Série Apic: Les fêtes religieuses durant l'année liturgique

La Vigile pascale, événement central de la communauté chrétienne

Fribourg, 1 avril 2014 (Apic) Lors de la Veillée pascale, le soir du Samedi saint, l’attente et les privations de Carême laissent la place à l’éclatement de la joie du Christ ressuscité. Ce qui fait dire au dominicain Philippe de Roten, chargé de cours en sciences liturgiques à l’Université de Fribourg, que la Veillée de Pâques est le sommet de l’année liturgique et la célébration centrale de la communauté chrétienne.

Pour les disciples, la résurrection du Christ a jeté un éclairage nouveau sur toute sa vie, ses paroles et ses actes. Mais également sur les Ecritures qui présentaient Dieu comme celui qui donne la vie et n’abandonne jamais le juste.

Apic: Est-il exact que la résurrection du Christ est le point de départ de l’écriture des Evangiles?

Philippe de Roten: Oui, la résurrection du Christ est l’événement décisif, qui éclaire tout ce qui précède: sa vie, ses paroles, son identité. Elle est l’objet central du témoignage des apôtres.

On peut considérer la résurrection comme une clé d’interprétation pour tout ce qui précède. Elle est un acte de Dieu créateur et sauveur. C’est Lui qui ressuscite Jésus et accomplit ce qui a été annoncé depuis longtemps dans les Ecritures.

Apic: Lorsque le peuple a acclamé Jésus entrant à Jérusalem, il ne le considérait que comme un prophète.

P.d.R: Il y avait effectivement ambivalence dans ces acclamations. Jésus était attendu comme un libérateur politique, un prophète comme les autres, et éventuellement comme un messie. Même ses disciples ont eu de la peine à découvrir le cœur de l’identité de Jésus. C’est sa résurrection qui porte une lumière décisive sur son identité de Fils de Dieu. C’est d’ailleurs le ressuscité qui les envoie en mission pour rendre témoignage de ce qu’il est. Les apôtres le feront en annonçant autour d’eux: « Ce Jésus qui est mort sur la croix, Dieu l’a ressuscité! »

Après la résurrection, les évangélistes vont rassembler ce qui a été dit sur Jésus, les étapes de sa vie, y compris en revenant sur sa naissance et son enfance.

Les évangiles sont le produit d’un développement progressif à partir de la vérité centrale que l’on appelle « le kérygme » (l’annonce de la mort et de la résurrection du Christ). Ils ne sont pas des reportages, mais une relecture de la vie du Christ et un témoignage de foi rendu par leurs auteurs pour des communautés de croyants.

La tâche des premiers disciples a été de montrer que le message de la résurrection du Christ était digne de foi, qu’il était cohérent avec les Ecritures, en proclamant que:

– Dieu se manifeste déjà dans l’Ancien Testament comme le Dieu des vivants. Il donne la vie et n’abandonne pas le juste devant la mort.

– Dieu a créé l’homme comme un être de chair. Contrairement à d’autres traditions religieuses, le bonheur de l’homme se réalise dans sa réalité charnelle selon le Dieu des chrétiens. Croire en la résurrection du Christ, c’est mettre le corps en valeur, c’est manifester la dimension spirituelle du corps.

Apic: Comment expliquer la résurrection aux esprits rationnels?

P.d.R: Ca ne s’explique pas. Je ne chercherai d’ailleurs à pas à les convaincre. Devenir croyant est une grâce, accordée par Dieu. Les chemins vers la foi sont très divers. Dans ce domaine, les explications ne sont pas décisives. Même Saint Paul a eu peu de succès lorsqu’il a présenté la résurrection des morts aux philosophes d’Athènes. « Nous t’entendrons à ce sujet une autre fois! », lui a-t-on répondu.

Le souci des croyants n’est pas d’expliquer mais de rendre compte de l’événement de la résurrection. De montrer que ce témoignage est digne de foi et qu’un croyant ne met pas sa raison de côté. La résurrection est en cohérence avec tout ce qui a été dit dans la tradition biblique.

La foi et la raison vont de pair. Les croyants peuvent faire découvrir que la foi peut même stimuler la raison, élargir son champ d’action.

Apic: Lorsque vous célébrez la fête de Pâques en tant que prêtre, quel message tentez-vous de faire passer ?

P.d.R: Un message? Plutôt une présence. Une belle liturgie, en tant que telle, communique une présence. La célébration doit être une occasion de partager ma foi avec d’autres personnes. C’est un élan d’action de grâces pour ce que Dieu a fait.

En ce qui concerne la Fête de Pâques, l’essentiel est de recevoir et de communiquer la présence du Christ ressuscité dans un esprit de joie, de reconnaissance et d’émerveillement, en paroles et en gestes.

Le prédicateur devrait être porté par cet élan liturgique. L’ambiance d’une fête est différente si l’église est pleine, vivante, et compte des jeunes dans l’assemblée. Le prédicateur est alors davantage porté par l’assistance. Le message, qui passe par l’ensemble de la liturgie, doit rappeler le mystère de la résurrection et la joie qu’elle apporte. Dans ce sens, chaque eucharistie, dominicale en particulier, est une fête de Pâques car nous y célébrons chaque fois la résurrection du Christ.

Apic: Et du point de vue liturgique, quelles recommandations feriez-vous aux communautés paroissiales pour la Fête de Pâques?

P.d.R: Je n’ai pas de conseils précis à leur donner. Mais je peux quand même dire que je regrette beaucoup que de nombreux croyants ne connaissent pas les richesses du Triduum pascal et de la Vigile pascale en particulier.

