Un événement pour la petite communauté catholique
Bangkok, 14 mai 2014 (Apic) Alors que la Thaïlande menace de basculer dans la guerre civile, les reliques des saints Jean Paul II et Jean XXIII, arrivées le 10 mai 2014 à Bangkok, ont été présentées au roi avant d’entamer leur périple dans les dix diocèses catholiques du pays. L’accueil des reliques des pontifes canonisés le 27 avril dernier est un évènement pour la petite communauté catholique du royaume, évaluée à quelque 400’000 fidèles pour une population de 65 millions d’habitants qui pratiquent à près de 90 % le bouddhisme, religion d’Etat.
Les cérémonies sont restées discrètes indique Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. La situation de grave crise politique que traverse la Thaïlande, comme le fait qu’était célébrée parallèlement Vesak, la fête la plus importante du bouddhisme, ne permettait pas à la très minoritaire Eglise catholique de s’afficher de manière trop ostentatoire. Cette année, le Visakha Bucha, ou Vesak, anniversaire de la naissance, de l’«illumination» et de la mort du Bouddha, tombait en effet le 13 mai.
Les reliques des saints papes, une fiole contenant du sang de Jean Paul II, et un petit morceau de peau de Jean XXIII, ont été accueillies solennellement par quelque 5’000 catholiques. Ils ont ensuite participé à une longue procession suivie d’une messe, dans la province de Nakhon Pathom.
Le Père Komsan Yancharoen se souvient avec émotion avoir été ordonné prêtre il y a trente ans exactement, par le pape Jean Paul II lui-même, rapporte l’agence d’information catholique Ucanews. Il était venu en Thaïlande en 1984, à la fin de sa visite pastorale en Asie et y avait ordonné 23 prêtres thaïs. Le Père Yancharoen se rappelle également du discours prononcé alors par le pape polonais, qui avait aidé à faire davantage s’engager la communauté catholique dans la société thaïe. «En Thaïlande, beaucoup de gens ont du mal à comprendre ce qu’est l’Eglise catholique et quels sont ses objectifs; Jean Paul II a aidé à mettre de la clarté dans cette confusion», explique le prêtre.
Dimanche 11 mai, les reliques ont été présentées au cours d’une cérémonie officielle au roi Rama IX par les membres de la Conférence des évêques catholiques de Thaïlande. Comme le veut la tradition, les évêques ont prié pour la santé du souverain, âgé aujourd’hui de 87 ans, avant de lui donner leur bénédiction et de lui faire toucher les reliques.
Rama IX avait rendu visite à saint Jean XXIII à Rome en 1960, l’invitant, à l’issue de cette rencontre, à se rendre en Thaïlande. Ce fut finalement Jean Paul II qui répondit à cette invitation en se rendant dans le royaume en 1984. Le pape polonais avait impressionné la population thaïe en allant rencontrer les réfugiés vietnamiens, cambodgiens et laotiens du camp de Phanat Nikhom.
Pendant que se déroulait la cérémonie de présentation des reliques au palais, les opposants à l’actuel gouvernement en place lançaient un ultimatum, exigeant la mise en place immédiate d’un «conseil du peuple» non élu, et le report des élections prévues cet été.
Les militants du Comité de réforme démocratique du peuple (PDRC) ont obtenu, la semaine dernière, la destitution de la Première ministre Yingluck Shinawatra, accusée d’abus de pouvoir. Dans la rue, ils s’opposent depuis des mois aux partisans du gouvernement, «les chemises rouges», résolus à empêcher ce qu’ils considèrent comme un coup d’Etat.
Le 12 mai, à l’expiration de l’ultimatum posé par les manifestants, la situation était toujours dans l’impasse. Le Premier ministre par intérim, Niwattumrong Boonsongpaisan, a confirmé la tenue d’élections en juillet afin de résoudre pacifiquement la crise politique. De son côté, le leader des manifestants, Suthep Thaugsuban, a maintenu vouloir installer de force un conseil populaire pour éradiquer «la corruption qui gangrène le pouvoir».
Selon certains analystes, les manifestants sont soutenus par des élites proches du Palais royal, qui considèrent le «clan Shinawatra», vainqueur de toutes les législatives depuis 2001, comme une menace à long terme pesant sur la monarchie.
Cependant le refus du PDRC d’accepter de nouvelles élections, comme ses critiques ouvertes de la démocratie, suscitent des inquiétudes au sein de la communauté internationale. Les Etats-Unis ont notamment insisté cette semaine sur la nécessité d’un scrutin dans cette monarchie constitutionnelle qui fonctionne sans Parlement depuis des mois et risque de basculer dans la guerre civile.
Pendant que les manifestations se succèdent à Bangkok, les attentats des séparatistes musulmans ont repris dans le sud du pays. Les négociations de paix entamées l’an dernier avec certains groupes rebelles ont été suspendues depuis les affrontements entre partisans du gouvernement et militants du PDRC. (apic/eda/ucan/rz)
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