«Comment peut-on être chrétiens de droite?»

Suisse: Ada Marra partage ses convictions chrétiennes à l’Université de Fribourg

Fribourg, 22 mai 2014, (Apic) «On vient au parti socialiste par deux voies: soit par le marxisme, soit par le christianisme. J’y suis venue par la seconde.» Invitée par les étudiants de la faculté de théologie de l’Université de Fribourg le 22 mai 2014, la conseillère nationale a partagé à un auditoire aux convictions bigarrées les racines chrétiennes de son engagement politique. L’occasion pour elle de révéler quelque chose de cette «composante essentielle» qui dirige et oriente son activité de conseillère nationale.

Dans ses combats politiques, Ada Marra reconnaît qu’elle doit parfois tenir des positions qui peuvent sembler paradoxales. Ainsi, si elle cherche constamment à «placer l’homme au centre» et à ordonner à ce dernier jusqu’aux systèmes économiques, elle demeure convaincue que la constitution doit être garante la liberté individuelle. En ce sens elle estime que, dans la délicate question de l’avortement, «la loi doit permettre de la liberté de choix».

Au-delà des idées toutes-faites

Tenir le paradoxe semble même relever de la ligne politique chez la socialiste. Etre catholique pratiquante et membre du PS suscite, si ce n’est le scepticisme, du moins l’étonnement d’un bon nombre: «Il est autant difficile d’être socialiste dans l’Eglise que catholique dans le parti socialiste». Elle affirme néanmoins que c’est pour elle de l’ordre de l’évidence et va jusqu’à se demander «comment peut-on être chrétien et de droite?» «Beaucoup passent leur temps à enfermer les gens dans des cases. C’est rassurant. Or, dans la réalité, c’est toujours beaucoup plus subtil.» Au-delà des idées toutes-faites, le lien qui unit le socialisme au catholicisme est profond – un lien qui se dit dans les mots de fraternité, camaraderie, ou encore communion, aux dires de la conseillère nationale.

Un lobby ecclésial

Quel rôle l’Eglise doit-elle jouer sur l’échiquier politique? «Un rôle de lobby» affirme Ada Marra, regrettant le manque de militantisme des chrétiens. «L’Eglise devrait s’atteler à un véritable travail de pression politique. L’enjeu est de taille, il s’agit de faire tourner la majorité sur différents sujets. Au lieu de cela, trop souvent, elle se plaint d’une pensée unique dont elle fait les frais ou du sarcasme de ceux qui ne partagent pas ses points de vue. Ce genre de plaintes parsèment certains profils Facebook, c’est affligeant.» Cette timidité ecclésiale est en partie liée au financement de l’Eglise par l’Etat, selon la politicienne vaudoise, un état de fait qui restreint son militantisme et sa ferveur.

A la question de savoir ce qu’une catholique convaincue apporte sous la Coupole fédérale, Ada Marra répond: «Le fait de ne pas enfermer les gens à l’intérieur de leur parti», et de citer le cas d’Yvan Perrin, à l’égard de qui elle éprouve «un grand respect» sans pour autant partager ses opinions politiques. «Je mange avec des politiciens de tous bords et j’apprécie beaucoup ces moments», affirme-t-elle, tout en regrettant que les débats ne se hissent que trop rarement au-delà du pragmatique. «Il manque sous la coupole une réelle réflexion philosophique et culturelle», déplore la conseillère nationale. Un terrain que l’Eglise pourrait peut-être davantage occuper selon certains étudiants qui y voient un appel. (Apic/pp)

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