L’héritage des seigneurs croisés francs des XIIe et XIIIe siècles
Beyrouth, 3 avril 2014 (Apic) Six églises du Nord-Liban grecques-orthodoxes et maronites, remontant à l’époque des croisés, ont dévoilé ces dernières années un décor pictural d’une grande valeur historique et artistique. Ces fresques des XIIe et XIIIe siècles font l’objet d’une exposition de photographies grand format à Beyrouth, à la Bibliothèque orientale de l’Université Saint-Joseph, à partir du 3 avril 2014, rapporte le quotidien libanais « L’Orient – le Jour ».
Sur plus d’une vingtaine d’églises médiévales, six d’entre elles situées dans les régions de Jbeil, Batroun et Koura ont dévoilé de riches décors peints. Rongées par l’humidité, masquées par les couches de chaux et de badigeon, des fresques illustrant les histoires de la Bible étaient devenues quasiment invisibles et menaçaient de tomber dans l’oubli.
Dès 2006 l’Association pour la restauration et l’étude des fresques médiévales du Liban (AREFML) s’est attelée à la restauration et la documentation de ces précieuses peintures. Le Liban ne possédant de spécialistes, ni de cursus de formation pour la restauration de fresques, deux équipes étrangères, l’une polonaise l’autre russe, se sont attaqué à ce travail très délicat pour redonner toute leur beauté à ces témoignages iconographiques dus, pour une bonne part, aux donations des seigneurs croisés francs des XIIe et XIIIe siècles.
Œuvres de maçons et de peintres francs ou libanais, ces églises livrent un lot de découvertes importantes tant sur le plan spirituel que culturel, puisqu’elles permettent une recherche poussée des matériaux et techniques utilisées à cette période et l’étude des inscriptions syriaques et grecques, témoins d’un Liban chrétien.
Les fresques ont révélé deux styles de peinture. Le premier est conforme aux canons de l’iconographie byzantine, au niveau des coloris, des dessins et des jeux d’ombres sur les visages. Il trahit la main d’artistes avertis, peut-être venus de Constantinople. Autre fait étonnant, ces magnifiques réalisations ont orné des édifices modestes et non pas de grandes basiliques.
D’autres fresques affichent un lien étroit avec l’art syriaque-local, beaucoup plus simple sur le plan technique. Les visages sont plats et ronds avec de grands yeux noirs. Mais cette rigidité des représentations est une caractéristique voulue et non un manque de savoir-faire.
Le village de Rachkida-Batroun, devenu chiite suite à un glissement de population au XIXe siècle, cache aussi ses secrets. En explorant l’église médiévale dédiée à Saint-Georges, en été 2012, les chercheurs ont dégagé une scène de crucifixion totalement invisible jusque-là.
Légèrement excentrée du village, l’église abandonnée était restée intacte, mais les champignons et les concrétions opaques recouvraient les dessins, rendant le travail long et compliqué. Les excellents contacts entre le cheikh du village et l’évêque maronite de Batroun, Mgr Mounir Khairallah, ont permis à l’équipe de débarquer au village sans problème. (apic/olj/mp)
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