Tensions ethniques en toile de fonds
Bangalore, 26 mars 2014 (Apic) Deux prêtres catholiques et un ancien séminariste auraient avoué l’assassinat le 31 mars 2013 du Père K. J. Thomas, recteur du séminaire pontifical Saint-Pierre de Bangalore, au sud de l’Inde, a annoncé la police. Des rivalités internes entre personnes d’ethnies et d’origines différentes seraient à l’origine du crime. La thèse de la police est d’ores et déjà vivement contestée, rapporte l’agence d’information des Missions étrangères de Paris « Eglises d’Asie ».
Le 21 mars, la police de Bangalore, au Karnataka, a annoncé l’arrestation de deux prêtres et d’un ancien séminariste, affirmant que ces trois personnes avaient avoué le meurtre du Père K. J. Thomas, recteur du séminaire pontifical Saint-Pierre (Saint Peter’s Institute) de Bangalore. Toujours selon la police, entre cinq et dix autres personnes soupçonnées d’avoir participé au crime vont être interpellées sous peu.
Plus de 2’000 personnes ont été interrogées et les analyses des réseaux de téléphonie mobile ont été poussées très loin pour retrouver les auteurs du crime. Mais c’est le recours à la narco-analyse, le fameux Penthotal ou ›sérum de vérité’, qui a permis de concentrer les investigations sur le Père Elias. Ce prêtre de 35 ans, membre de l’ordre des Carmes (OCD) est recteur d’une école à Gulbarga, dans le nord de l’Etat du Karnataka. Il fait partie des cinq personnes soumises à une narco-analyse. « Suite à un interrogatoire détaillé, elles ont avoué le crime », a déclaré le policier.
Le deuxième prêtre arrêté est le Père William Patrick, 46 ans, prêtre du diocèse de Bangalore et curé de la paroisse de Kengeri, dans la grande banlieue de Bangalore. La troisième personne placée en garde à vue est un certain Peter, 22 ans, ancien séminariste proche du Père Elias.
Selon les enquêteurs, les trois hommes se sont réunis, le soir du meurtre, à un kilomètre du séminaire, avant de s’y rendre « armés de barres de fer et d’autres armes létales ». Pour pénétrer dans les vastes bâtiments, ils avaient pris soin de choisir la nuit du dimanche de Pâques, sachant que l’institution serait alors quasi vide. A la recherche de «documents», ils ont été surpris par le Père Thomas. Interrogés sur la raison de leur présence, ils l’ont «attaqué et frappé à mort», a expliqué le chef de la police.
Concernant le mobile du meurtre, la police a précisé que le Père Thomas dirigeait le séminaire depuis longtemps et que le Père Elias et ses deux acolytes «éprouvaient un fort ressentiment du fait qu’ils estimaient être systématiquement tenus à l’écart des postes importants ».
La police a confirmé ainsi une hypothèse qui court depuis le meurtre du Père Thomas, à savoir que son assassinat serait lié aux rivalités opposant différentes factions au sein du séminaire. Le Saint Peter’s Institute accueille en effet des étudiants destinés à devenir prêtres du Tamil Nadou aussi bien que du Karnataka. L’enseignement y est dispensé en trois langues, anglais, tamoul et kannada. Or depuis des décennies, certains cercles nationalistes réclament que le séminaire soit placé sous la direction exclusive des évêques du Karnataka et n’accueille que des séminaristes issus de cet Etat.
Dès la nouvelle de l’arrestation des présumés coupables, une cinquantaine de prêtres réunis sous la bannière du ›Forum des prêtres kannada du Karnataka’ ont dénoncé l’arrestation des Pères Elias et Patrick comme «un coup monté». Protestant de « la totale innocence » des deux prêtres, ils ont exprimé leur « peine immense face à l’instrumentalisation éhontée du meurtre du Père Thomas en vue de ruiner quatre décennies de lutte intense menée par les chrétiens kannada pour faire valoir leurs justes droits dans l’Eglise du Karnataka ». Ils ont aussi ouvertement mis en cause l’archevêque de Bangalore, Mgr Bernard Moras, qui est chancelier de l’institut, en demandant sa démission.
Selon les observateurs, de nombreuses questions restent toutefois sans réponse. On s’interroge sur l’annonce soudaine de la police : depuis des mois, l’enquête paraissait en panne. Ces arrestations, à la veille du premier anniversaire du meurtre, semblent tomber un peu trop favorablement. Les indices et les preuves matérielles incriminant les accusés paraissent ténus, voire inexistants, quant aux mobiles ils restent peu clairs. (apic/eda/mp)
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