Il vivait dans le quartier de Bustan al-Diwan contrôlé par les islamistes
Damas/Rome, 7 avril 2014 (Apic) Des hommes armés ont assassiné lundi matin 7 avril 2014 le Père jésuite néerlandais Frans van der Lugt, 75 ans, devant la Résidence des Jésuites de Bustan al-Diwan, un quartier de la vieille ville de Homs aux mains des islamistes. Il avait refusé de quitter ce quartier encerclé par l’armée gouvernementale, en solidarité avec les quelques familles chrétiennes et musulmanes restées sur place depuis le début du conflit. Il était très engagé dans le dialogue interreligieux et considérait la Syrie comme sa «deuxième patrie».
Dans les années 1980, il avait dirigé à Homs le projet Al Ard (»la terre»), un centre de spiritualité sis aux abords de la ville de Homs. Le centre accueillait environ 40 jeunes handicapés mentaux provenant des villages voisins. Assiégée dans le quartier de Bustan al-Diwan, la petite communauté vivant avec le Père van der Lugt ne pouvait se mouvoir que sur un minuscule territoire de moins d’un kilomètre de long, et souffrait de la faim.
Réagissant lundi à l’assassinat de son confrère à Homs, le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a salué le grand courage de cet «homme de paix» qui a voulu rester fidèle au peuple syrien dans une situation «extrêmement risquée et difficile».
«C’est un homme de paix qui meurt, a ainsi déclaré le Père Lombardi, un homme qui, dans une situation extrêmement risquée et difficile, avec un grand courage, a voulu rester fidèle au peuple syrien auquel il avait dédié sa vie et son service spirituel depuis longtemps». «Là où le peuple meurt, a poursuivi le ›porte-parole’ du Vatican, meurent également avec lui ses fidèles pasteurs». Le Père Lombardi, lui aussi jésuite, a fait part de sa prière pour le Père Frans, mais également de sa gratitude et de sa «fierté» d’avoir eu «un confrère aussi proche de ceux qui souffrent le plus, dans le témoignage de l’amour de Jésus, jusqu’au bout».
La compagnie de Jésus avait indiqué, le 7 avril en milieu de journée, que le religieux avait été «enlevé par des hommes armés qui l’ont battu puis exécuté par deux balles dans la tête», devant la maison des jésuites à Homs.
Agé de 75 ans, le Père Frans Van der Lugt vivait depuis 1966 en Syrie et, depuis le début du conflit, avait refusé de quitter le pays. Il avait choisi de rester dans la vieille ville de Homs, assiégée par l’armée gouvernementale, et de partager le quotidien des Syriens. Il y a quelques semaines le Père jésuite avait fait la «une» des médias en lançant un appel à l’aide par l’intermédiaire d’une vidéo sur internet. «Le plus grand problème est la faim, car les gens ne trouvent pas à manger», déclarait-il. «Musulmans et chrétiens, nous vivons dans des conditions difficiles et pénibles, nous souffrons beaucoup, mais surtout de la faim», soulignait encore le religieux néerlandais avant de poursuivre: «Il est impossible de continuer comme cela, nous avons besoin d’une aide véritable et nos problèmes doivent être pris en compte».
Le Père Frans était originaire de La Haye et a vécu sa jeunesse à Amsterdam. Arabophone, le Jésuite avait une formation de psychothérapeute. Il a également travaillé en Syrie dans le développement rural, tant en faveur des familles musulmanes que chrétiennes. Dans une interview accordée à l’Apic, en plein milieu des bombardements, il se refusait à décrire la situation de la Syrie en noir et blanc. De façon prémonitoire, ils demandait de ne pas diaboliser le régime syrien, «pas plus qu’il ne faut angéliser les insurgés, car il y a le risque que les fanatiques l’emportent».
Il reconnaissait que les combats entre communautés existent bel et bien en Syrie, opposant principalement les sunnites aux alaouites, qui, dans l’histoire, avaient été longtemps exploités par les musulmans sunnites, «qui ne le considèrent pas comme de vrais musulmans, quand ils ne les traitent pas d’hérétiques». Il soulignait également que si les sunnites représentent plus de 70% de la population, tous ne sont pas avec les insurgés, car «il y a aussi des sunnites pro-Bachar al-Assad, et les rebelles n’ont pas le soutien de la majorité». Pour nous, les chrétiens, confiait-il à l’Apic, «l’important est de ne pas être fanatiques avec les fanatiques!»
Le Père Alex Basili, Provincial des Jésuites pour le Moyen-Orient et le Maghreb, a précisé avoir été informé par ses confrères sur place que «lundi 7 avril, aux alentours de 8h00, le Père Frans van der Lugt a été enlevé par des hommes armés qui l’ont roué de coups puis tué de deux balles dans la tête devant la résidence des Jésuites d’Homs. Que le Seigneur l’accueille et soutienne nos confrères de la Compagnie de Jésus qui se dédient totalement au service de toutes les victimes de la violence».
Récemment, le religieux néerlandais décrivait la situation dramatique dans son quartier assiégé: «Autour de moi, presque toutes les maisons sont détruites. Les gens meurent de faim, ils errent dans les rues à la recherche de nourriture pour leurs enfants. Ils sont à bout de force, leur peau a pris une couleur de cire. Même les rebelles n’ont plus le courage de combattre. Le matin, nous mangeons des olives et buvons du thé, et dans la soirée, nous essayons de faire une soupe avec la verdure qui pousse entre les pavés des rues». (apic/imedia/ami/com/be)
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