Israël: L’écrivain israélien Amos Oz qualifie les extrémistes juifs de « néo-nazis hébreux »
Tel Aviv/Nazareth, 10 mai 2014 (Apic) Alors que les inscriptions antichrétiennes et ouvertement racistes attribuées aux extrémistes juifs se multiplient depuis des semaines à Jérusalem et en Israël, les services de sécurité israéliens promettent de renforcer la surveillance des édifices religieux chrétiens. Ils craignent que les colons du mouvement «Le prix à payer» (Price tag) profitent de la visite du pape François en Terre Sainte, du 24 au 26 mai, pour semer le trouble.
De son côté, l’écrivain israélien Amos Oz, cofondateur du mouvement «La Paix maintenant», a qualifié les extrémistes juifs qui s’en prennent aux chrétiens et aux musulmans de « néo-nazis hébreux ». Selon le quotidien israélien «Haaretz» du 10 mai 2014, l’écrivain, au cours d’un événement organisé à Tel Aviv pour son 75e anniversaire, le 9 mai, a déclaré que des termes comme «la jeunesse des collines» ou le «prix à payer», utilisés par les colons extrémistes qui agressent sans cesse les Palestiniens et les Arabes israéliens sont un doux euphémisme «pour un monstre qui doit être appelé pour ce qu’il est: « des groupes néo-nazis hébreux !»
Amos Oz a déploré que si dans le reste du monde, les néo-nazis et ceux qui commettent des crimes haineux sont pourchassés, en Israël, «nos groupes néo-nazis jouissent du soutien de nombreux parlementaires nationalistes et mêmes racistes, ainsi que de rabbins qui leur fournissent, de mon point de vue, une justification pseudo-religieuse».
Vendredi 9 mai, les extrémistes juifs – que la police israélienne ne semble pas rechercher avec grande conviction, dénoncent les milieux chrétiens de Terre Sainte – ont encore inscrit sur un mur de l’église roumaine Saint-George, près d’un quartier juif-orthodoxe de Jérusalem, cette sentence insultante pour les chrétiens : « Le prix à payer, le Roi David pour les juifs, Jésus est une ordure ».
Le dimanche 27 avril dernier, Mgr Giacinto-Boulos Marcuzzo, vicaire patriarcal latin pour Israël à Nazareth, a reçu une lettre de menaces à mort. Cette missive était destinée «au patriarche, aux chefs de toutes les Eglises en Israël et à tous les chrétiens». Ce même dimanche et les jours suivants, d’autres cas graves de vandalisme et d’intolérance visant les lieux saints se sont déroulés dans le pays. Cette situation a suscité un impressionnant mouvement de solidarité avec le Vicariat patriarcal latin de Nazareth.
Le journaliste Ziad Schlewat, de Shafaamer, en Galilée, a interviewé Mgr Marcuzzo, qui souligne que la réaction de la population à la série de vandalisme et de menaces à mort antichrétiennes qui ont troublé la Galilée a été «immédiate, sincère, générale et variée». Les courriels de solidarité et les appels téléphoniques n’ont pas cessé pendant des jours, venant d’Israël, de Palestine et de Jordanie, mais un bon nombre aussi de plus loin: Europe, USA, Canada et même d’Australie. «Bon nombre de personnes locales sont venu personnellement apporter un témoignage ou un signe d’amitié et de coopération».
La plupart des visiteurs au Vicariat étaient des chrétiens, toutes dénominations confondues: latins, melkites, maronites, grec orthodoxes, coptes, anglicans. La communauté grecque orthodoxe a été particulièrement sensible. Mais, souligne-t-il, des musulmans, des druzes et des juifs sont aussi venus. «La Mosquée Blanche de Nazareth a dédié le traditionnel sermon du vendredi à la solidarité avec nos frères chrétiens injustement menacés, les chrétiens qui sont fils de cette terre, qui aiment cette terre et sont au service de tous ses habitants». Le cheikh Raed Salah, du Mouvement islamique, et Mohammad Zidan, le président du comité exécutif des Autorités locales arabes, sont également venus.
Parmi les groupes, il faut signaler les paroisses, les conseils paroissiaux, les écoles, les associations, les milieux universitaires hébraïques, les associations interreligieuses, des municipalités, dont le nouveau et l’ancien maire de Nazareth, Ali Sallam et Ramiz Jaraisy. «Même des groupes de pèlerins français, ayant appris la nouvelle, ont changé leur programme pour venir m’exprimer leurs soutien».
Mgr Marcuzzo déplore qu’au niveau politique israélien, il n’y a eu personne, du moins pour le moment, à manifester des signes de condamnation pour le vandalisme et les menaces et «aucun signe de solidarité envers les personnes visées et les lieux ou symboles religieux saccagés ou dévastés». Cette attitude « a suscité beaucoup de questions et d’appréhensions auprès des gens. Les autorités se rendent-elles vraiment compte de la gravité de la situation et du danger d’une escalade, se demandent les fidèles».
Des visiteurs, surtout des intellectuels, ont confié à Mgr Marcuzzo que tout ce qui arrive maintenant «avait déjà été programmé et annoncé dans un livre, ›La Torah du Roi’, publié en 2009 par le rabbin Itzhak Shapiro, de la colonie de Yitzhar. Il est l’auteur d’un ouvrage controversé qui permet l’assassinat de bébés et d’enfants de Gentils (goy) menaçant Israël. «Il semble que les autorités n’ont pas fait assez attention, au début, au danger des idées de ce livre et des actions fanatiques de ses auteurs».
Pour l’évêque de Nazareth, en Israël, «c’est le discours politique qui devrait changer. Même si les politiciens ne sont pas directement impliqués dans ces actions de vandalisme, leurs discours politiques est capable de générer de telles actions et de créer un climat favorable à l’éclosion de ces comportements». Il insiste pour dire que les chrétiens sont les fils de cette terre: «Nous sommes nés ici, l’Eglise est née ici. Nous restons et nous résistons ici, même s’il y a une croix à porter. Nous voulons vivre en paix avec tous, nous demandons une société d’égalité pour tous les citoyens. Une société où l’acceptation de l’autre, même dans sa diversité, est une chose sacrosainte et une condition la coexistence civile et religieuse, absolument nécessaire pour l’avenir d’Israël et de Palestine. Nous restons ici et nous continuons à aimer tous et nous nous mettons au service de tous, surtout pour répandre la culture de la vie et de l’accueil de l’autre». (apic/haar/plj/be)
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