Entente sur la politique internationale, divergences sur la famille
Rome, 26 mars 2014 (Apic) La première rencontre entre le président américain Barack Obama et le pape François, le 27 mars 2014 au Vatican, devrait être l’occasion d’évoquer de nombreux sujets qui unissent ou divisent les Etats-Unis et le Saint-Siège. Les deux parties s’entendent globalement sur les dossiers de politique internationale et sont au diapason pour la lutte contre la pauvreté. A l’inverse, les représentants américains et du Saint-Siège pourraient aborder des thèmes sur lesquels les positions sont divergentes, comme la bioéthique ou la famille.
«Malgré les différences sur les questions morales, le président américain Barack Obama trouvera dans le pape François un allié bienvenu sur les thèmes de la pauvreté et de la justice sociale», affirme Philip Pullella, journaliste américain spécialiste des questions vaticanes à l’agence Reuters.
Lors des discussions prévues entre représentants américains et du Saint-Siège, la recherche de la paix en Syrie devrait être évoquée, comme lors de la visite du secrétaire d’Etat américain John Kerry en janvier dernier. Il existe cependant une grande divergence de vue entre le Saint-Siège et les Etats-Unis sur les moyens d’accéder à la paix dans le pays. Ainsi, en septembre 2013, alors que les Etats-Unis faisaient planer la menace d’une intervention militaire contre le régime de Bachar Al-Assad, le pape François prônait le dialogue et convoquait une journée de prière et de jeûne pour la paix.
Les récents événements violents en Ukraine et la crise diplomatique avec la Russie devraient également constituer une part importante des discussions. Dans une interview accordée au site Vatican Insider, l’archevêque de Philadelphie, Mgr Charles Joseph Chaput, pense que le pape va focaliser, lors de cette rencontre, son attention sur la paix.
Un autre conflit devrait être évoqué, celui qui ravage la République centrafricaine. A la veille de sa rencontre avec le président américain, le pontife s’est entretenu avec l’archevêque de Bangui Mgr Dieudonné Nzapalainga, le président de l’Alliance des évangéliques Nicolas Guerekoyame-Gbangou et l’imam de Bangui Oumar Kobine Layama à l’issue de l’audience générale place Saint-Pierre. Le pape a assuré aux trois leaders religieux qu’il parlerait du conflit en cours dans le pays avec le président des Etats-Unis.
L’autre grand point sur lequel le président américain et le pape devraient se retrouver est la lutte contre la pauvreté. «Le président est impatient de pouvoir discuter avec le pape François de leur engagement commun dans la lutte contre la pauvreté et contre les inégalités croissantes», affirmait en janvier un communiqué de la Maison-Blanche annonçant la visite au Vatican du chef d’Etat américain.
Le président et le pape pourraient également aborder le délicat sujet de l’immigration clandestine qui touche le pays. Ce thème, cher au pontife argentin, concerne en premier lieu les immigrés venant d’Amérique Latine et passant par la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Une délégation de Latino-américains résidant aux Etats-Unis a d’ailleurs remis au pape François une lettre, après l’audience du 26 mars, pour le remercier de son action en faveur des migrants et lui demander de placer ce sujet au cœur de ses discussions avec le président américain.
Il existe cependant des points d’achoppement entre les deux parties. En premier lieu, le Saint-Siège pourrait rappeler son désaccord au remboursement de l’avortement et de la contraception prévu dans la grande réforme de la santé de Barack Obama. Cette réforme demande aux employeurs de prévoir un plan pour couvrir et rembourser la contraception pour leurs employés.
Cette loi avait choqué l’épiscopat des Etats-Unis. Le cardinal américain Raymond Burke, préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, avait ainsi décrit, en janvier dernier, Barack Obama comme un «homme sécularisé» promouvant des «politiques anti-vie et anti-famille». «Il est vrai que les politiques du président des Etats-Unis sont devenues progressivement plus hostiles envers la civilisation chrétienne», avait affirmé le cardinal Burke.
La volonté du président américain de légaliser le mariage entre personnes de même sexe devrait également être abordée. Le Saint-Siège a déjà montré son opposition à une telle réforme dans d’autres pays, notamment la France en 2013. Les deux parties pourraient aussi discuter des droits des personnes homosexuelles.
Ces divergences de vue n’ont pas empêché Barack Obama d’exprimer publiquement et à plusieurs reprises son admiration pour le pape François, qui jouit depuis son élection d’une popularité immense. En décembre 2013, lors d’un discours sur l’économie, le président américain avait cité le pontife, dénonçant comme lui le fait que les fluctuations de la bourse soient une information plus importante que la mort d’un SDF à cause du froid.
Barack Obama pourrait saisir l’occasion de cette audience pour inviter de manière officielle le pape François à se rendre aux Etats-Unis, probablement au mois de septembre 2015, lors de la rencontre mondiale des familles organisée à Philadelphie. Le pape pourrait alors aussi prendre la parole devant le Congrès américain à Washington et depuis la tribune des Nations unies à New York.
Pour sa première et unique visite au Vatican en juillet 2009, le président américain avait été reçu en audience privée par Benoît XVI pendant plus d’une trentaine de minutes. Les deux hommes avaient évoqué la défense et la promotion de la vie ainsi que les perspectives de paix au Moyen-Orient. (apic/imedia/mb/rz)
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