Pour Marie Collins, il ne s'agit pas d'une opération de relations publiques

Dublin: Une «survivante» dans la Commission du Vatican pour la protection de l’enfance

Dublin, 25 mars 2014 (Apic) Marie Collins est la seule victime d’abus sexuel nommée dans la nouvelle Commission pour la protection de l’enfance que le pape François a instituée le 22 mars 2014. Pour cette Irlandaise, la Commission a besoin d’obtenir des changements concrets pour montrer à d’autres «survivants» que l’Eglise est bel et bien sérieuse, et qu’il ne s’agit pas là d’une simple opération de relations publiques.

Abusée en 1960 par un aumônier d’hôpital, à l’âge de 13 ans, alors qu’elle séjournait à l’hôpital de Crumlin, à Dublin, Marie Collins estime que sa première priorité est de voir le Vatican sanctionner les évêques qui ont couvert les prêtres qui ont violé des enfants. Initiatrice d’une fondation portant son nom (www.mariecollinsfoundation.org.uk) et venant en aide aux victimes d’abus sexuels, Marie Collins n’a jamais ménagé ses critiques vis-à-vis de ce qu’elle appelle l’inaction de l’Eglise catholique face à ce fléau.

Les évêques qui ont couvert des prêtres pédophiles doivent être sanctionnés

Pour cette militante, cela ne sert à rien d’avoir mis en place des «programmes de protection des enfants ‘plaqués or'» s’il n’y a pas de sanctions contre un évêque qui aurait décidé de les ignorer. Dans une interview accordée à l’agence de presse catholique américaine CNS, Marie Collins relève que de nombreuses victimes vont regarder la nouvelle commission du Vatican avec intérêt, mais beaucoup d’entre elles l’ont qualifiée de «pure exercice de relations publiques».

«Les survivants d’abus sexuels ne pourront se satisfaire de simples mots ou de promesses, ils ont besoin de voir un vrai changement». Elle regrette que de trop nombreux évêques ayant protégé des prêtres abuseurs ont été autorisés à rester en place et n’ont pas été punis.

Plus qu’une déchéance morale, un acte criminel

L’attitude culturelle au sein de l’Eglise et les lois qui ont qualifié les abus sexuels sur les enfants de déchéance morale plutôt que d’acte criminel doivent être combattues, a-t-elle déclaré à CNS. La Dublinoise militera pour la plus grande transparence, parce que «le secret du passé a conduit à d’énormes échecs».

Bien qu’elle n’en soit qu’à ses débuts, Marie Collins pense que la Commission fera ses recommandations directement au pape François, sans passer par le filtre des dicastères du Vatican. Elle aimerait voir au sein de la nouvelle Commission l’archevêque de Dublin, Mgr Diarmuid Martin, réputé pour sa fermeté en matière d’abus sexuels commis par des membres du clergé. Pour elle, c’est un modèle en ce qui concerne la façon dont la protection des enfants doit être traitée à la base.

Marie Collins souhaiterait également y voir Mgr Charles Scicluna, évêque auxiliaire de Malte et ancien promoteur de justice de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui a traité les cas d’actes de pédophilie commis par des membres du clergé. Elle relève encore qu’elle a rencontré en 2011 l’un des 8 premiers membres de la Commission, le cardinal Sean Patrick O’Malley, archevêque de Boston. Ce religieux capucin, membre du Conseil des cardinaux, est connu pour son action énergique contre la pédophilie dans son diocèse. Il faisait partie du groupe des quatre visiteurs apostoliques envoyés par le pape dans certains diocèses d’Irlande, ainsi que dans des séminaires et des instituts religieux, suite aux abus sexuels commis par des prêtres et des religieux dans le pays. Elle s’est dite «très impressionnée par son ouverture et sa capacité d’écoute».

Faire face à «l’immense colère dirigée contre l’Eglise catholique»

La militante dublinoise estime que le fait d’avoir appelé une «survivante» dans cette Commission «est un grand pas pour l’Eglise, mais un pas qui était très nécessaire». Elle s’est dit «déçue» d’avoir entendu le pape François dire que personne n’avait fait autant que l’Eglise concernant la question des abus sexuels commis contre les enfants, et regretter que malgré ses efforts, «l’Eglise soit la seule à être attaquée».

Marie Collins relève qu’il lui semblait que le pape n’avait pas vu que «l’immense colère dirigée contre l’Eglise catholique n’avait pas été causée par le fait qu’il y avait des agresseurs sexuels dans ses rangs, mais bien par le fait unique que les personnes disposant de l’autorité étaient prêtes à protéger ces hommes». «Ceci a été démontré enquête après enquête dans le monde entier», a-t-elle déclaré à CNS. Elle a dit que c’était à la nouvelle Commission du Vatican de faire changer le pape d’avis à ce sujet.

Encadré

Restée croyante malgré tout

«Je suis restée catholique, mais non sans beaucoup de difficultés et de la lutte», a déclaré Marie Collins à CNS. «Il y a eu des périodes où pratiquer ma foi a été impossible. J’ai essayé de séparer l’institution de l’Eglise de la foi. Ma croyance en Dieu ne s’est pourtant jamais démentie. Etre nommée à la Commission n’a rien changé à cet égard». (apic/cns/be)

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