Lieu d'atterrissage et tremplin pour les «nomades de la ville»

Série Apic «Bâtisseurs de ponts» (2)
Le pasteur Markus Giger, co-fondateur de l’église de la rue à Zürich

Zürich, 23 mai 2014 (Apic) Zürich n’est pas le paradis. Des jeunes sans perspectives d’avenir vivent dans la plus grande ville de Suisse, considérée comme le centre économique du pays. 20 ans, pas de job, pas de formation, pas de domicile fixe. Il semble que le train soit définitivement passé. C’est pour de telles personnes, que l’église de la rue (»Streetchurch») a été lancée il y a 11 ans.

L’agence Apic a rencontré le pasteur réformé Markus Giger, 46 ans, un des initiateurs de cette offre de l’Eglise réformée à Zürich.

Le bâtiment, une imposante maison bourgeoise située à la Badenerstrasse 69, dans le quartier 4 de Zürich, est certainement centenaire. De larges fenêtres permettent d’apercevoir depuis l’extérieur le centre de rencontre et d’accompagnement qu’abrite l’église de la rue. L’espace au rez-de-chaussée du coin de la maison, avec vue sur les passants, abrite un bar à café. Vendredi 10h. Le diacre Beni Grünenwald, un jeune un peu dégingandé, avec du gel dans les cheveux, sert une poignée de jeunes. Les participantes et les participants du programme d’intégration professionnelle sont justement à la pause.

Que des collaborateurs servent le café fait partie du concept. Une telle «attitude de service» est destinée montrer de l’estime à ces jeunes, explique Markus Giger, responsable général de l’église de la rue. Cela est d’autant plus important que beaucoup d’entre eux ont «une misérable idée d’eux-mêmes».

Celui qui vient frapper à la porte de l’église de la rue amène avec lui une montagne de problèmes. La plupart ont entre 17 et 26 ans – davantage d’hommes que de femmes – et cherchent une aide, car ils n’ont pas de travail. S’y ajoutent souvent des problèmes de dettes, des expériences avec la drogue, de la violence familiale. Certains ne parviennent pas à se lever le matin. Ce sont des personnes, affirme Markus Giger, «privées d’environnement stable et fonctionnel». Les parents sont presque sans exceptions séparés, et préoccupés par eux-mêmes et par leurs propres problèmes. La grande majorité des visiteurs de l’église de la rue ont grandi en Suisse dans une famille de migrants.

Des nomades dans la ville

Certains n’ont même pas un domicile fixe. Markus Giger évoque le phénomène des «nomades de la ville», que l’on peut observer depuis plusieurs années. «Ils sont tout le temps en déplacement, habitent une fois chez un collègue, ensuite ça ne va plus, ensuite ils ont une petite amie, ça dure quelque semaines. Ensuite ils doivent trouver autre chose, car la relation est rompue.» Il n’est pas en mesure de dire combien de ces «nomades de la ville» vivent à Zürich.

L’église de la rue propose un large éventail d’offres aux jeunes. Elle compte un conseil d’assistance sociale et d’accompagnement psychologique. Au centre se trouve le soutien dans le domaine du travail et de la formation. Celui qui participe au programme d’entraînement «top4job» est occupé du lundi au vendredi. L’église de la rue peut proposer une structure journalière avec une place de travail protégée pour 25 personnes. Le programme comprend des activités comme le lavage de fenêtres chez des privés ou dans les entreprises, une aide pour les postulations ou pour l’apprentissage de nouvelles compétences et ce qui est appelé «l’école de vie».

En plus, l’église de la rue entreprend des tâches qui, en somme, devraient être accomplies par la famille, souligne Markus Giger. «Comment gérer l’argent? Comment écrire une lettre? Quelles sont les conséquences si je ne vais au lit qu’à 2 heures du matin, après avoir joué en ligne pendant 6 heures?»

Un pont vers l’économie et la formation professionnelle

En participant au «top4job», les jeunes ont l’occasion de se sentir «utiles», d’exercer le contact avec les clients, de s’entraîner à la ponctualité et à la fiabilité. Et, très important, ils peuvent combler une lacune dans leur parcours de vie. Ceux qui ont accompli le programme reçoivent une attestation et peuvent enfin montrer quelque chose lors de leurs postulations. «Nous bâtissons un pont vers l’économie, vers une formation professionnelle normale», affirme Markus Giger.

Il y a 11 ans, le pasteur réformé et père de famille avait lancé l’église de la rue en compagnie d’un diacre. Il avait alors déjà connu une expérience avec des jeunes migrants. Il y a 20 ans, il avait animé, dans le quartier 4, des célébrations «clandestines» avec des rappeurs.

Le travail de Markus Giger et de son équipe n’est pas une partie de plaisir. «Notre pain quotidien est la déception». Un pas en avant, trois pas en arrière. «C’est éprouvant». Le pasteur parle à voix basse. Elle est même surpassée par la sonnerie des cloches de l’église voisine annonçant 11 heures. Mais Markus Giger signale tout de même des réussites, quand peuvent s’établir des «relations de confiance». «Ils peuvent dire trois fois: ‘C’est de la merde et je n’y participe plus!’ Ils peuvent revenir chaque fois, et cela ne change rien: nous nous tournerons toujours vers eux». C’est un travail de longue haleine, qui nécessite une grande part d’amour. «Love can do it» (l’amour peut le faire) est d’ailleurs le slogan de l’église de la rue. Ce qui fait d’elle davantage qu’un service social.

L’église de la rue comprend aussi une part de spiritualité dans son offre. Par exemple la célébration-événement mensuelle avec rap et hip-hop dans l’église «St. Jakob am Stauffacher», qui attire entre 200 et 500 visiteurs. Les jeunes n’y sont pas que des «récepteurs, mais aussi des émetteurs», affirme Markus Giger. «Il y a sur scène des personnes qui chantent, qui dansent, des rappeurs, … Elles nous aident à donner forme à la célébration.»

Encadré 1:

Markus Giger

Le pasteur réformé Markus Giger est âgé de 46 ans. Il vit en ville de Zürich avec sa femme et ses deux enfants. En 2003, sur mandat de l’Eglise évangélique réformée du canton de Zürich, il lance l’église de la rue en compagnie du diacre et travailleur social Simon Obrist. Aujourd’hui, il est responsable général et aumônier de l’église de la rue. Le pasteur est également engagé comme aumônier de prison à Uetikon dans le canton de Zürich, au centre de détention pour jeunes délinquants, ainsi qu’au lieu d’accueil de transition de Winterthur, où sont placés des jeunes gens.

Encadré 2:

Série Apic «Bâtisseurs de ponts»

De tout temps, des gens se sont engages pour bâtir des ponts: entre les personnes, mais aussi entre les confessions, religions, générations, races, langues ou entre différents milieux. Ces bâtisseurs de ponts peuvent réussir, mais il arrive que leur entreprise soit difficile, pénible, épuisante ou même compromise. La série d’été 2014 de l’Apic/Kipa donne la parole à des femmes et des hommes qui bâtissent des ponts dans différents domaines.

Indication aux rédactions: Des images sur cet article peuvent être commandées à la rédaction alémanique de l’Apic/Kipa: kipa@kipa-apic.ch. Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

(apic/bal/bb)

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