Conservateur et patriote
Berne, 8 avril 2014 (Apic) Conservateur et patriote. Le président du Conseil national pour l’année 2014, Ruedi Lustenberger n’éprouve aucune gêne à endosser ces deux qualificatifs. L’élu démocrate-chrétien lucernois, tombé en politique « par hasard », revendique ce bon sens terrien propre aux gens de la Suisse que certains appellent primitive. Recevant à Berne, le 7 avril 2014, les membres de l’Association suisses des journalistes catholiques (ASJC), Ruedi Lustenberger s’est livré avec le cœur d’un homme amoureux de sa patrie.
« J’ai la chance d’avoir toujours eu de la chance ! » A 64 ans, le maître menuisier de Romoos, dans l’Entlebuch, dégage sympathie et jovialité. Cette personnalité très populaire n’a rien d’un aparatchick, ni d’un politicien professionnel. Simple, un peu têtu, comme il le dit lui-même, il prône une politique à l’écoute du peuple. Il incarne avec sincérité, un courant conservateur attaché à ses racines pour qui la globalisation est le principal danger dans tous les domaines. Etre satisfait et rendre grâce pour ce que l’on a, respecter son héritage sans nourrir d’ambition démesurée. Tel est le credo de Ruedi Lustenberger.
Lorsqu’on l’interroge sur les champs de tension entre les partis, les opinions les lobbys, Ruedi Lustenberger répond en invoquant sa vie. « Ma première expérience politique remonte à 1956, lors de l’invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques. Je n’avais que six ans et je ne savais même pas lire, mais je voyais les photos des chars russes dans le ›Vaterland’. En 1968, lors du ›Printemps de Prague’, j’avais 18 ans et je pensais que j’irais un jour me battre contre les Russes. La politique m’a toujours intéressé, mais je n’avais aucune ambition d’en faire. Bien plus tard, en 1991 on est venu me demander de figurer sur la liste du Parti démocrate chrétien (PDC) pour le grand Conseil. J’ai accepté et j’ai été élu. La première fois que je suis allé à Lucerne pour siéger, je ne savais pas où se trouvait le parlement ! Je trouvais les débats très ennuyeux et je ne comprenais pas pourquoi il fallait discuter si longtemps avant de décider de quelque chose. Alors j’ai voulu comprendre et j’ai commencé à y prendre goût. »
Ruedi Lustenberger y prend si bien goût qu’il se retrouve président du Grand Conseil lucernois en 1999. Candidat au Conseil national, il est élu dans la foulée et intègre rapidement plusieurs commissions. Durant ces années pas question d’abandonner ni son entreprise, ni son village, ni sa région, ni ses camarades chasseurs. « Je suis toujours resté très proche du peuple. Populaire mais pas populiste, je parle sa langue et j’essaie de lui apporter des réponses. Lorsque quelqu’un m’interpelle dans la rue, dans un bus ou un train : ›M. Lustenberger je peux vous poser une question ?’ Je trouve cela formidable. Une telle proximité n’existe pas beaucoup ailleurs. C’est sans doute une valeur suisse. »
« Quelque chose qui fait mal au ventre doit être traité » explique-t-il à propos de l’acceptation par le peuple suisse, le 9 février dernier, de l’initiative contre l’immigration de masse.
Pour Ruedi Lustenberg, savoir apprécier ce que l’on a est un axe principal de la politique. Son père qui avait fait la ›mob’ (mobilisation de guerre 1939-1945) accordait une importance toute particulière à la Fête fédérale d’action de grâces (Jeûne fédéral) célébrée le 3e dimanche de septembre. Après la messe et le repas, la famille prenait un temps de méditation silencieuse. « La Suisse a encore toutes les raisons de rester reconnaissante pour ce qu’elle est. Mais dans une société égoïste, cette capacité de dire merci a malheureusement un peu disparu. » Il insiste encore en français « la gratitude est la mémoire du cœur ».
En 25 ans d’activité politique, Ruedi Lustenberger n’avoue que deux moments difficiles. Le premier lors d’une émission TV à ›Arena’ où il était opposé, en tant que chasseur, aux partisans d’un avocat pour les animaux. Les attaques des « fundis » animaliers ont été d’une violence jamais connue jusqu’alors.
Le second remonte au mois de mars dernier, lorsque face à une égalité parfaite au parlement il a tranché en faveur d’un assouplissement de la loi sur l’exportation des armes. « J’ai décidé selon ma conscience et non pas en fonction d’un mot ordre partisan, ni de la recommandation de la commission. Mais je savais que j’allais dans tous les cas mécontenter la moitié des parlementaires. »
Pour apaiser les cas de conscience, Ruedi Lustenberger a sa recette naturelle. « J’espère beaucoup pouvoir profiter des vacances de Pâques pour partir en montagne avant l’aurore et apprécier le levé du soleil et le réveil des animaux en pensant à ce cantique ›Herrgott hast Du die Welt schöngemacht » (Mon Dieu, Tu as fait le monde si beau). (apic/mp)
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