«Le territoire centrafricain est une zone où les droits sont bafoués»

Centrafrique: L’évêque enlevé récemment tire la sonnette d’alarme

Bangui, 25 avril 2014 (Apic) «De Batangafo à Markounda, jusqu’à la frontière du Tchad, le territoire centrafricain est une zone où les droits sont bafoués. Combien de temps devrons-nous encore compter nos morts, jusqu’au déploiement des casques bleus en septembre?» Tel est l’appel lancé le 24 avril 2014 par Mgr Nestor Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa, qui a lui-même été enlevé la semaine dernier en même temps que plusieurs autres prêtres par un groupe d’ancien miliciens de la Seleka, avant d’être libéré quelques heures plus tard.

Depuis quelques jours, la localité de Bouca, dans la région de l’Ouham (Nord), est assiégée par d’anciens combattants de la Seleka en provenance de Batangafo, indique l’agence catholique MISNA. On compte déjà une dizaine de morts, tandis qu’une centaine de civils ont choisi de fuir dans les forêts voisines après que des religieux catholiques ont été évacués par les soldats français de l’opération Sangaris. Mais la présence à Bouca d’un contingent du Gabon dans le cadre de la mission africaine Misca n’a pas suffi à décourager les rebelles.

«Le Conseil de sécurité de l’Onu a approuvé une Résolution ordonnant le désarmement de tous les combattants sans aucune condition. Au lieu de cela, ils continuent d’être libres et de commettre leurs violences dans l’impunité la plus totale», déclare à MISNA Mgr Aziagbia, avant d’appeler à «l’application immédiate de ladite Résolution», mais surtout au «renforcement des missions africaine et française pour épargner d’autres vies humaines innocentes».

Enlèvement de l’évêque: une «vengeance personnelle»

Revenant sur l’affaire qui l’a regardé d’encore plus près, l’évêque de Bossangoa précise que son enlèvement a été une «vengeance personnelle» de la part de Salet Zabadi, un colonel tchadien de la Seleka, ancien commandant dans la zone, parvenu à échapper aux soldats français de Sangaris pendant que ses hommes étaient encerclés. «Une grosse récompense a été mise sur ma tête par la Seleka, qui a également diffusé une liste de personnalités à éliminer. J’ai été accusé d’avoir fait échouer leur plan d’occupation des villes de Bossangoa et de Bouca, d’avoir transmis des informations à Sangaris et à Misca, mais surtout d’être un général des milices d’auto-défense anti-balaka», raconte Mgr Aziagbia, libéré grâce aux fortes pressions exercées sur le colonel Zabadi par l’archevêque de Bangui, plusieurs militants engagés dans la défense des droits de l’homme et d’autres hommes de la Seleka.

«Dans ce contexte particulièrement incertain et difficile, j’invite tous les Centrafricains à ne pas perdre ni la confiance ni l’espoir, mais surtout à faire preuve de solidarité pendant que l’on cherche des solutions à la crise», a ajouté l’évêque de Bossangoa, tout en formulant le souhait que les autorités de transition du Centrafrique «prennent enfin leurs responsabilités» en mettant en œuvre des mesures nécessaires et en montrant une plus grande «volonté politique». Mgr Aziagbia avertit en outre qu’il est très dangereux de faire un amalgame de tout: «Aussi bien chez les Seleka que chez les anti-balaka, on trouve des hommes dangereux mais aussi de bonnes personnes». (apic/misna/bb)

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