Jura: Mgr Albert Rouet a fait salle comble au Centre Saint-François à Delémont

Les convictions, la foi et l’humour de l’ancien évêque de Poitiers

Delémont, 18 avril 2014 (Apic) Mgr Albert Rouet a fait salle comble mercredi 16 avril 2014 au Centre Saint-François à Delémont. Invité par le Service du cheminement de la foi, l’archevêque émérite de Poitiers s’est confié durant deux heures sur ses convictions et la foi qui l’anime.

«La Trinité n’est pas une chose abstraite. Si Dieu n’était pas capable de relation en lui-même, ce serait un pauvre diable. On ne peut pas aimer un Dieu un. Le Père, le fils et le saint-esprit sont indissociables. La Trinité est une exigence.» Les jeux de mots et les images, parfois humoristiques, ont été nombreux lors de la conférence de Mgr Albert Rouet au Centre Saint-François à Delémont. Malgré sa taille, la chapelle de l’institution n’a pas suffi pour accueillir l’auditoire : une partie des spectateurs était rassemblée dans une salle adjacente où le prélat apparaissait sur grand écran. Agé de 78 ans, Mgr Rouet ne semble pas connaître la langue de bois, on dit de lui que c’est un évêque audacieux: «On est toujours audacieux aux yeux de ceux qui traînent». Le ton est donné.

Directrice du Centre Saint-François, Marie-Josèphe Lachat a présenté son invité en se réjouissant d’accueillir «un évêque qui a fait bouger bien des choses» dans le programme du 50e anniversaire de l’institution delémontaine. L’assistante pastorale a même tenté de faire une courte biographie de l’orateur. Tout en souriant, ce dernier s’est contenté d’ajouter: «J’ai eu l’impression d’entendre mon oraison funèbre… tellement c’était beau!»

«Ce que je crois»

«Evêque depuis 1986, j’ai eu maintes fois l’occasion de parler de la foi, mais c’est bien la première fois que je suis convié à évoquer MA foi. Ça me gêne un peu. Ce n’est pas parce que je suis évêque que je crois plus que vous. Que ma foi est plus profonde que la vôtre. Il y a une partie de moi qui est restée païenne et c’est certainement la meilleure», a-t-il lancé.

A l’entendre, sa fonction ne doit pas masquer ce qu’il vit en tant qu’homme: «Je n’aime pas trop parler de Dieu, ce n’est pas un objet. Dieu est inaccessible et plus je crois en lui et plus il s’éloigne de moi. Jésus n’a jamais fait de sermon sur Dieu, il s’attachait à parler des hommes.»

Mgr Albert Rouet se dit offusqué, irrité, par le nombre d’ouvrages qui prétendent – encore aujourd’hui – faire le portrait du Christ: «Dieu n’est pas une décoration que l’on a attribué – à titre posthume – à Jésus de Nazareth.»

Souvenirs, souvenirs…

Dans son intervention, l’évêque aborde ses années d’études au début des années 60. «A Paris, bien avant les événements de mai 68, les mœurs changeaient déjà. On se demandait si la foi pouvait survivre au marxisme et au freudisme. Ce n’était vraiment pas une époque radieuse pour le nouveau chrétien que j’étais». Mgr Albert Rouet confie que la résurrection était le sujet qui le tracassait le plus. «Lors de mes études de philosophie, un copain de classe s’est approché d’un interrupteur, d’un geste il a plongé la pièce dans la nuit, puis il a rallumé le plafonnier en disant: ‘tu vois, c’est ça la résurrection!… c’est la lumière!’ C’était nul, mais ça m’a bouleversé».

«La foi, c’est cette notion subtile entre le besoin et désir. Si j’ai soif, je bois et l’objet du besoin disparaît aussitôt. Si vous traitez Dieu comme un besoin, vous le tuez. Le désir, c’est comme l’amour qui nous attire vers quelque chose qu’on ne peut pas s’approprier. Plus on aime quelqu’un et plus cette personne est mystérieuse. La foi, c’est ce désir, cet élan qui est dans tout homme, le désir d’un dépassement, qu’il soit croyant ou non.»

L’avenir de l’Eglise

Pour Mgr Rouet, il y a un décalage énorme en l’Eglise d’aujourd’hui et les préoccupations des jeunes. Pour lui, c’est un problème nettement plus important que la question du célibat des prêtres. «On a placé une usine à gaz à côté d’eux pour faire croire qu’ils sont LE problème. Ça évite de se poser les bonnes questions. Célibat ou pas, ce n’est pas le nombre de prêtres qui pose problème pour l’avenir. On ne peut plus revenir à un curé par clocher. Ce serait faire du vieux avec du vieux. L’avenir de l’Eglise appartient au peuple de Dieu. A vous!»

Avant de conclure, Mgr Rouet reconnaît qu’il a encore des doutes sur bien des choses: «Heureusement que j’ai encore des doutes, c’est un encouragement… La conclusion appartient aux autres, à Dieu et à vous, avec ce que vous retiendrez de cette soirée.» (apic/pt/bb)

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