Des élèves frappés et privés de nourriture
Fischingen, 6 mai 2014 (Apic) Gifles, privations de nourriture et abus sexuels. C’est ce qu’ont en particulier subi, jusqu’en 1978, des élèves de l’école secondaire et du foyer de St-Iddazell du monastère bénédictin de Fischingen, dans le canton de Thurgovie. Un rapport d’historiens, présenté le 5 mai 2014 lors d’une conférence de presse au monastère, confirme les accusations d’anciens pensionnaires. Des responsables actuels du monastère ont présenté des excuses pour ces agissements et indiqué le versement de 250’000 francs à un fonds d’aide aux enfants placés de force.
«C’est uniquement par un complet travail de transparence que nous pouvons nous rendre compte de ce qu’ont vécu les victimes et leur demander pardon», a affirmé Roman Mügler, président de l’association du monastère de Fischingen, dans le cadre de la présentation du rapport. Le couvent thurgovien avait mis, depuis deux ans, à disposition des enquêteurs du Centre de conseil pour l’histoire suisse (BLG), à Zurich, les archives sur le foyer d’accueil.
Les investigations, engagées sur la demande même du monastère, ont découvert que les enfants étaient punis en étant enfermés dans le noir, privés de nourriture ou forcés de rester agenouillés pendant des heures. Des gifles, ainsi que des coups de ceintures et de triques ont également été confirmés. Des maltraitances qui ont laissé des traumatismes chez un certain nombre de victimes.
Le document indique également qu’il n’y a «aucun doute» que des abus sexuels ont été commis. Sans pouvoir en définir précisément l’ampleur et la fréquence, il apparaît que des filles et des garçons ont été abusés par des jardiniers, des professeurs, des prêtres et même un directeur, indique l’ATS.
Les historiens se sont basés sur des documents et des entretiens avec d’anciens élèves et éducateurs du foyer et de l’école de St-Iddazell. Le premier a fermé ses portes en 1976, la seconde en 1978. Les sœurs ont quitté le couvent en 1957.
Les enquêteurs ont souligné qu’à cause d’un financement insuffisant du secteur de l’enseignement à St-Iddazell, le personnel était souvent sous qualifié, d’où un manque général de contrôle qui a favorisé les abus.
Il a fallu attendre 2010 pour que les faits soient rendus publics par d’anciens élèves. Les accusations visent notamment un prêtre qui vit encore à Fischingen. D’après les conclusions des enquêteurs, la culpabilité de l’ecclésiastique ne peut être ni confirmée ni exclue. Lui-même nie sa responsabilité.
Les plaignants ont été déboutés par le Tribunal fédéral pour cause de prescription, mais ont fait recours à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, indique l’ATS.
Des représentants actuels du monastère se sont excusés pour les torts causés aux enfants. Ils ont annoncé le versement de 250’000 francs au Fonds national d’aide immédiate pour les enfants placés, créé par la Confédération en 2013.
Le foyer pour enfants de St. Iddazell avait été fondé en 1879. Il avait d’abord été un orphelinat avant de devenir par la suite un internat d’école secondaire et un centre scolaire spécialisé. Quelque 6’500 enfants et adolescents ont vécu à Fischingen jusqu’en 1978. Beaucoup d’entre eux venaient de familles à problèmes et étaient considérés comme des enfants difficiles ou des aliénés. (apic/ats/rz)
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