«Des goals contre l'injustice» ou la pédagogie d'une citoyenneté solidaire

Neuchâtel: La Ville s’associe à la campagne d’E-Changer à la veille du Mondial au Brésil

Neuchâtel, 6 mai 2014 (Apic) La Place des Halles, au coeur de la vieille ville de Neuchâtel, où se tient traditionnellement le marché, sera mercredi 7 mai le lieu d’une animation inhabituelle. De 14h à 18h, des centaines de jeunes de la cité, filles et garçons, sont invités à participer à des matchs de football de rue au pied de la célèbre Maison des Halles.

Ils seront les vedettes de la Campagne Brésil 2014: «Des goals contre l’injustice», qui vise à sensibiliser le public sur la réalité sociale du pays organisateur de la Coupe du monde de football. Cette campagne a lieu du 5 au 16 mai à Fribourg, Neuchâtel, Lausanne, Genève, Berne, Sierre, Thoune et Bulle.

«Il s’agit de mettre en avant le Brésil de la rue, le Brésil qui s’engage et revendique ses droits, notamment au niveau socio-urbain», notent les organisateurs. Mise sur pied par la Direction de la culture, des sports et du tourisme de la Ville de Neuchâtel, sous l’égide d’E-CHANGER, une organisation de coopération solidaire Nord Sud basée à Fribourg, cette compétition singulière aura lieu en présence des M14 de Xamax, les juniors de la Fondation Gilbert Facchinetti pour la promotion du football d’élite.

Le football de rue, une action pédagogique participative

Présidée par le municipal socialiste Thomas Facchinetti, accompagné du chef du Service communal des sports, Patrick Pollicino, la conférence de presse a bénéficié de la présence de deux invités venus tout exprès du Brésil: Celia Alldridge, coordinatrice d’E-CHANGER au Brésil, et Sergio Haddad, directeur de l'»Açao Educativa», une organisation de Sao Paulo pour la promotion des droits à la culture, à l’éducation et de la jeunesse. Professeur à l’Université Pontificale Catholique de Sao Paulo, Sergio Haddad est également co-organisateur du 3e Championnat du monde de football de rue qui aura lieu à Sao Paulo du 1er au 12 juin, avec la participation d’équipes de 30 pays.

Pour cet éducateur populaire, le football de rue permet une action pédagogique participative. «Une partie s’organise en trois temps et intègre obligatoirement des garçons et des filles. Après une première partie consacrée à définir les règles du jeu, basées sur des valeurs comme le respect, la solidarité, la coopération et la tolérance, vient le temps du jeu, qui bénéficie du soutien non pas d’un arbitre, mais d’un médiateur ou modérateur, qui n’intervient qu’à la demande des joueurs. Au cours de la troisième période, les deux équipes évaluent si les accords initiaux ont été respectés. C’est cette évaluation qui permet de désigner le vainqueur, et ce n’est pas forcément celui qui a marqué le plus de buts!»

Le sport visant à renforcer la cohésion sociale et la citoyenneté

Thomas Facchinetti a salué l’initiative d’E-CHANGER, qui rejoint pleinement le programme politique la Ville, axé notamment sur l’art de vivre et la volonté de renforcer la cohésion sociale et la citoyenneté, avec un accent sur l’intégration et la non discrimination. Patrick Pollicino, qui a avoué ne connaître le travail d’E-CHANGER que depuis peu, a également souligné la grande convergence de valeurs entre l’ONG qui s’engage pour un développement solidaire et les valeurs que veut promouvoir la Ville par la pratique du sport, pour laquelle elle investit des moyens considérables.

14,5 milliards de dollars investis par les pouvoirs publics

Avec 14,5 milliards de dollars investis par les pouvoirs publics dans des aéroports, des stades et de nouveaux systèmes de transport, selon l’ONG Solidar Suisse – quelque 12 milliards de dollars, selon une estimation du Gouvernement brésilien -, la Coupe du monde organisée par la FIFA accentue les inégalités dans le pays, note Celia Alldridge.

Même s’il ne faut pas peindre la situation «en noir et blanc», note la responsable d’ E-CHANGER au Brésil, ces énormes investissements des pouvoirs publics se font au détriment d’autres besoins du peuple. «C’est un modèle qui encourage la mercantilisation et la privatisation de l’espace public, des personnes et du sport, poursuit Celia Alldridge.

250’000 personnes affectées par les déplacements forcés

A travers le Mondial, on assiste à un processus d’accélération de la restructuration de l’espace public. «L’expulsion forcée de certaines communautés urbaines dans les douze villes hôtes qui accueilleront les matches a affecté 250’000 personnes. Les prix d’entrée dans les stades, qui passent de 160 francs à 800-900 francs pour la finale, excluent les pauvres, dont le salaire minimum varie entre 300 et 400 francs, relève-t-elle. Les gagnants sont la FIFA, les sponsors et les entreprises de construction des stades et des infrastructures, pas les travailleurs précarisés. Les communautés, de leur côté, subissent la présence croissante des militaires, et on assiste au développement croissant de la prostitution et de l’exploitation sexuelle. Le Mondial a accéléré et justifié cette exploitation!»

Malgré tout, la société civile brésilienne s’organise, occupe l’espace public pour exposer ses revendications, pour résister et présenter des alternatives, insiste-t-elle. Le football de rue, largement pratiqué au Brésil, est une des façons de remettre les valeurs sociales dans le monde du sport, confie pour sa part Sergio Haddad. (apic/be)

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