Il n’a pu être enterré à la cathédrale Saint-Ignace de Xujiahui

Chine: 70 prêtres et 5’000 fidèles aux obsèques de l’évêque «clandestin» de Shanghai

Shanghai, 22 mars 2014 (Apic) Quelque 70 prêtres et 5’000 fidèles appartenant tant à l’Eglise officielle qu’à l’Eglise catholique «souterraine» ont participé samedi 22 mars 2014 dans la métropole chinoise aux obsèques de Mgr Fan Zhongliang, l’évêque «clandestin» de Shanghai. Les funérailles se sont déroulées en l’absence de Mgr Thaddeus Ma Daqin, évêque auxiliaire de Shanghai, en résidence surveillée. Sa libération temporaire avait pourtant été demandée par le Vatican afin qu’il puisse célébrer les obsèques de Mgr Fan Zhongliang, décédé le 16 mars à l’âge de 96 ans.

Durant la liturgie de requiem présidée par le Père Zhu Yude, membre de l’Eglise clandestine, ce dernier a souligné la foi et le service de Mgr Fan et a demandé aux fidèles de suivre son exemple. Durant la messe des funérailles, les prêtres ont cité «notre évêque Ma» ainsi que «l’évêque Fan», bien que les autorités chinoises interdisent l’utilisation d’un tel terme pour les pasteurs non reconnus par le gouvernement.

Enterré dans un habit rouge, symbole du martyre

Tout comme les prêtres revêtus d’une étole de couleur rouge, le défunt était également vêtu de rouge, symbolisant le martyre: le religieux jésuite, évêque de l’«Eglise du silence», avait passé des années en camp de travail et en prison. La présence côte à côte de prêtres de l’Eglise officielle et de l’Eglise clandestine a été vu comme «un espoir pour l’unité de l’Eglise en Chine», commente l’agence de presse catholique AsiaNews à Rome.

La cérémonie n’a pas pu se dérouler à la cathédrale Saint-Ignace de Shanghai, mais dans le funérarium, avec un grand écran pour que la foule massée à l’extérieur puisse suivre la cérémonie. Le gouvernement chinois n’ayant pas reconnu Mgr Fan Zhongliang comme évêque, ce dernier ne pouvait pas être enseveli dans l’enceinte de la cathédrale, un édifice néo-gothique caractéristique du quartier de Xujiahui. Les fidèles ont alors acheté un espace au cimetière de Sheshan, près du sanctuaire de Notre-Dame, patronne de la Chine, afin d’y placer ses cendres après la crémation. La messe a duré environ trois heures, car tous les fidèles sont passés, un par un, devant la dépouille pour rendre un ultime hommage à Mgr Fan.

Encadré

Vingt ans de camp de travail

Né en 1918, Mgr Fan Zhongliang a été baptisé dans la foi catholique à l’âge de 14 ans. Entré dans la Compagnie de Jésus en 1938, il est ordonné prêtre en 1951, alors que les communistes étaient déjà au pouvoir en Chine. A Shanghai, la pression est particulièrement forte sur la communauté catholique, estimée à 120’000 membres et soupçonnée de vouloir saper la révolution. Dans la nuit du 8 au 9 septembre 1955, plus de trois cents prêtres, religieuses et laïcs sont arrêtés. Mgr Ignatius Kung Pin-mei (Gong Pin-mei), l’évêque jésuite de Shanghai, est du nombre, tout comme les Pères jésuites Jin Luxian et Fan Zhongliang.

Le Père Fan Zhongliang écope de vingt ans de prison pour «crimes contre-révolutionnaires», peine qui sera purgée dans un établissement pénitentiaire du Qinghai. A sa libération, le Père Fan ne recouvre pas une pleine liberté. Il est assigné dans un lycée de la province du Qinghai, où il enseigne plusieurs années avant de recevoir l’autorisation de retourner à Shanghai. Au début des années 1980, le diocèse de Shanghai a deux évêques, Mgr Kung Pin-mei, toujours incarcéré, et Aloysius Zhang Jiashu, jésuite lui aussi, âgé de 90 ans, qui a cédé sous la pression des communistes et qui a été consacré sans mandat pontifical en 1960.

En janvier 1985, le Père Jin Luxian est ordonné sans mandat pontifical comme évêque auxiliaire «officiel» – et successeur potentiel – de Mgr Zhang. Pour ne pas laisser le champ libre à la partie «officielle» de l’Eglise, le Père Fan Zhongliang est ordonné évêque de Shanghai, dans la clandestinité. L’ordination épiscopale lui est conférée le 27 février 1985 par un évêque du Qinghai. Libéré de prison en 1986 mais affaibli par les années de détention, Mgr Kung Pin-mei part aux Etats-Unis en 1988, laissant les deux parties de l’Eglise à Shanghai dans une situation de division, rapporte «Eglise d’Asie» (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Après sa mort, en mars 2000, Mgr Fan devient l’évêque en titre de Shanghai, nomination jamais acceptée par Pékin mais confirmée par le pape Jean Paul II, ce qui entraîne son placement en résidence surveillée, mesure qui ne sera plus jamais levée. (apic/asian/eda/be)

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