Si des efforts peuvent être faits, ce n’est pas dans le domaine de la fantaisie ou de la créativité. Il suffit de redécouvrir la richesse des gestes et des symboles proposés dans le rituel romain. Je suis par exemple d’avis qu’il ne faut pas appauvrir la Vigile pascale pour la rendre la plus courte possible. Il faut qu’elle soit belle, riche et ample.

Vu la grandeur des Unités pastorales, je pense aussi qu’il ne faudrait pas disperser les forces en multipliant les célébrations durant les Fêtes de Pâques. Je soignerais en particulier la Vigile pascale, qui est le sommet de l’année liturgique et l’événement central de la communauté chrétienne.

Apic: Plus encore que la messe du matin de Pâques?

P.d.R: Oui, car la Vigile pascale est un moment charnière entre l’attente, illustrée par le temps d’épreuve du Carême, et l’éclatement de la joie pascale. C’est ce soir-là que les catéchumènes sont baptisés devant la communauté chrétienne.

La Vigile n’a été revalorisée que depuis les années 1950 par le pape Pie XII. Mais beaucoup de croyants ne se rendent toujours pas compte qu’il s’agit du sommet de la vie liturgique. La célébration est marquée par un dernier moment d’attente, par les nombreuses lectures de l’Ancien Testament, avant d’éclater dans la joie de Pâques.

Pour les gens qui ont essayé de vivre le temps de Carême avec ses règles (jeûne, renoncements, partage, et suppression du Gloria et de l’Alléluia lors de la messe), on accueille la joie pascale avec d’autant plus d’émerveillement et de retentissement.

La Semaine sainte constitue un moment fort pour redécouvrir les richesses de la foi chrétienne. Il faut célébrer la Passion du Christ avec d’autant plus de ferveur afin de faire ressurgir la joie de la Résurrection.

Apic Quels signes ou symboles faut-il justement privilégier pour exprimer la joie de la Résurrection?

P.d.R: Il n’est pas nécessaire de chercher loin. Le missel romain insiste sur les quatre éléments essentiels de la liturgie lors de la Vigile pascale:

– La lumière, qui apparaît à travers le feu, puis avec le cierge pascal qu’on allume, qu’on chante et qu’on bénit. Il restera exposé durant toute la période de Pâques, jusqu’à la Pentecôte.

– La Parole, à travers la lecture de nombreux textes bibliques de l’Ancien Testament qui portent un éclairage sur la Résurrection. On découvre que la Résurrection est le couronnement de toute une série de signes et de promesses qui font l’Histoire Sainte.

– La liturgie baptismale, avec la bénédiction de l’eau, l’aspersion, le renouvellement des promesses de baptême par l’assemblée et le baptême des catéchumènes.

– L’eucharistie, que l’on redécouvre après y avoir renoncé le vendredi et la journée de samedi.

En contraste avec ce qu’on a oublié pendant le Carême, la liturgie pourra mettre en évidence les chants de l’Alléluia et du Gloire à Dieu et tout ce qui manifeste la joie de Pâques, la victoire du Christ sur la mort.

Encadré 1:

Pâques catholique ou orthodoxe?

La Fête de Pâques a lieu, généralement, à une date différente dans les traditions catholique et orthodoxe. Cela vient du fait qu’une correction a été effectuée à la fin du 16e siècle par le pape Grégoire XIII. Le calendrier grégorien, adopté à partir de 1582 dans les Etats catholiques, puis dans les pays protestants, corrige la dérive séculaire du calendrier julien provoquée par le décompte des années bissextiles. Il n’a cependant pas été adopté par les orthodoxes, du fait qu’ils ne reconnaissent pas l’autorité du pape.

Encadré 2:

La dimension cosmologique de la Fête de Pâques

Fixée au premier dimanche suivant la première pleine lune du printemps, soit entre le 22 mars et le 25 avril, la Fête de Pâques est donc liée aux déplacements du soleil et de la lune, ce qui lui donne une dimension « cosmologique », explique Philippe de Roten.

Alors que le dimanche clôt la semaine au niveau civil, pour les croyants, il suit le sabbat, qui est le 7e jour. Par sa résurrection, le Christ inaugure une nouvelle ère et nous fait entrer dans une autre dimension, celle de l’éternité et du temps de Dieu. Le dimanche devient alors « un jour sans déclin » celui du Christ ressuscité, le 8e jour de la Création. « La Fête de Pâques et le temps pascal, de Pâques à la Pentecôte, devient comme « un seul jour sans déclin », affirme Philippe de Roten. Il permet de se détacher du rythme du cosmos pour se mettre au rythme de Dieu.

Cette notion de 8e jour se retrouve dans le symbole de l’infini et du baptême, un chiffre 8 renversé. Le baptisé est entré par le Christ dans l’intimité de son Père en sortant du rythme cosmique, en entrant dans le 8e jour. C’est également ce que rappellent les baptistères, qui sont souvent de forme octogonale.

Encadré 3:

Chargé de cours en sciences liturgiques à Fribourg

Le Père Philippe de Roten, né en 1956 à Sion en Valais, a été ordonné prêtre chez les dominicains en 1989. Depuis 2006, il est aumônier des étudiants francophones de l’Université de Fribourg. Il assume également, chez ses confrères dominicains, des tâches administratives ou liturgiques, ainsi que des ministères de prédication et de retraite. Il est chargé de cours en sciences liturgiques à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg.

Ses intérêts de recherche sont centrés sur la Théologie et la spiritualité de la Liturgie des heures; l’iconographie chrétienne et l’art sacré; le rapport entre la parole et les gestes dans les sacrements et la liturgie en général.

(apic/bb)

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