégrant le corps professoral doit remplir.
Apic: Les musulmans en Suisse, suivant qu’ils soient sunnites, chiites ou encore wahhabites, suivent différentes doctrines islamiques. Comment le corps professoral pourra-t-il intégrer cette diversité?
R.S.J: Tout d’abord, je dois souligner que l’enseignement devra se limiter aux questions pratiques, donc aux besoins réels. J’espère que les enseignants donneront suite aux attentes issues de la réalité en Suisse. La formation se déroule ici et doit répondre aux besoins locaux. Les personnes qui seront formées devront apporter leurs connaissances dans la société en Suisse. Les enseignants devront être choisis avec le plus grand soin. Ils devront notamment être crédibles à l’égard des musulmans suisses et capables de livrer un enseignement avec une image correcte de l’islam, adaptée à la Suisse.
Apic: Comment le nouveau centre, qui sera fréquenté autant par des sunnites que par des chiites, qui n’arrêtent pas de se quereller, pourra-t-il fonctionner sans que ces tensions ne représentent un handicap?
R.S.J: Nous pourrons éviter ces affrontements si les valeurs et les éléments les plus importants de l’islam seront transmis. Ceux-ci sont les mêmes pour tous les musulmans. Ils se basent tous sur le même Coran. Je pense que l’attention doit être dirigée vers les valeurs et les principes de l’islam et leur compatibilité avec la réalité. L’islam reconnaît le principe de «pouvoir législatif de la réalité», qui ne doit pas être confondu avec la charia. Un exemple: au 9e siècle, l’imam Muhammad ibn Idris al-shafi était un important jurisconsulte islamique et le fondateur d’une école de droit en Irak. Il a émigré en Egypte et y a fondé une nouvelle école de droit, adaptée aux réalités locales. Etait-il en contradiction avec lui-même? Non. Cet imam a montré qu’une législation islamique doit absolument s’adapter à un nouvel environnement. La communauté des musulmans en Suisse ainsi que chaque individu sont confrontés à des problèmes, qui demandent des réponses et des solutions. Je pars du principe qu’un tel centre, tel qu’il est prévu à Fribourg, contribuera à créer des instruments qui amèneront à ces réponses.
Apic: Donc, une interprétation suisse du Coran. Mais est-ce que tous les musulmans en Suisse seront d’accord avec cette interprétation?
R.S.J: Il et clair que les futurs responsables du centre devront trouver leur chemin. Et ils rencontreront des réticences. Il est important que le futur centre cherche à quelle méthode recourir. Le Coran reste le même. Mais aujourd’hui, il existe d’autres méthodes pour transmettre le message du Coran. L’authenticité du Coran et sa transmission doivent être maintenues. Le centre devra toujours garder à l’esprit cette authenticité.
Apic: Beaucoup de Suisses vont à la rencontre de l’islam avec prudence. Est-ce que les enseignants seront choisis en fonction de leur capacité à construire des ponts vers ces Suisses sceptiques?
R.S.J: Attention. Je tiens à souligner que pas tous les Suisses n’ont une vision critique à l’égard des musulmans. Je dirais plutôt: la présence des musulmans préoccupe beaucoup de gens. C’est tout à fait normal. Si le nouveau centre, la société civile et l’université collaborent bien, cela peur conduire à une diminution des tensions. L’engagement accompli par les musulmans en Suisse en vue de réaliser ce centre montre clairement qu’ils se considèrent comme une entité intégrée dans la société et veulent apporter leur contribution à son développement. Ce message est positif. Il appartiendra au corps professoral de trouver son chemin sans tomber dans un extrême ou l’autre. Une bonne pondération et de la sagesse permettront d’indiquer le chemin.
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(apic/gs/bb)
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