La population doit bénéficier des ressources naturelles
Genève, le 21 mars (Apic) Il est l’évêque de Bokungu, dans la province de l’Equateur et l’administrateur apostolique de Kole, dans le Kasaï-Oriental. Il est également le président de Justice & Paix et de la Commission épiscopale pour les ressources naturelles. C’est à ce dernier titre que Mgr Fridolin Ambongo a participé, le 21 mars 2014 à l’invitation de l’Action de Carême, en compagnie de Mary Robinson, envoyée spéciale des Nations Unies dans la région des Grands Lacs, à un «événement parallèle» à la session du Conseil des droits de l’homme qui se tient à Genève. L’Apic l’a rencontré juste avant son intervention.
Pour parler de la question des ressources naturelles, il faut d’abord voir ce qui se passe dans ce domaine. Un défi, à cause de l’immensité du Congo et de la précarité des voies de communication. Justice & Paix a donné naissance à la Commission des ressources naturelles. Celle-ci a établi dans chaque diocèse, avec le soutien de partenaires comme l’Action de Carême, un observatoire qui fait remonter ses constatations au bureau central de Kole.
Apic: Des évêques du Congo disaient il y a déjà une décennie que les richesses minières du Congo font le malheur du pays. Est-ce toujours le cas?
Mgr Fridolin Ambongo: Oui, malheureusement. Nous avons mené l’an dernier une enquête sur l’exploitation de la cassitérite [utilisée notamment dans l’électronique] dans la région de Walikale. La situation est désastreuse. Si nous entendons dire qu’on a trouvé du minerai à tel ou tel endroit, nous avons du souci. Parce que nous savons que le sort de la population va aller en se détériorant.
Apic: Que passe-t-il?
F.A: On commence par délimiter ce qu’on appelle le carré minier, l’aire où l’on pense trouver du minerai dans le sous-sol. S’il y a des habitants sur cette aire, malheur à eux! Ils seront déplacés, généralement sans recevoir une vraie indemnité. Les exploitants, le plus souvent des compagnies multinationales, n’apparaissent pas au grand jour et le gouvernement ne protège pas la population. Souvent, tout se décide dans un bureau de Kinshasa sans aucune considération pour les personnes affectées».
Apic: Et qu’en est-il des travailleurs de ces mines?
F.A: Les compagnies préfèrent souvent recourir à l’exploitation artisanale. Les travailleurs souffrent pour creuser à la force des bras. Ils ne sont pas protégés contre les intempéries et ils vivent dans de piètres conditions d’hygiène. Ils doivent parfois parcourir 30 kilomètres avec 50 kilos de cassitérite sur le dos jusqu’au point où l’on achète le minerai. Et ils gagnent peu, le gros du profit va aux intermédiaires.
Apic: Vaudrait-il mieux laisser ce minerai dans le sol?
F.A: En tant que conférence épiscopale, nous ne sommes pas contre l’exploitation des ressources naturelles. Mais nous voudrions que cette exploitation soit organisée. Nous constatons que les conflits suivent la trace des puits miniers. Là où il y a des mines, il y a aussi de l’insécurité.
Apic: L’»événement parallèle» auquel vous participez au Palais des Nations s’intitule «Rompre les liens entre les ressources naturelles et les conflits». Qui sont les acteurs de ces conflits?
F.A: Ce sont des bandes armées qui, pour financer la guerre, prennent possession des mines et les exploitent en toute illégalité.
Apic: Quel est le rôle des compagnies?
F.A: En ce qui concerne Walikale, elles se trouvent à l’extérieur du Congo et ne pointent pas leur nez sur le terrain. L’important pour elles, c’est que le minerai leur parvienne, quels que soient les moyens.
Apic: Que faire face à cette situation?
F.A: Le premier pas vers une solution, c’est la restauration de l’autorité de l’Etat. Il s’agit qu’il élabore une loi transparente, connue de tous, pour une exploitation légale et sûre. C’est dans l’intérêt des investisseurs, celui du gouvernement qui touchera ainsi des dividendes et à travers lui de la population.
Apic: Mais pourquoi a-t-on tant de peine à y parvenir?
F.A: Nous avons l’impression que le désordre profite à beaucoup de gens. Ils peuvent retirer de plus gros bénéfices dans les eaux boueuses. On doit exercer une pression sur le gouvernement congolais. C’est le point de départ. Dans d’autres pays, ce sont les mêmes compagnies minières qui exploitent les ressources naturelles et ces pays en tirent malgré tout un profit. Cela signifie que le problème ne vient pas seulement de ces compagnies, mais du gouvernement du Congo. Il faut qu’il assume sa responsabilité, qu’il soit solide pour tenir tête aux compagnies et défendre les intérêts du peuple congolais. Pour cela nous avons besoin d’un gouvernement fort. Pas d’une dictature personnelle comme à l’époque de Mobutu, mais d’un gouvernement démocratique dans lequel le peuple puisse avoir confiance. (apic/mba/bb)
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